HUITIÈME LEÇON ICTÈRE DES NOUVEAU-NÉS
Messieurs,
Je suis tout naturellement amené à vous parler aujour- [ d'hui de l'ictère des nouveau-nés, par suite de la présence, •à la crèche, d'une enfant de 10 jours atteinte de cette mala- (die.
J'ai recueilli quelques renseignements sur le compte de cette petite malade, entrée dans nos salles le 7 décembre 1891, cinq jours après sa naissance.
Sa mère avait la fièvre typhoïde au moment des couches.
Il n'existe pas chez cette enfant, à ce que nous croyons au moins, d'antécédents syphilitiques.
Elle est née avant terme, le 2 décembre 1891, après 1 huit mois seulement de vie intra-utérine.
La présentation fut une occipilo -iliaque droite poslé- 1 rieure.
L'ictère débuta le troisième jour de la vie.
Les selles furent toujours fortement colorées par la bile.
L'ictère des nouveau-nés, comme son nom l'indique, est tout simplement l'ictère des enfants de naissance.
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Sa palhogénie est assez difficile à pénétrer et plusieurs théories ont été émises à ce sujet.
En présence de l'ictère, en général, il faut songer tout d'abord à une lésion ou simplement à un trouble fonctionnel hépatique, d'où les divisions classiques de l'ictère en syviptomatique et idiopathique.
La lésion ou le trouble fonctionnel du foie entraîne comme conséquence, par rétention ou par simple stase biliaire, la pénétration dans le sang de la bile formée daiis cet organe, d'où l'ictère.
Les causes de l'ictère chez le nouveau-né sont multiples :
En premier lieu, nous placerons les accouchements laborieux dans lesquels, pour un motif quelconque (étroitesse absolue ou relative des voies génitales, lenteur du travail, présentation du siège, accouchement prématuré, etc.), l'enfant subit une comY^vession forte et prolongée au niveau de l'abdomen.
En second lieu, il nous faut mentionner la. débilité native de certains enfants nés malingres, avant terme ou non.
Dans l'ictère symptomatique les causes d'oblitération des voies biliaires sont parfois les malformations congénitales du foie, des canaux hépatiques, du canal cholédoque; on peut y ajouter la simple obstruction des voies biliaires par une bile plus ou moins épaisse, bien que cette cause soit infiniment plus rare.
Dans l'ictère symptomatique la cause peut être aussi une lésion parenchymateuse du foie.
Parmi ces lésions figurent, en première ligne, celles qiù ■sont dues à la syphilis (gommes hépatiques).
Je vous rappellerai, à ce propos, le cas relatif à cet enfant
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dont l'autopsie, faite par M. Gonzalès \ interne du service, révéla l'existence de gommes syphilitiques dans le foie.
Outre la syphilis hépatique se traduisant par des gommes spécifiques, on peut encore observer la cirrhose du foie.
On a cherché à expliquer de bien des façons différentes la pathogénie, chez le nouveau-né, de l'ictère par simple trouble fonctionnel.
Les uns ont prétendu que la ligature du cordon et, par suite, de la veine ombilicale pouvait produire l'ictère des nouveau-nés par congestion, par phlébite et propagation de l'inflammation à la glande hépatique elle-même, ou enfin, ainsi que le veut Frerichs^ par diminution de la tension intracapillaire du foie, de l'organe.
Mais, Messieurs, est-il bien nécessaire ou même logique d'invoqyer une semblable cause et cette altération hépatique, quand on songe d'une part à la rareté relative de l'ictère des nouveau-nés, d'autre part à son extrême bénignité habituellement du moins ?
D'ailleurs, si la simple ligature du cordon ombilical èt de la veine de même nom était capable, par elle seule, de produire la congestion hépatique et l'inflammation du foie ayant pow conséquence l'ictère, celui-ci serait bien plus fréquent puisqu'on pratique cette ligature dans l'immense majorité des cas, sinon dans tous.
Hevitt' en fait une question de troubles respiratoire et cardiaiiue chez les enfants nés malingres ou avant terme, chez lesquels l'ampliation thoracique se fait, pour ce motif.
' Voir plus loin ma leçon sur : La syphilis. ^ Preriche cité par D'Espiue et Picot, loc. cit., pag. 878. Hevitt; eodem loco, pag. 879.
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d'une façon incomplète, d'où gêne de la circulation pulino naire et consécutivement foie cardiaque.
Mais cela n'expliquerait nullement le passage de la bile dans le sang.
J'ai trouvé pour l'ictère des nouveau-nés une explication tout à fait analogue à la théorie pathogénique que j'ai émise, il y a quelque temps déjà, au sujet de la pneumonie dite bilieuse ' .
Cette pneumonie a généralement pour siège, ainsi que je le faisais observer, la base du poumon droit.
Or, Messieurs, nous savons parfaitement que, du côté lésé, le malade ne respire pas ou du moins respire mal, d'où une certaine immobilisation du thorax en ce point, d'une façon pour ainsi dire instinctive de la part du patient, et cela afin de ne pas augmenter la douleur (point de côté) qu'il éprouve et que rend plus intense chaque mouvement respiratoire.
Par suite de l'immobilisation relative du poumon se produit celle des côtes correspondantes, celle même du diaphragme.
Le foie, que je comparerai volontiers à une éponge sanguine et biliaire, n'étant pas pressé, disons mieux, exprimé à tout moment par les mouvements normaux du diaphragme , chasse faiblement la bile à travers les canaux hépatiques, el celle-ci, restée stagnante dans les voies biliaires, pénètre par résorption dans le torrent circulatoire, d'où l'ictère et, par un mécanisme analogue, la pneumonie bilieuse.
Si le cœur et la respiration font appel au sang veineux hépatique, rien n'attire le liquide bihaire hors des con-
• L. Baumel ; Leçons sur les maladies de l'appareil digestif, tom. I. Paris, Lecrosiiier ; Moulpcllief, Coulel, éditeurs, 1888, pag. 177 et 178.