‹ Lecons cliniques sur les maladies des enfantsChapitre 18 sur 66 · SEPTIÈME LEÇON LE T^NIA INERME ET SA THÉRAPEUTIQUE · texte numérisé non relu

SEPTIÈME LEÇON LE T^NIA INERME ET SA THÉRAPEUTIQUE

Messieurs,

Mon intention est de vous parler aujourd'hui de la jeune fille âgée de 6 ans, qui, couchée au n° 4 de la salle Sainte- Julie, est atteinte de tsenia inerme, maladie pour laquelle elle a été admise à la Clinique le 12 mai 1891.

On nous amena cette enfant, vous vous le rappelez, à la consultation et sa mère nous déclara qu'elle avait le teenia.

Je lui conseillai de la faire entrer dans mon service, désireux que j'étais d'étudier avec vous ce cas, de nos jours assez rare dans l'enfance.

Nous apprîmes d'abord que notre malade rendait des cucurbitins (fragments de ver), non seulement au moment des évacuations alvines, mais aussi en dehoos d'elles. C'est là, vous ne l'ignorez point, un caractère propre au taenia inerme et à lui seul. Il est donc pathognomonique de l'existence de celui-ci.

Les malades qui en sont atteints éprouvent tout à coup des démangeaisons à l'anus, puis la sensation de quelque chose qui s'échappe, enfin un petit corps humide qui glisse le long des cuisses et des jambes.

Mais supposons, ce qui est à la rigueur possible, que cette élimination spontanée n'ait pas lieu.

Dans ce cas, l'examen des anneaux oii proglottis trouvés

dans les matières fécales vous sera de la plus grande utilité au point de vue du diagnostic.

Vous savez en effet que, chez les taenias, le pore génital est situé sur l'un des bords des anneaux, tandis que chez le hothriocéphale il se trouve au contraire sur la ligne médiane.

Chez le taenia armé, les organes génitaux sont régulièrement alternes, tandis que chez le taenia inerme ils le sont irrégulièremeiit.

De plus, les anneaux de taenia sont très blancs et replets (farcis d'œufs), tandis que ceux de bothricéphale sont : d'ahord d'un jaune plus ou moins foncé, ce qui permet de les confondre plus aisément avec les matières fécales, ensuite flétris, ce ver pondant ses œufs dans l'intestin de l'homme.

En outre, les anneaux du taenia inerme se distinguent facilement de ceux du taenia armé parce qu'ils sont plus oblongs, c'est-à-dire plus longs que larges, contrairement à ces derniers, et que, par suite, ils présentent une extrémité supérieure beaucoup plus étroite que l'inférieure.

Un autre caractère différentiel sera fourni à cet éarard par l'examen microscopique.

Le tube utérin présente en effet de nombreuses ramifications chez le taenia médio-canellata, il y en a beaucoup moins au contraire chez le taenia armé.

Enfin les anneaux du taenia armé sont éliminés smiemeni avec les matières fécales, tandis que ceux du tasnia inerme peuvent l'être aussi spontanément dans l'intervalle des évacuations alvines.

Mais supposez, ce qui est à la rigueur possible, qu'un malade ayant rendu autrefois (il y a plus ou moins long-

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temps) des fragments de taenia n'en rende plus à l'heure actuelle, ni pendant les défécations, ni durant leur intervalle, il y a encore un moyen d'arriver au diagnostic ainsi que je vous l'ai montré à plusieurs reprises chez notre malade.

II vous faut alors recourir à l'examen microscopique des matières fécales elles-mêmes, dans lesquelles vous trouverez assez souvent des œufs, dont les caractères particuliers vous permettront de reconnaître, sans trop de difBculté, auquel de ces parasites vous avez affaire.

Les œufs de tsenia armé sont de forme arrondie ou légèrement ovale. Leur diamètre est de 32 à 35 ^.

Ils sont constitués par une membrane d'enveloppe grossière, présentant une fine striation rc^iiee et aussi, semblet-il, une striation en lignes concentriques, enfin par un contenu granuleux, à l'intérieur duquel on distingue faci • lement de petits crochets (6) réunis en faisceau.

On pourrait, jusqu'à un certain point, confondre ces œufs avec ceux du tœnia inerme qui sont seulement un peu plus grands et de forme plus nettement ovalaire. Ces derniers mesurent 40 ^ en longueur sur 35 de large. Ils sont toutefois dépourvus de crochets à leur centre.

Quant au bothriocéphale, ses œufs, assez grands, longs de 70 à 75 et même 84 ^a, larges de 48 à 56 ^x, sont recouverts d'une membrane relativement mmce, légèrement brunâtre, enveloppant un contenu grossièrement granuleux .

En l'examinant attentivement, on peut y apercevoir, à l'une des extrémités ou pôle, un opercule fermant l'orifice par lequel sortira l'embryon quand il aura atteint son complet développement. Cet opercule paraît limité par un trait délicat, déforme ovalaire.

Voilà, Messieurs, les diverses recherches à l'aide desquelles vous pourrez arriver, comme vous me l'avez vu faire ici, à un diagnostic précis.

Celui-ci une fois posé, quelle sera la conduite à suivre pour aboutir à l'expulsion du parasite ?

La chose sera facile chez l'adulte, chez qui le tannate de pellétiérine (Tanret), lorsque vous pourrez le prescrire, vous rendra généralement les meilleurs services.

Il en sera tout autrement chez l'enfant, en raison des inconvénients qu'il peut y avoir à recourir chez lui à l'emploi d'un moyen aussi énergique que l'adulte lui-même ne supporte pas toujours sans difficulté.

Ce remède, presque infaillible chez celui-ci quand il le supporte, je l'avais administré (à la dose indiquée par M. Tanret lui-même pour l'enfant) à un garçon de 13 ans (V. Leçons précédentes), chez lequel se produisirent sous son influence des vertiges et des vomissements très intenses.

De là l'inutilité, sinon le danger de son emploi dans l'enfance, malgré les heureuses mais trop rares observations recueillies jusqu'à ce jour à son actif.

Les ouvrages et les formulaires de pédiatrie sont on ne peut plus sobres de renseignements à cet égard et parfois même contradictoires sur la question thérapeutique qui nous occupe.

Aussi m'avez vous vu essayer en tâtonnant, chez notre petite malade, la plupart des remèdes réputés taenifuges ou tsenicides.

Tous, sauf un, m'ont donné des résultats insignifiants. Ce sont ces résultats que je désire aujourd'hui résumer devant vous.

Et d'abord, Messieurs, le traitement ne doit être institué qu'au moment où le malade rend des cucurbitins.

IVENIA IiNEIlME ET SA THÉllAPKliTllJ L'E. 9.1

La veille, on le nourrit peu. Le soir, on lui donne une 1 tasse de lait. On recommande ensuite au malade, lorsqu'il ira du corps après l'administration du tasnifuge, de se mettre sur un vase d'eati tiède etsurtout de ne jamais tirer sur le ver à demi expulsé.

C'est dans ces conditions que, le 14 juin, je prescrivis à

notre malade le mélange suivant :

Semences de courge mondées 20 gram.

Sucre : . . 25 —

Lait 60 —

à prendre en une fois, le matin à jeun ; puis, deux heures après, comme purgatif :

Huile de ricin 15 grara ,

en une fois encore, dans un peu de café.

Sous l'influence de ce traitement, la malade rendit un fragment de tsenia long de 40 centimètres environ.

Le 27 juin, mêmes conditions, je prescris : Écorce fraîche de racines de grenadier. . . 20 gram.

en décoction, après macération pendant douze heures, ' dans :

Eau 400 gram.

jusqu'à réduction, par ébuUition, à 300 gram. Sucrez et aromatisez avec :

Essence de citron X gouttes.

Enfin, deux heures après :

Huile de ricin 15 gram.

Le résultat fut absolument négatif et la malade, à partir de ce moment, resta sans rendre de nouveaux cucurbitins jusqu'aux premiers jours de juillet.

J'ai sa après coup que l'écorce qui avait été administrée cette fois était de l'écorce sèche.

Le 6 juillet, je recours à la pellétiérine, principe actif de l'écorce de grenadier, que MM. Dujardin-Beaumelz, Béranger-Féraud, Laboulbène, Barthez et Sanné conseillent de réserver pour l'adulte, en raison de son maniement difficile

chez l'enfant ' .

Sulfate de pellétiérine 08^06

Tannin 0^\10

Potion gommeuse 150 gram.

à prendre en trois fois à demi-heure d'intervalle et, deux

heures après, le purgatif suivant :

Follicules de séné 5 gram.

En infusion dans : eau 150 —

Sirop d'écorce d'or, am 50 —

à prendre en une seule fois.

Le résultat fut absolument nul.

Le 19. Nouvelle tentative avec une dose plus forte de

la même substance :

Sulfate de pellétiérine 06^10

Tannin 0e'-,20

Potion gommeuse 150 gram.

à prendre comme précédemment; puis, comme purgatif : Huile de ricin 15 gram .

La malade rendit cette fois quelques cucurbitins.

Le 6 août, je reviens à l'écorce fraîche de racines de grenadier et je la prescris de la façon suivante :

Écorce fraîche de racines de grenadier. 35 gram. au lieu de 20.

' Rilliet et Barthez; Maladies des enfantt, 3* édil. Paris, t887, tom. II, pag. 601.

T.-ENIA INEHME lîT SA THEUAPEUTIQUE.

En infusion, après macération de douze heures, dans :

! Sucrez et aromatisez comme précédemment.

A prendre en trois fois, à demi-heure d'intervalle, puis :

Huile de ricin.. 20 gram., deux heures après.

La malade vo7nit le médicament et n'expulsa aucun t fragment de txnia.

Le 9 , autre tentative à dose moindre :

Écorce fraîche de racines de grenadier. 25 gram.

En infusion après macération dans :

Eau 300 —

Réduire à 200 —

Sucrez et aromatisez.

Enfin huile de ricin 20 —

Le tout à prendre comme précédemment.

Le résultat fut le même que le 6 août, c'est-à-dire nul après vomissements.

Le 24 août, troisième tentative à dose encore plus faible.

La malade rendait des cucurbitins avant chacune de inos interventions.

Écorce fraîche de racines de grenadier. . . 15 gram. En décoction, après macération, dans eau. 300 — Réduire à 200 —

Sucrez et aromatisez comme précédemment.

Et, deux heures après, huile de ricin. . . 20 gram.

Le médicament fut encore vomi à la seconde prise et sans effet, du moins expulsif, sur le taenia.

Enfin la 12 septembre, on désespoir de cause et disposé

Eau

Réduire à

300 gram.

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que j'étais à épuiser toute la série des Isenicides et d(j.s tœnifuges, je presiïrivis la potion suivante ' :

Huile éthérée de fougère mâle.)

] cicL à grain .

Tp.ini,iirR de vanille )

Teinture de vanille.

Sirop de lérébenLhine.

Eau distillée

Gomme arabique pulvérisée.. . 2 —

ââ 25 —

à prendre en une seule fois, dans égale quantité de lait; puis, deux heures après, huile de ricin 15 gram.

Sous l'influence de ce traitement la malade évacua, sans s'en apercevoir, un tsenia inerme long de 5™, 85.

Il est très probable, en raison de la longueur du ver expulsé et de l'excessive ténuité de son extrémité la plus mince (2 milhm. environ) d'ailleurs fragmentée, que la tête a dû être rendue, bien que nous ne l'ayons pas rencontrée au milieu des divers fragments soumis à notre examen.

Une fois le ver évacué, il nous faut en effet savoir, autant que faire se peut, si la tête a été expulsée, auquel cas le malade est définitivement guéri, ou non, et alors il faut s'attendre à voir celui-ci rendre, à plus ou moins bref délai, de nouveaux cucurbitins.

Il faut donc toujours chercher à découvrir la tête au milieu des anneaux rendus.

Vous savez que l'extrémité céphalique du tsenia armé est de la grosseur d'une petite tête d'épingle.

Elle est pyriforme, arrondie, porte un bec ou rostelkwiy parfois pigmenté, entouré de 26 à 32 crochets, et quatre

' A. Veillard ; Formulaire clinique et thérapeutique pour les maladies clos enfants, 2' édit. Paris, 1888, pag. 187.

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ventouses, dont la saillie donne à la tête vue de face une {forme quadrilatère.

A celle-ci fait suite un col filiforme,, puis les divers segiments deviennent de plus en plus distincts.

Chez le tajnia médiocanellataj la tête est plus volumimcuse, large de 2,5 millim., aplatie à son extrémité antéirif'ure, sans rostellum- ni crochets et pourvue de quatre "ventouses souvent pigmentées, plus grandes que celles du I taenia solium, de sorte que la forme quadrangulaire de la Itète est plus nettement accusée chez ce dernier.

Enfin le bothriocéphale présente une extrémité antérieure filiforme et une tête en forme d'amande fendue en son milieu, longue de 2 millim., large de 1 millim., pourvue ide ventouses allongées en gouttières. Celles-ci ne sont pas I d'ailleurs placées latéralement, comme on l'avait cru tout I d'abord, mais elles correspondent à la ligne médiane de ir animal.

Ces caractères distinctifs sont assez nets pour qu'on ne puisse pas confondre la tête du taenia armé avec celle du tainia inerme, ni les deux précédentes avec celle du botriocôphale

Nous avons rendu depuis notre malade à sa famille, ' avec prière de nous la ramener si elle évacuait jamais, I comme précédemment, des fragments de tsenia.

Vous voyez, Messieurs, combien il a fallu dans ce cas ! particulier de tâtonnements et de persévérance pour trouver le médicament le plus efficace contre ce parasite.

Le sulfate de pellétiérine et l'écorce fraîche de racines de grenadier ne nous ont rendu aucun service.

Les semences de courge mondées n'ont eu que des effets peu marqués.

Seule l'huile éthérée de fougère mâle nous a donné pleine et entière satisfaction.

Aussi, Messieurs, n'hésité-je pas à vous recommander d'y recourir toutes les fois que vous serez en présence d'un taenia ineraie chez un enfant de cet âge. i

C'est ce que je me propose de faire moi-même, le cas échéant, sans avoir à passer de nouveau par les mêmes tâtonnements que j'ai tenu à vous exposer et qui doivent nous servir de précieux enseignement.

Il va sans dire que les doses devront varier suivant l'âge de chaque enfant.

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