‹ Lecons cliniques sur les maladies des enfantsChapitre 35 sur 66 · CHORÉE · texte numérisé non relu

CHORÉE

énormes el qui avaient tout l'aspect des œufs de bothriocéphale .

Ceux-ci, dans plusieurs examens successifs faits à plusieurs mois d'intervalle, présentèrent toujours les mêmes caractères : coque mince, légèrement brunâtre, grosses granulations à l'intérieur et quelques granulations jaunâtres autour de la coque rendant le contour un peu irrégulier à Textérieur .

On ne distinguait pas nettement, dans ces œufs, l'opercule que, suivant le conseil de Laboulbéne, nous avions cherché à rendre plus évident avec des solutions de potasse caustique .

Les précautions prises par les différents auteurs pour uietlre eu lumière le trait correspondant à la soudure do cet opercule, à l'un des pôles de l'œuf du bolbriocéphale, indiquent suffisamment la difficulté qu'il doit y avoir, dans certains cas, à l'apercevoir.

Il nous suffisait de plonger une aiguille dans les matières fécales de cet enfant et de déposer les parcelles ainsi en- I rainées sur une lamelle porte- objet pour trouver toujours un certain nombre de ces œufs dans le champ du microscope.

Vous savez. Messieurs, que le botriocéphale est transmis ;i l'homme par l'intermédiaire de certains poissons (truite, saumon, féra, etc.") et qu'il est très commun dans certains pays (Suisse, Norvège, etc., etc.).

Ce qu'il y a de certain, c'est que ce ver, qui à l'inverse (les taenias pond ses œufs dans l'intestin de l'homme, s'élimine sous forme de fragments entièrement flétris, souvent à moitié digérés et presque toujours méconnaissables dans les évacuations alvines.

Nous trouvons donc dans ce cas de choréc, à côté de l'évolution dentaire, l'existence de parasites intestinaux.

000 DIX- HUlTIHVIIi I.ICr.OX.

Jocoiis(!illai (l'abord lasanlonine, àniisoii de 10 ceuLigf. . par jour, [lOiulant trois jours, suivis le troisième d'un t purgatif, puis le tannale de pelletiérine Tanret.

La farnilk!, uu peu effrayée des effets attribués au tan- • nate, ne l'a pas encore administré.

Mais je suis convaincu que, le jour où l'on en viendra là et où les pai-asites seront chassés de l'intestin, ces acci- • dents choréiques disparaîtront, aujourd'hui surtout qu'ils . sont très atténués par la cessation à peu près complète de l'évolution dentaire' .

Avant d'arriver à la malade que vous avez vue à notre consultation, je tiens à vous parler de l'autre cas que j ai observé, il y a peu de temps, dans ma chentèle.

C'est une jeune fille de 11 ans 1/2 qui fut atteinte de chorée au mois d'août 1890.

Elle avait eu déjà auparavant une première atteinte de cette maladie.

L'état de la dentition, à ma première visite (1'' février 1891], était le suivant : l'2 dents à la mâchoire supérieure moins la canine gauche.

Cette dent t^c remplacement aovlall , le 26 mars 1891, à la place de celle de lait qui l'avait précédée et qui, ébranlée, avait été arrachée il y a un mois environ.

En bas, au lieu de 12 dents, 14 dont les2 dernières sortent

1 Cet enfant est aujourd'hui entièrement guéri. Les selles ne contiennent plus un seul œuf de parasite. Les vers intoslinaux n'auraient-ils pas agi dans ce cas en préparant, par le nervosisme et l'anémie qui les accompagnent d'ordinaire, le terrain à l'éclosion de la choréed, élerminée toujours, h mon avis, par l'évolution dentaire?

Les statistiques fournies par les auteurs, et celles de West en particulier, indiquent en effet que le maximum, pour la chorée, correspond précisément aux époques (Voir la note de la pag. 22.1) que je vous ai indiquées comme étant, ei. gén h-al, celles de l'évolution des groupes i denUiires postérieurs.

ciioniîR. 223

incomplètement, c'est-à-dire que, de chaque côté de la ligne médiane, à la mâchoire inférieure, il y a : 2 incisives, 1 canine, 2 petites molaires et 2 ,a;wses mo^oim (par conséquent la dent dite de 4 ans et celle dite de 9) tandis qu'en haut cette dernière est encore enfermée dans le maxillaire ' .

Cette jeune fille a déjà présenté une première atteinte de chorée ainsi que je vous le disais il y a un instant, à l'âge de 6 ou 7 ans.

Je vous ferai remarquer que la sortie des dents chez cette enfant a été très tardive, puisque la première incisive n apparut qu'à l'âge de 2 ans, par conséquent la dent dite de 4 ans pouvait encore évoluer à 6 ou 7, comme cela s'ohserve d'ailleurs même chez les enfants à première dentition précoce.

Elle avait eu la rougeole à l'âge de 5 ans et elle avait été, à la même époque, effrayée par deux chiens qui s'étaient rués sur elle.

Si la première atteinte de chorée, chez cette malade, pouvait à la rigueur être attribuée à la rougeole ou à la frayeur, la deuxième ne me paraît justiciable ni d'une pareille origine ni d'une semblable interprétation.

Cette dernière fois la chorée a présenté la forme molle.

Des mouvements existaient d'abord dans tout le côté gauche et dans le bras droit.

Au mois dedécembre 1890, cette enfant se plaignit d'une douleur intense à la main gauche ; puis tout à coup'û s'opéra un transfert de la chorée molle à droite.

' La denl dito de A ans sort gônéralemciit enlre 6 el. 7. Colle dite de OfiflRcluo d'ordinaire son éruption à l'2 ou 13 ans en moyenne, exceptionnellement h 16 comme je l'ai vu dans un cas. L'évolution complète des groupes supérieur et inférieur de chacune, réunis, poat exiger une année entière. Chaque nouvelle atteinte dure plusieurs mois.

Alors se produisirent des mouvements dans lo bras et la jambe do ce côté, tandis que jusque-Jà le bras seul en avait été le siège.

M"" X . . a un pied bot congénital droit.

Elle avait, il y a quatre mois, présenté de l'urticaire (?) comme elle en avait eu d'ailleurs à l'âge de 6 ans.

Je la soigne depuis le 1" février. Elle a été soumise au bromure, au quinquina, au fer et au phosphate de chaux.

Le 26 mars, près de deux mois après, elle est entièrement et définitivement guérie.

J'en arrive, Messieurs, au cas que vous avez actuellement sous les yeux et dont voici, en quelques mots, l'observation :

Le 16 mars 1891, on nous amène, à la consultation, une jeune fille de 10 ans qui nous frappe, dès qu'elle se présente à nous, par l'excentricité de ses gestes et de ses grimaces.

La mère, interrogée, nous apprend qu'il y a un mois, le 10 janvier, ayant fait arracher à sa fille une dent, la deuxième petite molaire supérieure gauche, cette enfant a présenté dès le lendemain de ce jour des phénomènes chorôiques.

La dent en question était cariée et faisait souffrir l'enfant depuis quelque temps. Elle avait été pourtant bien arrachée et sans la moindre difficulté.

Jusqu'alors cette jeune fille n'avait présenté aucun phénomène nerveux.

Le lendemain de l'extirpation de la dent, la mère remarqua que son enfant avait l'air un peu hébété et qu'elle se remuait à tout instant et sans motif.

chorée. '220

Peu à peu les mouvements devinrent plus intenses et, au bout de quelques jours, la jeune iilleles présentait aussi marqués que nous les voyons aujourd'hui.

Actuellement elle rejette brusquement et assez souvent SSL tèlQ à. gauohe (côté de la dent arrachée).

Son bras gauche est également projeté violemment et par secousses en arrière.

Lorsqu'elle marche, elle se tord et tourne toujours sa tète comme pour regarder ce qui se passe derrière elle.

Depuis le commencement de la maladie, elle ne dort pas et elle pousse des cris perçants toute la nuit.

En outre, elle se plaint de douleurs clans les doigts, ainsi que dans le poignet et la cheville gauches.

Les mouvements sont, depuis, devenus généraux. La tête, le tronc et les membres remuent constamment.

La malade présente à noter une tourniole à l'index droit.

Il y a quinze jours, on lui a mis un vésicatoire sur l'épaule gauche.

Elle parle très diffioileme7it, par moments même elle ne peut pas parler du tout.

Je lui ai prescrit du phosphate de chaux (50 centigr. par 24 heures), le sirop de quinquina (2 cuillerées à bouche par jour), et du fer réduit par l'hydrogène (5 centigr. matin et soir au repas) pour combattre l'anémie très prononcée dont elle était atteinte ; enfin comme sédatif du système nerveux, le sirop suivant:

Bromure de potassium 5 gram.

Sirop d'écorcc d'oranges amères 100 —

à prendre une cuillerée à bouche matin et soir.

Le 20 mars, la malade revient légèrement améliorée. Le 23 mars amélioration encore plus sensible. Notre

choréique dort. Elle remue moins et la parole est bien moins difficile. Elle ne projette que très rarement le bras gauche en arrière.

Le 27, la mère nous apprend que sa fille a eu la rougeole il y a un an, en mars 1890.

L'état de la dentition est le suivant: la canine inférieure gauche est tombée le 23 mars et, le 27, la canine inférieure droite de remplacement sort, repoussant en arrière la canine primitive correspondante.

Ce même jour, la canine inférieure gauche de remplacement sort aussi.

La première petite molaire inférieure gauche est cariée et la deuxième petite molaire supérieure du même côté sort à peine de quelques millimètres.

Les douleurs articulaires ont disparu. La langue est toujours un peu embarrassée. Ses mouvements sont pourtant plus faciles.

Je vous ferai remarquer, Messieurs, que les douleurs articulaires, présentées par cette malade pendant sa chorée, je ne les rattache nullement au rhumatisme ainsi qu'on serait porté à le faire conformément à l'opinion anciennement formulée par MM. G. Sée et Roger.

Je les considère bien plutôt comme des arthropathies survenant au cours de la chorée et reconnaissant une origine exclusivement nerveuse, ainsi que celles d'ailleurs que l'on voit survenir chez les ataxiques et dans beaucoup d'autres maladies du système nerveux.

Invoquera-t-on comme étiologie, pour ce dernier cas, la peur du dentiste ou de l'opération, l'existence de la rougeole en mai 1890 ?

cHonÉE. 227 Nous ferons remarquer que, si la frayeur a existé ici comme avant la première atteinte de chorée chez notre seconde malade; si la rougeole est ici, comme dans notre première observation, comme dans la première atteinte de notre seconde malade, antérieure à la chorée ; si notre premier malade enfin a présenté en outre de nombreux parasites intestinaux, une seule condition est commune à ces trois malades et à leurs atteintes choréiques, uniques ou multiples, c'est l'évolution dentaire, cause occasionnelle ou déterminante si l'on veut, toutes les autres causes (rougeole, parasites, frayeur, impaludisme, etc. ) ne jouant que le rôle de causes prédisposantes.

Le seul point commun que nous trouvions, en effet, dans ces trois observations, c'est révolution dentaire et l'évolution des grosses molaires.

Les grosses molaires ont donc quelque chose de particulier dans leur évolution et que l'on ne retrouve pas dans celle des autres dents.

Je crois que la chorée est avant tout, comme le disent MM. Bouchard et Joffroy, une maladie ô' évolution dans laquelle il faut, à mon avis, tenir le plus grand compte de l'évolution dentaire.

Des réserves doivent évidemment être faites pour les chorées symptomatique, post-hémiplégique, etc.

Celles-ci pourront servir, toutefois, à nous éclairer un jour (en raison des lésions anatomiques dentelles s'accompagnent) sur la physiologie pathologique de la chorée primitive, elle-même secondaire en réalité.

J'admets, je vous l'ai dit, l'existence du causes prédisposantes dans la pathogénie de cette maladie ; mais il faut aussi nécessairement une cause déterminante. Cette détermination a lieu, sous l'influence de l'anémie

t)2g DIX-HUlTIÈMli LEÇON.

cause prédisposante par exemple, par révolution dentaire cause occasionnelle.

Dans l'évolution dentaire c'est surtout le développement des molaires postérieures et définitives qui y donnent lieu.

On voit même des récidives multiples (4 dans un cas qui nous est personnel), d'une durée de plusieurs mois d'ordinaire (3 à 6), survenir au moment de l'évolution de chacun de ces groupes dentaires et ?ivec\in intervalle d'une ou plusieurs années.

On a signalé l'existence de lésions nerveuses dans la chorée.

Je ne vous parlerai point de l'embolie cérébrale mentionnée par quelques auteurs et attribuée par eux à l'endocardite rhumatismale.

Je ne crois pas, en effet, qu'elle joue un bien grand rôle dans la pathogénie de cette maladie.

La chorée ainsi déterminée pourrait en effet disparaître, mais l'embohe persisterait avec toutes ses conséquences, ce qui n'a pas lieu.

On a signalé aussi et surtout la lésion des parties de la moelle avoisinant les cornes postérieures de la substance grise (d'Espine et Picot).

Cette lésion, qui ne serait point constante, n'est nullement contradictoire ni de notre manière de voir, ni de notre opinion pathogénique.

Il peut se faire aussi qu'il existe des troubles nerveux purement fonctionnels et principalement réflexes.

Dans ce cas on pourrait faire entrer en ligne de compte et comme origine étiologique l'irritation du trijumeau retentissant par l'intermédiaire du bulbe et de la moelle sur les nerfs moteurs de l'économie.

CHOnÉE. 229 Nous observons quelque chose d'analogue dans la production de l'eczénaa', avec toutefois une différence dans le point d'aboutissement de l'excitation nerveuse, qui porte ici sur les glandes de la peau, là sur les muscles de la volonté.

Comme traitement il faut : activer l'évolution dentaire, (phosphate de chaux), surveiller l'état des gencives (sirop de mûres, miel rosat, chlorate de potasse, ablation des chicots et des dents cariées) ; combattre l'anémie de croissance ou de convalescence par les toniques et les reconstituants (fer, quinquina) ; employer des calmants, des sédatifs du système nerveux (bromure, etc.); enfin s'il existe des parasites intestinaux, les expulser (santonine, taenifuges, etc.).

' Voir plus loin ma leçon sur l'eczéma.

Page 1