SIMPLICITÉ DE SON TRAITEMENT
Messieurs,
Dans le cours de ces leçons cliniques, nous abordons l'élude des cas pathologiques, qui se déroulent successivement sous nos yeux.
Aujourd'hui, me laissant guider par les faits, j'ai l'intention d'étudier avec vous la dothiénentérie, principalement au point de vue clinique et thérapeutique.
Et d'abord qu'est-ce que la dothiénentérie? Est-ce une maladie locale ou générale?
Je la considère comme une maladie primitivement locale constituée par l'existence de lésions spécifiques dans l'intestin.
La fièvre typhoïde est pour moi une inflammation ■spéciale, parasitaire sans doute delà muqueuse intestinale, envahissant d'abord les plaques de Peyer et retentissant ensuite sur l'économie tout entière.
En un mot; la dothiénentérie est une maladie de l'appareil digestif.
Cette opinion est basée sur l'anatomie pathologique, les «symptômes, la marche et le traitement de la maladie.
02 CIN(.)UIÈ^rE leçon.
De môme que je ne crois pas trop aux varioles sans éruption variolx sine varioUs, de mèmj j'ai de la peine à admettre l'exislonce d'une dothiérientérie sans altération des plaques de Peyer. Méfiez-vous, Messieurs, des dothiénentéries sans lésions reconnues à l'autopsie; ce peuvent être des états typhoïdes, ce ne sont pas des fièvres typhoïdes.
Pour mon compte, j'ai toujours trouvé des plaques altérées et généralement ulcérées même à la fin de la première période, c'est-à-dire au bout de huit jours.
Au début delà maladie on observe des troubles digestifs (anorexie, état saburral). quelquefois un état inflnmmatoire des premières voies digestives se traduisant par une rougeur excessive de la langue dans sa totalité ou seulement à la pointe et sur les bords.
On note encore, tantôt de la constipation, tantôt de la diarrhée.
Cela dépend des prédispositions individuelles de chacun.
Rappelez-vous en effet qu'il y a des typhoïdiques et non pas une fièvre typhoïde. Je me hâte d'ajouter que c'est la diarrhée que vous observerez le plus souvent.
Cette diarrhée, qui existe généralement au début, s'exphque par l'inflammation de la muqueuse intestinale, qui produit des contractions fréquentes et énergiques de la tunique rausculeuse.
La constipation se produit par un mécanisme différent et tout à fait iuverise du premier.
La fièvre typhoïde est, vous le savez, due à une altération inflammatoire et ulcérative de l'intestin.
Suivant que ces ulcérations seront atones ou au contraire plus ou moins irritables, nous observerons des phénomènes
COXCKPTIOX CMNIQUE DE l.A KlÈVItE TVPMOÏDE. 03
variables opposés: la consLipalioii dans le premier cas. la
i diarrhée dans le second .
Ces divers symplômes, dus le premier à une dégéné-
■ rescence profonde, quelquefois même à une véritable destruction dos fibres musculaires intestinales, le second à une excitabilité trop grande de celles-ci, sont l'un et l'autre fréquemment accompagnés d'un mouvement fébrile en rapport avec leur intensité, de sorte que des moyens opposés seront, dans ces cas. également efficaces pour atténuer ou supprimer un même symptôme : la fièvre.
Ceci m'amène à vous parler de la marche de la température dans la fièvre typhoïde.
Dans la courbe thermique d'un typhoïdique, vous observerez d'abord des oscillations ascendantes, puis des oscillations stationnaires (plateau) et enfin des oscillations descendantes. Il n'y a pas une autre maladie qui ait une pareille courbe. Celle-ci dépend de la marche même de la lésion intestinale.
La lésion s'établit au niveau d'un groupe de follicules clos, elle s'étend ensuite aux plaques voisines.
Leur envahissement progressif nous explique la production de la fièvre, avec ses oscillations diurnes ascendantes.
Comme dans bien des états fébriles, elle est plus marquée le soir que le matin.
L'état stationnaire. le plateau, résulte de ce que les lésions sont parvenues à leur maximum d'intensité, enfin la descente s'explique par l'amélioration quotidienne et progressive de ces mêmes lésions.
De plus, les fofiicules agminés, ainsi altérés, produisent en s'ulcérant une plaie par laquelle sont absorbés aussi
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bien les pi-oduiLs normaux ou anormaux do la digestion que les produits pathologiques contenus dans l'intestin.
Vous le voyez, la fièvre est expliquée par l'extension de la lésion intestinale ainsi que par l'absorption de certaines substances qui s'effectue à son niveau.
J'aurais mauvaise grâce, je l'avoue, à soutenir que la fièvre typhoïde est une maladie exclusivement locale ; elle est bien primitivement locale, mais elle a une tendance considérable à la généralisation .
Comme la syphilis par exemple, elle débute par une lésion parfaitement localisée pour envahir ensuite plus ou moins rapidement l'organisme entier.
Ces données n'ont pas un intérêt purement scientifique. De leur connaissance découlent des indications thérapeutiques de premier ordre.
Vous le savez, Messieurs, on a fait de la dothiénentérie une maladie essentiellement microbienne ; je ne suis nullement opposé à cette manière de voir.
Les bactériologistes et les hygiénistes ne sont pas encore bien d'accord sur le rôle que l'on doit faire jouer aux microbes seuls ou aux matières fécales elles-mêmes.
Si nous admettons l'origine purement fécale de la fièvre typhoïde, nous devons forcément reconnaître que chacun de nous porto en lui le germe de la maladie.
Et, à ce point de vue, permettez-moi de vous communiquer le fait suivant.
J'ai pu observer dans ma clientèle particulière, en ville, plusieurs cas de fièvre typhoïde chez des individus habitant des maisons groupées autour d'une même bouche d'égout ou l'étage supérieur do maisons où les émanations d'origine fécale étaient rendues plus faciles et plus intenses,