‹ Lecons cliniques sur les maladies des enfantsChapitre 6 sur 66 · TROISIÈME LEÇON LA GASTRO-ENTÉRITE ALIMENTAIRE CHEZ L'ENFANT · texte numérisé non relu

TROISIÈME LEÇON LA GASTRO-ENTÉRITE ALIMENTAIRE CHEZ L'ENFANT

Messieurs,

Je désire vous entretenir aujourd'hui d'une maladie que je désigne volontiers sous le nom de gastro-entérite alimentaire.

De nombreux cas de ce genre se sont montrés récemment dans le service. Je vous signalerai , entre autres, celui du petit garçon couché au n" 3 de la salle Saint- Joseph.

Cet enfant est entré dans nos salles avec une douleur très aiguë dans la fosse iliaque droite.

On y percevait aisément, à la palpation, un certain gargouillement et il existait en outre un léger mouvement fébrile.

Le lendemain, la douleur avait changé de place. Elle était localisée dans la fosse iliaque gauche. Il n'y avait pas la moindre fièvre et le malade avait une diarrhée très abondante.

Je l'interrogeai avec soin et j'appris que, l'avant-veille, il avait mangé des cerises en assez grand nombre et que, de plus, il en avait avalé les noyaux.

Cet aveu m'éclaira tout de suite sur la nature du mal, sur la cause de la fièvre et du gargouillement, enfin sur les raisons du changement de place de la douleur.

Tout rentra dans l'ordre d'ailleurs sous peu de jours et après l'expulsion des noyaux de cerises par les fèces.

LA GASTRO-ENTÉHITE ALIMENTAIBE. 41

Plusieurs autres cas de ce genre se sont présentés il n'y a pas bien longtemps à la Clinique.

Le premier est relatif à un enfant qui était couché au n" 1 de la même salle.

Le jour de son entrée, mon interne crut se trouver en présence d'un cas de colique hépatique tant la douleur dans la fosse iliaque droite était vive.

Tout d'abord je pensai bien qu'il s'agissait là d'une iléo-typhlite, mais il restait à en pénétrer les causes

J'interrogeai l'enfant sur son alimentation- des jours précédents et j'appris què, la veille, il avait mangé quatre pommes dont il avait avalé les pépins.

Dès lors il nous était permis d'admettre que ces corps étrangers avaient éraillé ou simplement enflammé la muqueuse intestinale, que même quelques-uns avaient pu s'engager dans la cavité de l'appendice vermiforme.

Le lendemain les douleurs étaient à gauche et, dans quelques jours, le malade sortait guéri après avoir expulsé ces véritables corps étrangers.

A côté de ces cas, tout à fait récents, je puis vous en rappeler quelques autres remontant à une époque un peu plus éloignée et qui, pour ce motif, ne sont pas dans tous leurs détails bien présents à ma mémoire.

Tout ce que je puis vous en dire, c'est que ces divers malades, tous enfants de l'hôpital, avaient mangé l'un plusieurs oignons crus, les deux autres des caroubes en assez grande quantité au Jardin des Plantes.

Tous trois eurent non seulement une indigestion immédiate avec vomissements, mais des accidents gastro-intestinaux consécutifs.

42 THOISIÈME LIiÇON.

PermeUez-moi, Messieurs, de vous mentionner enfin un cas que j'ai observé dans ma clientèle, en ville, au mois de février dernier chez une jemie fille de 13 ans

Appelé en toute hâte auprès de cette malade, je constatai l'existence de douleurs abdominales très vives accompagnées d'un météorisme assez intense.

La température était à 40° et la malade avait beaucoup vomi.

En présence de ces symptômes, locaux et généraux, l'idée d'une péritonite se présenta à mon esprit; mais encore fallait-il remonter à l'étiologie.

Le ventre était douloureux dans son ensemble, d'une façon plus spéciale toutefois dans la fosse iliaque droite.

Je songeai tout de suite à l'ingestion possible de noyaux de fruits.

La famille et la malade répondirent à cet égard négativement.

On me raconta que, la veille, cette jeune fille avait été invitée à une matinée chez une de ses amies, qu'elle y avait dansé beaucoup, bu du punch et absorbé quelques glaces.

Il était évident pour moi que je me trouvais en présence d'une gastro-entérite dont la cause, jusque-là, m'échappait complètement.

Poursuivant mon interrogatoire, j'apprends que cette jeune fille avait l'habitude de boire du vin pur à ses repas et qu'après chacun d'eux el'c prenait, d'ordinaire, du cafe, puis un morceau de sucre trempé dans du rhum.

Je conseillai, cela va sans dire, la suppression à l'avenir du rhum après les repas et j'insistai pour que ma jeune malade additionnât désormais son vin d'une certaine quantité d'eau.

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