‹ Lecons cliniques sur les maladies des enfantsChapitre 4 sur 66 · PATHOLOGIE ET CLINIQUE CHEZ LENFANT · texte numérisé non relu

PATHOLOGIE ET CLINIQUE CHEZ LENFANT

la consUpalioli ou même la diarrhée, toujours certains vices de nutrition se traduisant (qu'il y ait ou non périadénite méseiitérique, péritonite adhésive, suppurée, etc.) par l'augmentation de volume de l'abdomen contrastant généralement avec l'exiguïté du thorax, dont le rebord costal et inférieur est fortement incurvé, relevé, déjeté en dehors, mais aussi avec la gracilité des membres, inférieurs et supérieurs, enfin la marche tardive, l'évolution dentaire lente, l'usage peu précoce de la parole, etc., etc.

A jeun, ce gros ventre donne généralement Heu à une sonorité gastrique ou supérieure et intense gauche, et étendue, qui se distingue facilement de la matité ou de la submatité ayant pour siège quelques points seulement de la région hypogastrique ou, au contraire, la totalité de cette surface, matité dont le déplacement ne se produit pas, en général, par les variations du décubitus et qui se continue assez souvent à droite avec celle du foie.

Ce gros ventre est constitué d'abord par la dilatation gastrique, puis par la simple hypertrophie, inflammatoire ou non, des ganglions mésentériques (carreau non tuberculeux).

A un second degré, ces ganglions subissent la dégénérescence caséeuse, tuberculeuse (carreau tuberculeux), quelquefois môme suppurative, d'où la terminaison par la péritonite suraiguë,' aiguë ou chronique, et, dans ce cas, une dystrophie particulière, véritable atlirepsie d'un âge plus avancé.

A ce moment, pour ces divers motifs auxquels vient s'ajouter la croissance incessante du sujet qui s'effectue pendant la première comme pendant la seconde énfance, on voit survenir le rachitisme plus ou moins précoce, plus ou moins intense, dont Parrot a fait le synonyme de syphilis

héréditaire, opinion dont son élève M. ïroisier lui laisse, avec juste raison à notre avis, toute la responsabilité dans la préface du remarquable ouvrage posthume qu'il nous a donné du Maître éminent et regretté

Nous ne croyons pas, pour notre compte, à l'origine toujours syphilitique du rachitisme.

Son étiologie, fort obscure il faut le reconnaître, serait plus facile à concevoir, nous semble-t-il, en dehors de cette influence, si l'on voulait tenir compte de deux facteurs également importants dans la production de cette maladie et qui sont: 1° l'apport nutritif défectueux, principalement en phosphates calcaires, par suite de maladies longues ou nombreuses à cette époque de l'existence, ou même par alimentation insuffisante et incomplète ; 2° l'élongation et le développement constant du squelette, nécessitant un apport encore plus grand, si c'est possible, de ces mêmes substances ; d'où, persistance ou plutôt prédominance, dans les conditions précitées, de la partie molle de- la charpente osseuse ; d'où, enfin, déformation des os suivant les attaches musculaires ou l'action de la pesanteur.

Le rachitisme héréditaire que nous venons d'observer récemment dans nos salles au moment même de la naissance, chez l'enfant d'une aliénée rachitique elle-même, s'explique tout naturellement par le défaut de phosphates calcaires, en quantité suffisante du moins, dans l'organisme maternel, d'où pénurie de ces mêmes substances chez l'enfant développé dans ces conditions.

La catégorie de déviations du rachis résultant de ce vice de nutrition étant la plus importante, il est permis d'espérer que, si l'on comprend bien cette pathogénie et si l'on

' Parrol ; Syj^ihilis héréditaire et rachit, Paris, 1886.

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applique à temps le traitement (appareils orthopédiques, phosphate de chaux à l'intérieur, toniques, alimentation fortement réparatrice), les bossus rachitiques seront de moins en moins nombreux, ils Uniront même par disparaître. Telle est du moins la conclusion à laquelle je suis amené par un bon nombre d'observations personnelles.

Il n'est pas jusqu'au développement des organes génitaux et au réveil du sens génital qui n'exerce une influence morbigène considérable chez l'enfant et l'adolescent.

Sans parler en effet des habitudes déplorables qui peuvent en résulter pour l'un et l'autre sexe et de la dégradation intellectuelle et physique, conséquence du fonctionnement anormal ou excessif de ces organes au moment où s'effectuent leur développement et celui du corps tout entier ; sans parler des maladies vénériennes ou syphilitiques que l'on peut contracter de très bonne heure, même par le coït (j'en ai observé un cas chez un enfant de 4 ans, porteur d'un chancre induré du filet de la verge); sans parler des névroses : hystérie, épilepsie, hypochondrie, aliénation mentale, dont l'éclosion est parfois si intimement liée au développement et au fonctionnement exagéré de ces organes en pleine évolution; je me contenterai seulement de vous signaler la chlorose, si commune chez les jeunes filles, surtout au moment oîi s'établit la fonction menstruelle; puis, l'anémie par pertes séminales, suites d'érections, d'éjaculations provoquées ou spontanées, nocturnes ou diurnes, trop fréquentes (quinze jours de suite, spontanées et nocturnes, chez un enfant de 16 ans), ou par ménorrhagie, métrorrhagie ou leucorrhée, ou enfin par vice alimentaire chez la jeune fille chloro-anémique, ovaralgique, gastralgique surtout, atteinte le plus souvent

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d'hépaLomégalie avec maliLé douloureuse du foie (fait si bien mis en lumière par mon élève et ami, M, le D"" Duco)' , de pica, de malacia, de perversion sensorielle gastrique et gustative, qui font que la malade recherche surtout les mets acides, fortement épicés, les crudités, etc., etc., bien faits pour aggraver davantage, si c'est possible, l'état gastrique, nerveux ou anémique déjà existant et constituer ainsi un véritable cercle vicieux pathologique dont il est souvent difficile, pour ne pas dire impossible, de découvrir le vrai point de départ.

Ai-je besoin, Messieurs, d'insister ici sur l'origine du pied bot dans l'enfance, cette rétraction musculaire due bien souvent à des convulsions antérieures et à des attitudes vicieuses au cours d'une marche trop précoce ou même forcée et sur celle de l'ostéite épiphysaire, si intimement liée à la croissance, aux contusions, aux fatigues corporelles, aux diverses influences diathésiques ou simplement débilitantes éprouvées par l'organisme à cette période de la vie ?

Est-il nécessaire d'ajouter que les maladies infectieuses et contagieuses sont extrêmement fréquentes chez l'enfant, en raison même de sa nutrition très active et de son absorption si facile par les diverses voies.

La fièvre typhoïde s'observe chez lui principalement à l'époque où son alimentation se rapproche le plus de celle de l'adulte, indépendamment de la contagion qui peut lui venir, soit de sa nourrice, soit de son entourage, soit même d'un lait vicié, ce qui paraît être infiniment plus rare.

La rougeole, la scarlatine, la coqueluche, la diphtérie (croup), la tuberculose, s'observent aussi fréquemment et

' Duco ; De l'hépatomégalie, etc. Thèse de Montpellier, 1884.

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plus peut-être chez l'enfant que chez l'adulte, sans compter les maladies héréditaires telles que la syphilis, la tuherculose, le rhumatisme, etc., etc.

La variole semble y être moins fréquente, en raison surtout de la vaccination, toujours récente à cette époque. Peut-être même serait-ce là le motif pour lequel la varicelle est si commune dans le jeune âge, cette maladie qui ne donne pas la variole dont elle n'est peut-être qu'une atténuation plus grande encore que la varioloïde, mais dont la séparent pour ce motif, et peut-être à tort, bien des auteurs des plus recommandables.

Etant donnés les divers arguments que je crois avoir établis devant vous en faveur de l'existence d'une pathologie et d'une clinique propres à l'enfance, soit qu'on les considère en ce qu'elles offrent de spécial ou au contraire en ce qu'elles présentent de commun avec celles de l'adulte ; en tenant compte des réserves exprimées par les auteurs mômes (Grancher, d'Espine et Picot, V. plus haut) qui n'admettent pas une pathologie et une clinique infantiles spéciales; en les rapprochant des affirmations catégoriques, mais opposées, émanant d'hommes aussi compétents en la matière que Rilliet et Barthez, Richard (de Nancy), Parrot, Bouchut ; sans néghger surtout le rôle considérable dévolu au grand acte du développement dans la pathogénie et la symptomatologie en clinique infantile ; sans oublier l'action rapide et intense des médicaments dans le jeune âge, en raison de la vitalité excessive des cellules de l'organisme à cette période de la vie, de la brièveté du circuit circulatoire et de la fréquence des contractions cardiaques qui font qu'une môme substance médicamenteuse est mise plus souvent en contact, dans une période de temps déterminée,

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avec les divers organes de l'économie ; en tenant compte enfin de la tolérance plus grande de l'enfant vis-à-vis de certains moyens, moins grande au contraire à l'égard de certains autres, nous pouvons, en terminant, répéter avec Fonssagrives les paroles significatives de West : « Pour traiter avec succès les maladies de l'enfance, il faut quelque chose de plus que l'observation attentive du mal et le soin de proportionner la puissance et la dose des médicaments à la délicatesse des jeunes malades. Ce n'est point une hyperbole de dire que vous avez à apprendre une nouvelle séméiologie, une nouvelle pathologie, une nouvelle thérapeutique ^ i), c'est-à-dire, et en un mot, une nouvelle clinique.

' West ; Leçons sur les maladies des enfants, trad. Archambault, pag. 2. Paris, 1875.

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