VINGT ET UNIÈME LEÇON IDIOTIE ET IMBÉCILLITÉ
Messieurs,
J'ai l'intention de vous pnrler aujourd'hui de ces deux malades, que je fais sortir ordinairement de la salle de clinique, au moment de la visite, pour ne pas être dérangé par leur tapage, et qui me paraissent atteints: l'un d.Hdiotie, l'autre à'imbéciUité.
L'une et l'autre de ces formes d'aliénation mentale sont, vous le savez, la conséquence d'un arrêt de développement qui, congénital pour la 'première, serait, pour la seconde, plus ou moins postérieur à la naissa^ice.
Nous allons chercher à nous rendre compte, chez l'un et chez l'autre de ces malades, de la pathogénie de leur affection.
Vous n'êtes pas, Messieurs, sans avoir remarqué les différences qui les séparent.
Tandis que le premier, macrocéphale en apparence, est par moments gai, affable, caressant, causant beaucoup, à certains autres brutal et taciturne, présentant même des attaques épileptiformes ; le second est à demi sauvage , d'une timidité extrême, mais uniforme dans son hébétude, sans expansion comme sans abattement.
Le premier, doué d'une assez belle voix, retient très facilement les airs qu'il entend ; il répète assez habituelle-
VINGT ET UNIÈME LEfiON'.
ment louL ce qu'on lui dil, mémo les questions qu'on lui pose, ce qui me fait qualifier son langage de : parole en éc/io.
Le second, au conLraire, ne prononce que quelques mois, toujours les mômes : cheval, lune, tambour, chemin de fer. Quelle que soit la question qu'on lui pose, il vous répond invariablement par l'un de ces quatre mots.
Un phénomène assez curieux, chez ce dernier, c'est que, comparable à l'aigle, il peut fixer le soleil sans cligner les yeux.
Voici, d'ailleurs, les renseignements que j'ai pu obtenir sur ces deux malades :
Jules B... (imbécile) naquit le 2ô mars 1881.
L'accouchement qui lui donna naissance fut très laborieux et Ton dut même appliquer le forceps.
L'enfant vint par les pieds.
Pendant près d'un quart d'heure, il resta noir (cyanosé) des pieds jusqu'à la ceinture.
Une fois expulsé, il respirait à peine. On le crut un instant mort-né.
11 fut placé en nourrice jusqu'à l'âge de 16 mois.
Pendant les huit premiers, il ne présenta rien de particulier à noter ; après quoi, certain jour, la nourrice l'apporta à sa mère, qui l'avait vu la veille bien portant, avec une tuméfaction molle, assez forte, siégeant à la partie antérosupérieure du crâne (fontanelle antérieure) et en proie à de violentes convulsions.
Les deux filles de sa nourrice, âgées l'une de 12 ans, l'autre de 7, l'avaient gardé la veille, toute la journée.
A la suite de ces convulsions ou attaques, quidurèrent huit mois, il lui est resté du strabisme divergent de l'œil droit.