CONCEPTION CLINIQUE DE LA FIÈVRE TYPHOÏDE
de morts subites dans ces cas, surtout à la suite d'une alimentation intempestive.
11 ne s'agit point d'attendre que le cœur défaille pour le relever; il faut prévenir ces défaillances que vous dénoteront l'irrégularité et les intermittences du pouls.
Je vous rappellerai, à ce propos, l'histoire clinique de cette fillette de 6 ans, couchée au n" 11 de la salle Sainte- Philomène.
Dès les premiers jours de son entrée, en même temps que les signes certains d'une dothiénentérie, nous avons constaté l'existence de râles muqueux dans la poitrine et de la rudesse des bruits respiratoires. Le pouls était petit, misérable, intermittent.
Pour ces divers motifs, mon attention fut attirée sur le cœur de cet enfant. Aussi, en même temps que deux vésicatoires furent appliqués en arrière et de chaque côté du thorax en raison des lésions pulmonaires, ai-je employé le café au rhum, l'acétate d'ammoniaque, les préparations de digitale pour tonifier le cœur.
Mon but était surtout de relever l'appareil circulatoire et de favoriser l'urination. Les résultats que vous avez pu vous-mêmes constater ont sanctionné mon intervention thérapeutique. Après cela, je ne crains pas d'affirmer que, dans la dothiénentérie, les fonctions rénale et cardiaque dominent la scène morbide.
Généralement le malade sort vainqueur de cette lutte. Mais lorsque la terminaison doit être fatale, on le voit souvent inquiet sur son sort et quelquefois même il va jusqu'à annoncer sa fin prochaine. Méfiez-vous en général, Messieurs, des malades qui appréhendent la mort. Je l'ai vue bien des fois survenir subitement dans ces conditions.
Il me reste un dernier point à développer devant vous, un point auquel j'attache une importance extrême ; je veux parler de l'alimentation dans la convalescence de la fièvre typhoïde.
J'attends, pour alimenter le malade plus substantiellement que précédemment (bouillon, lait), deux jours d'apyrexie complète (au-dessous de 38°).
Je permets alors du potage clair, à midi et le soir, que l'on continue à donner ainsi pendant deux jours.
Après ce temps, si l'apyrexie persiste, je prescris : chocolat le matin, potage et œuf à la coque sans pain (le premier jour) à midi et le soir. Cela encore pendant trois jours.
Passé ce temps [sept jours d'apyrexie complète), je donne, aux deux repas principaux delà journée, potage et côtelette avec un morceau de pain que je recommande au malade de bien mâcher.
C'est en observant fidèlement cette ligne de conduite que j'ai très peu, pour ne pas dire pas du tout, de rechutes à noter. Celles-ci se produisent habituellement quand on ne suit pas exactement les règles alimentaires que je viens de vous formuler.
Vous en avez eu récemment un exemple sous les yeux par cet enfant de 14 ans, couché au n° 7 de la salle Saint- Joseph, qui, à deux reprises difî"érentes, pour n'avoir pas observé strictement mes prescriptions, a rechuté, légèrement il est vrai-, la seconde fois plus encore que la première.
Mais ces rechutes peuvent ne pas tenir exclusivement à l'alimentation.
Le malade, pour les éviter, devra aussi, no faire aucun effort. La simple station debout ou assise est à ce point de vue sufîisamment dangereuse.
CONCEPTION CLINIQUE DE LA FlÈVltU TVriIOÏDE. 73
Vous savez en effet que les plaques de Peycr existent sur le bord libre de l'intestin Si le malade ne conserve pas le décubitus dorsal, des tiraillements se produisent sur les plaques elles-mêmes ; de plus, les matières intestinales viennent peser sur les ulcérations, non encore suffisamment cicatrisées, et favoriser ainsi la production de la rechute.
Je suis tout naturellement ramené à une idée fondamentale que j'ai développée au début de cette leçon.
Les rechutes prouvent en effet l'importance de la lésion locale dans la fièvre typhoïde.
Cette lésion joue un rôle considérable dans la marche et la terminaison de la dothiénentérie, et c'est vers elle que devra se concentrer d'une façon tout à fait spéciale l'attention du praticien.