CONCEPTION CLINIQUE DE LA FIÈVRE TYPHOÏDE
par la chaleur solaire d'une part, par la terminaison à ce niveau des tuyaux d'évent d'autre part.
Faut-il admettre exclusivement l'influence du parasite? En 1883, M. le professeur Jaccoud (leçon orale) disait qu'on avait découvert 14 microbes dans la fièvre typhoïde.
Il se demandait s'il y en avait un de plus particulièrement spécifique et quel était celui-là !
Il me suffira d'ajouter qu'aujourd'hui la question semble tranchée.
MM. Chantemesse et Vidal ont, en efî'et, décrit, en 1887, un microbe déjà découvert par Eberth et Gaff'ky.
Ils l'ont cultivé, et son inoculation à des animaux aurait toujours été suivie de la production de la lésion intestinale spécifique.
Mais le microbe est-il toujours indispensable ? C'est ce que conteste M. le professeur Peter.
De toutes ces données, retenez surtout ceci: qu'il est actuellement démontré que la cause et la source les plus fréquentes de la dothiônentérie résident dans les matières fécales des typhoïdiques.
Que la fièvre typhoïde puisse se produire spontanément, , je ne le nie point. Mais ce que j'affirme, c'est que la clinique s'en préoccupe fort peu. Aussi, me plaçant au point de vue exclusivement pratique, je suis heureux de pouvoir vous montrer que, dans cette maladie, la thérapeutique est à la fois des plus simples et des plus efficaces.
Quel est en effet le meilleur traitement à opposer à la : fièvre typhoïde?
Je possède à ce sujet une ligne de conduite parfaitement bien déterminée.
Nous avons affaire à une maladie qui, d'abord locale,
devient ensuite générale ; nous avons donc à remplir des indications d'ordre local, puis d'ordre général.
Examinons d'abord les dernières.
Étant donné qu'en principe il faut nourrir les malades, je prescris, toutes les trois heures, du bouillon ou du lait et de la tisane dans l'intervalle.
Le but est :
r De nourrir les typhoïdiques sans fatiguer leur appareil digestif par une alimentation trop substantielle ;
2° De favoriser la diaphorèse et l'urination.
Mon excellent collègue et ami, M. leD"" A.Robin, a insisté avec raison sur l'importance absolue qu'il peut y avoir à favoriser l'urination chez les typhoïdiques, et cela en raison des déchets organiques, normaux et anormaux, qui dans ces conditions se produisent et s'accumulent dans l'organisme.
Vous devez d'autant plus dans ces cas surveiller la fonction rénale que, d'après mon expérience personnelle basée sur plus de 200 observations relatives à une seule épidémie dont la mortalité n'a été que de 3 '4 7» (clinique médicale, vacances 1888), les typhoïdiques ont pour la plupart de l'albumine dans les urines, dès le début de la maladie.
Pour favoriser la diurèse, j'institue d'ordinaire un traitement extrêmement simple : bouillon, lait, tisane, comme je vous l'ai dit plus haut : tous ces liquides doivent être donnés tièdcs.
Je suis maintenant amené à vous parler d'une méthode thérapeutique que l'on a considérée comme spécifique de la fièvre typhoïde : je veux parler de la méthode de Brancl, c'est-à-dire des bains froids.
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Je la crois extrêmement dangereuse et je lui préférerais, de beaucoup et à la rigueur, le bain tiède avec ou sans affusion froide.
Ce dernier est souvent très efficace, mais on doit apporter dans son application la plus grande surveillance.
L'usage des bains froids présente des inconvénients nombreux. Le malade peut ne pas se réchauffer. Ce bain est quelquefois suivi au contraire d'une réaction violente. Il risque enfin de compromettre la fonction rénale, déjà peutêtre imparfaite. Certaines hémorrhagies intestinales lui ont même été attribuées.
Le sulfate de quinine a été aussi un moment considéré comme capable de juguler la dothiénentérie.
J'estime que l'on a exagéré l'efficacité de cet agent thérapeutique.
Dès 1883 [Montpellier médical),] QÀ signalé 7 cas de mort subite survenue chez des malades traités par le sulfate de quinine au cours de la dothiénentérie ; aussi, depuis cette époque, je me méfie beaucoup de ce médicament et je ne crois ni à sa spécificité ni à son innocuité dans la fièvre typhoïde. M. le professeur Bouchard' a signalé depuis des cas analogues.
Vous le voyez, Messieurs, je renonce à l'emploi systématique des bains froids et du sulfate de quinine dans celte maladie pour ne recourir qu'à la réglementation la plus sévère de l'alimentation.
Je crois inutile d'ajouter que tout autre est ma conduite lorsque je me trouve en présence d'une complication quelconque.
La fièvre, dont je vous ai retracé les principaux caractè-
' Ch. Bouchard; Auto-intoxications dans les maladies, 1887.
res, peut être augmentée parle fait môme de la constipation
ou de la diarrhée.
Dans le premier cas, les matières s'accumulent dans l'intestin et l'absorption des produits septiques est ainsi rendue plus facile. Une purgation, même légère, faittomber la fièvre ou du moins la diminue d'une manière notable. Le plus souvent un verre d'eau de Sedlitz, pour un adulte, 10 gram. d'huile de ricin pour un enfant, seront largement suffisants.
Mais la diarrhée excessive peut, elle aussi, être cause de fièvre.
Les ulcérations s'étendent par le fait même des contractions plus fréquentes de l'intestin. Ainsi la porte d'absorption des divers produits nocifs, signalés tout à l'heure, augmente d'étendue, d'où la fièvre plus intense.
Dans ces cas, le mouvement fébrile sera presque toujours heureusement modifié par l'emploi des constipants.
J'ai l'habitude de prescrire, chez l'adulte, un litre de décoction blanche de Sydenham additionnée ou non de 4 à 6 gram. de sous-nitrate de bismuth. La moitié de l'un et de l'autre suffit en général chez l'enfant.
Quand la diarrhée est peu abondante (2 à 4 selles en vingt-quatre heures), je la respecte.
Si ces moyens sont reconnus impuissants, j'ajoute Pextrait de ratanhia à la dose de 0'=",50 à 1 gram. et même le laudanum à celle de X à XX gouttes pour un adulte.
11 va sans dire que les doses seront bien moindres pour l'enfant et que l'on doit, autant que possible, éviter chez lui l'emploi des opiacés.
Le laudanum, vous le savez, a un pouvoir anexosmotique très marqué. Il empêche le passage des liquides à travers les membranes, il combat ainsi l'urination ; il con-
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gestionne en oulre les centres nerveux ; ce sont là des contre-indications à son emploi qu'il ne faut jamais oublier, sans renoncer pourtant de parti pris à son usage, parfois si utile même en pédiatrie, où l'on doit toujours en fractionner les doses et l'administrer seulement jusqu'à effet produit.
Les complications autres que l'hyperthermie et que l'on observe assez fréquemment dans la fièvre thyphoide sont : l'hémorrbagie et la perforation intestinales, la péritonite.
Je n'insisterai pas sur le traitement de l'hémorrhagie intestinale, il vous est certainement connu : il consiste en applications glacées sur le ventre, administration d'ergotine, de perchlorure de fer, etc.
Dans les menaces de perforation de l'intestin (douleur abdominale très marquée, raétéorisme), constipez le malade, vous permettrez ainsi aux ulcérations de cicatriser plus facilement, en immobilisant l'intestin le plus possible.
L'hyperesthésie abdominale trop intense sera combattue par les fomentations chaudes sur le ventre, les frictions légères avec l'huile de camomille camphrée, enfin les cataplasmes chauds renouvelés toutes les trois heures.
Il me reste à vous dire quelques mots sur les complications à distance et principalement sur les complications cardio-pulmonaires de la fièvre typhoïde.
En général, les complications dans les maladies s'expliquent par la prédisposition individuelle, la profession, les maladies antérieures du sujet.
Les exemples ne manquent pas à cet égard, et une observation attentive peut aisément expliquer, dans chaque
cas particulier, la production de telle ou telle complication spéciale.
De même, en étiologie, la question de terrain joue un rôle considérable dans le développement de telle ou telle maladie.
Je désire, comme je vous l'ai dit, insister plus particulièrement aujourd'hui sur les complications cardio-pulmonaires de la fièvre typhoïde;
Le plus souvent, la stase pulmonaire est attribuable à une lésion cardiaque ancienne ou actuelle. D'autres fois, la cause de la complication réside dans le poumon lui-même (bronchite aiguë ou chronique, emphysème, etc.).
Le cœur peut aussi être compromis du fait de ladothiénentérie et du fait de la fièvre.
Ajoutez à cela la fatigue qui résulte pour le cœur d'une lésion pulmonaire primitive ou secondaire, et vous comprendrez la fréquence et la gravité de ces complications au cours de la fièvre typhoïde.
Vous jugerez de l'atteinte subie par le cœur d'après la petitesse, l'irrégularité et l'intermittence du pouls.
Si vous constatez l'existence de l'un ou de l'autre de ces caractères, donnez aussitôt des diurétiques, des excitants diffusibles et des toniques cardiaques ; en un mot, il faut mettre le cœur en état de lutter aussi longtemps que durera la maladie.
Les recherches de Hayem et de Zenker, les observations cliniques de Desnos et de Huchard, ont démontré la fréquente production de la dégénérescence myocardique dans la fièvre typhoïde. Ajoutez à ce fait déjà si important la fatigue du cœur, due à la complication pulmonaire hélas! si fréquente, et vous comprendrez qu'on ait observé un grand nombre