MED DOT
Au moment de l'opéraLioii, les deux docteurs qui m'assistaient me demandèrent de quelle façon j'allais procéder.
Je leur répondis que je préférais introduire le ténotome d'abord sous, le tendon et non pas sous la peau, quitte à opérer autrement de l'autre côté si cette méthode ne me réussissait pas.
Je procédai ainsi et je n'eus qu'à m'en louer. Je continuai de la même façon pour l'autre pied et j'obtins le même résultat. La peau n'avait été lésée, du côté opposé à l'introduction du ténotome, ni à droite ni à gauclie.
Il est un petit artifice opératoire indiqué par les auteurs que je dois maintenant vous faire connaître.
Quand on arrive aux dernières fibres tendineuses, on pèse sur la pointe du pied en tendant fortement le tendon. On déchire de la sorte les fibres non encore sectionnées et l'on évite ainsi plus facilement de diviser la peau.
C'est ainsi que j'opérai dans le cas dont je vous ai parlé. Les résultats de cette double ténotomie furent d'ailleurs excellents.
Cet enfant, qui auparavant était comme idiot, que rien ne captivait, qui grimaçait continuellement (chorée chronique, athétose double), devint subitement plus owu6?^i et plus calme.
 l'hébétude succéda presque aussitôt un certain degré d'intelligence, et les grimaces furent à la fois moins fréquentes et moins intenses. Le jour même de l'opération, il s'amusa à regarder des images, qui la veille ne l'intéressaient nullement. Il articula enfin des membres de phrases, qu'il ne pouvait pas prononcer auparavant.
Je ne vous signale ces faits, Messieurs, qu'en passant. Vous serez toutefois frappés comme moi de celte transformation soudaine survenue chez mon opéré. L'un des deux
^gc) VINGT-QUATRIÈME LEÇON.
confrères qui m'avaient assisté dans cette opération m'écrivit peu de temps après, et c'est par lui que j'ai eu ces renseignements.
Il se demandait même, dans sa lettre, si la contracture des muscles du mollet ne produisait pas. antérieurement à l'opération, une espèce d'excitation sur la moelle et les centres nerveux capable de paralyser en partie leurs fonctions et si, cette excitation une fois disparue par le fait du relâchement musculaire résultant de la ténotomie, les centres nerveux n'auraient [las pu reprendre un peu plus de liberté d'action, d'où le retour d'un certain degré d'intelligence et de l'idéation, ainsi d'ailleurs qu'une liberté plus grlnde de la parole et de tous les mouvements voulus en général.
Quelle que soitl'interprétation dont ce fait puisse paraître susceptible, je ne me serais jamais attendu, pour mon compte, à voir une intervention aussi localisée exercer uns influence aussi générale et aussi favorable à l'ensemble de l'économie et au système nerveux tout entier.
Je passe à la seconde partie du traitement qui comprend les précautions à prendre aussitôt après l'opération.
Il faut songer tout d'abord à maintenir le pied dans une position opposée à celle qui résulte de l'état pathologique cause du pied bot. Pour cela il est nécessaire d'écarter fortement les deux parties du tendon d'Achille sectionné, par une flexion forcée du pied sur la jambe. La soudure se faisant ainsi à distance, le tendon est allongé d'autant.
Sur la recommandation qu'en fait M. de Saint-Germain, . je voulus, dans ce but, appliquer à mon malade Vappareil à plaquette décrit par cet auteur.
l'IED BOT. 293
Il se compose d'une planche, sorte de semelle percée de deux fentes longitudinales, et d'une tige latérale externe, pour le pied bot varus, tombant à angle obtus sur le bord correspondant de la planchette.
On fixe le pied sur celle-ci avec des bandelettes de diachylon passées dans les deux fentes et l'on ramène, à l'aide d'une bande fortement serrée, l'extrémité libre de la tige latérale contre la partie supérieure de la jambe.
Le pied doit être, ainsi, maintenu dans une position diamétralement opposée à celle qu'il avait antérieurement.
Peut-être n'ai-je point su me servir de cet appareil aussi simple qu'ingénieux, en théorie du moins. Toujours est-il que, lorsque je voulus rappliquer, il me parut n'aboutir à rien de bon et être incapable de maintenir le pied dans la position voulue.
Je dus immédiatement recourir à un autre appareil.
J'étais dans une localité dépourvue de ressources à cet égard et mon jeune malade était fils de parents pauvres.
Il étaitinutile, par conséquent, desongeràl'appareil orthopédique à triple effet, qu'on ne pouvait se procurer aussitôt, par manque de temps d'abord, faute d'argent ensuite.
Il me fallut inventer sans retard un appareil simple et peu coûteux, sous peine de voir les tendons sectionnés se souder rapidement et vicieusement, c'est-à-dire sans corriger en aucune façon la difformité.
Le père de cet enfant était menuisier. Il s'adjoignit un de ses amis serrurier et, sur mes indications, ils construisirent en quelques heures l'appareil, un peu grossier il est vrai, que je vous présente ici, mais qui me paraît avoir une certaine utilité pratique : voilà pouripoi j'ai tenu à le placer aujourd'hui sous vos yeux.
294 VhNGT-QUATniÈME LEÇON.
Il me semble que cet appareil, mieux construit et plus léger, est appelé à rendre quelques services .
Fig. 2. — A courroie fixant la partie supérieure de lajambe.— G courroie transversale postérieure du cou-de-pied. — G' courroie oblique supérieure du pied. — G" courroie verticale supérieure de la pointe. — P cadre fixe. — P' planchette mobile. — 0 axe de rotation. — B barre transversale portant en son milieu la vis V (voir fig. 3).
Le principe en est le suivant : Trois courroies, C, C et C", saisissent le pied et l'empêchent de remuer sans gêner la circulation.
Une planchette P', sur laquelle il est fixé, est mobile autour d'un axe 0. Cchii-ci est scellé dans un cadre P surmonté de tiges latérales T qui maintiennent la jambe. La planchette est mue et relevée à volonté, à sa partie anté-
l'IED BOT. 205
rieure, par une vis V traversant en son milieu la barre transversale B.
Fig. 3. — Schéma. Pour la légende voir la figure ci-contre.
A mesure que l'extrémité antérieure monte, relevant la pointe du pied, l'extrémité postérieure descend avec le talon.
Remarquez, Messieurs, que ce dernier est mis dans l'impossibilité absolue de remonter par la présence des courroies C et G', dont la première passe derrière, la seconde devant le cou-de-pied.
Mais il ne suffit point d'empêcher le talon de monter, il faut encore maintenir la pointe du pied de façon à ce qu'elle ne se porte ni à droite ni à gauche.
La courroie C", placée sur les bords et le dessus du pied à sa partie antérieure, permet d'obtenir cet effet en com-
296 VlNGT-QUATniKME LEÇON. |
ballaril clans une certaine mesure la déviation du pied en dedans.
Cet appareil, je le répète, me fut très utile, et grâce à lui j'obtins, dans ce cas grave, un assez bon résultat. Br..., I L. peut, en effet, appliquer sur le sol la plante de ses deux pieds dans toute leur étendue. Il n'en appuyait auparavant que la pointe.
Combien de temps faut-il laisser le pied dans l'appareil après l'opération ?
Huit jours suffisent d'ordinaire, d'après M. de Saint- ; Germain. C'est au bout de ce temps qu'on l'enleva chez notre malade.
Après cela, il faut faire porter à l'opéré des brodequins à tuteurs, c'est-à-dire possédant sur les côtés, droit et gauche, une tige articulée qui, fixée à la jambe, permette • les mouvements de flexion et d'extension du pied sur • celle-ci.
Les auteurs recommandent aussi, à ce moment-là, tout! en préconisant les mouvements de flexion et d'extension, le ; massage.
Il ne faut pas craindre de forcer sur le pied en sensinverse de la déviation primitive, c'est-à-dire de porter for- ■ tement sa pointe en haut et en dehors.
En définitive, Messieurs, je crois que, si l'on intervient vite et si l'on prend toutes les précautions voulues, on peut rendre de très grands services aux jeunes malades atteints; de cette infirmité.
L'opération n'est ni dangereuse, ni longue, et les avantages que l'on peut en retirer sont immenses.
Gomme vous le savez, nous avons un cas de pied boti varuséquin double dans le service.
Les parents se refusent encore à accepter l'opération.
PIED noT. 297
Je le regrette, car je suis convaincu que les résultats en seraient excellents, j'espère toutefois les voir revenir d'un instant à l'autre sur leur décision.
Gela me permettrait d'appliquer sous vos yeux le traitement de cette infirmité que j'ai tenu à vous faire connaître aujourd'hui.
Elle est très marquée chez ce malade, et elle serait indéfiniment progressive sans intervention.