‹ Lecons cliniques sur les maladies des enfantsChapitre 7 sur 66 · LA GASTHO-ENTÉRITE ALIMENTAIRE · texte numérisé non relu

LA GASTHO-ENTÉRITE ALIMENTAIRE

En raison de l'état aigu actuel je prescrivis : des fomentations chaudes l'huile de camomille camphrée et des cataplasmes chauds sur l'abdomen, enfin une polion avec :

ÉLher sulfurique X gouttes.

Bromure de potassium 1 gram.

Eau de fleur d'oranger 20 —

^■^^^ ^^'^'^^ j àâ 50 -

Eau de tilleul '

Sirop simple 30 —

A prendre par cuillerée abouche, toutes les demi-heures d'aboi'd, toutes les heures ensuite.

Je conseillai en outre, dans l'intervalle, l'usage de boissons chaudes (tisanes) et émoUientes (mauve).

Le lendemain, l'état était le même. La fièvre se maintenait à 39°, 8. La douleur était aussi vive. Les évacuations intestinales ne se faisaient point.

Je prescrivis, ce jour là, quelques bouillons maigres additionnés d'une assez grande quantité d'huile d'olive, ciifiu un peu de jus de pruneaux.

Toute la journée la température se maintint entre 38 et 39°. L'insomnie était absolue

Tout à coup les douleurs devinrent encore plus intenses, si c'est possible, qu'auparavant et continues mais à exacerbations momentanées. Elles prédominaient surtout dans la fosse iliaque droite, où elles semblaient même revêtir le caractère expulsif.

J'appris enfin, à ce moment-là, que la veille du jour où j'avais été appelé la malade avait mangé une pomme dont elle avait avalé les graines, ainsi d'ailleurs que l'enfant dont je vous ai parlé il n'y a qu'un instant.

Je pensai donc que ces douleurs pouvaient être de bon augure.

TKOlSlÈMli LliÇON.

Elles étaient en effet intermittentes, tandis que dans lu péritonite, vous le savez, elles sont au contraire continues.

La malade ne pouvait pourtant pas tolérer, sans se plaindre, la moindre contraction des muscles abdominaux. Tout mouvement était impossible ou très douloureux.

J'attribuai sans hésitation les douleurs paroxystiques accusées par la malade à un obstacle qui, siégeant au niveau de la valvule iléo-csecale, s'opposait au passage et à la libre circulation des matières intestinales.

Je prescrivis alors, en raison de l'extrême acuité des douleurs, un tout petit lavement avec trois gouttes de laudanum de Sydenham.

Sous son influence, les douleurs se calmèrent et la jeune fille put prendre quelques instants de repos.

Au réveil, elles reparurent aussi intenses que la veille.

Dans la soirée elles quittèrent la fosse iliaque droite et se firent sentir au milieu et en haut de l'abdomen (côlon transverse). Bientôt après elles se cantonnèrent dans la fosse ihaque gauche (S iliaque). La jeune fille alla du corps et rendit les parties cartilagineuses de la pomme et un grand nombre de graines.

A ce moment-là je fus obligé de m'absenter pendant quelques jours.

Je quittai la malade à regret, la trouvant mieux pourtant ; mais son état n'était pas encore très satisfaisant.

A mon retour le père, docteur es sciences, qui examinait attentivement tous les jours les selles de son enfant, me montra une arête de morue à trois branches, en forme d'éperon, que la malade avait évacuée pendant mon absence.

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Celte arête était formée d'un noyau central d'où partaient, en divergeant, trois rayons assez épais longs d'un demi-centimètre.

II est évident que nous étions en présence du corps du délit et que c'était là la véritable cause des souffrances qu'avait endurées l'enfant.

Quels sont en effet les points qui avaient pu plus particulièrement arrêter ces corps étrangers dans leur progression à travers les voies digestives?

C'étaient d'abord le pylore, puis la valvule iléo-csecale (fosse iliaque droite), ensuite les anfractuosités du côlon, enfin (à gauche) les replis de l'S iliaque.

A mesure que l'évacuation des divers corps étrangers s'effectuait, les douleurs diminuaient d'intensité.

Nous purgeâmes alors la malade avec 15 gram. d'huile de ricin.

La purgation fut suivie d'une accalmie relative mais non pas encore absolue.

Il fallait attendre, pour cela, non seulement l'évacuation complète des corps étrangers, mais encore la réparation de l'atteinte, inflammatoire ou ulcérative, portée par eux aux parois intestinales.

J'ai insisté à dessein sur ce fait, parce qu'il me paraît éclairer d'un jour tout particulier les quelques cas que nous avons observés ici dans le service.

Avant de quitter ce sujet, je désire vous faire remarquer, en outre, que les accidents alimentaires peuvent se rencontrer même chez le nourrisson et à partir du moment de la naissance, alors que l'alimentation est absolument liquide et exclusivement lactée.

Il est utile, à cet égard, de faire les distinctions que voici :

L'enfant se nourrit exclusivement de liquides, ou bien il mange des solides, peut-être même des fruits.

Jusqu'ici j'ai insisté principalement sur la troisième de ces catégories.

Passons maintenant aux deux autres.

Dès la plus tendre enfance on peut observer très fréquemment des accidents gastro-intestinaux de cause alimentaire.

Au dessous de 6 moi^^ on doit, pour ce motif, proscrire de l'alimentation toute autre boisson que le lait, excepté dans les états fébriles où les tisanes sont parfois tolérées alors que le lait pur ou coupé est vomi.

Les liquides, le lait lui-même, exposent les enfants à des accidents gastro-intestinaux, lorsqu'ils sont ingérés en trop grande quantité à la fois oa par répétition trop fréquente de l'acte.

Les nourrices ont généralement à cet égard une tendance déplorable, que vous devrez combattre détentes vos forces ainsi que vous me le voyez faire tous les jours, et qui consiste à donner le sein à leur nourrisson toutes les fois quil pleure. C'est là un bien grave défaut.

Si l'enfant pleure, en effet, c'est qu'il a le plus souvent des coliques, dues peut-être à une première indigestion.

Qu'on lui donne alors cà téter souvent et, cbaque fois, ses coliques deviendront plus fortes par le même mécanisme c'est-à-dire par indigestion sur indigestion, comme je vous l'ai fait observer maintes fois.

De là des nourrissons qui pleurent nuit et jour, que leurs nourrices et leurs mères qualifient de méchanls et

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qui seraient des enfants modèles et Lrès sagesai, au lieu de les gaver ainsi à tout instant, on savait les alimenter à propos.

De là des gastro-entérites, augmentant dans de notables proportions la mortalité des enfants du premier âge.

Que de fois m'avez-vous entendu dans ces cas, à la consultation comme dans le service, demander aux nourrices et aux mères si elles mangeaient, elles aussi, à tout instant du jour et de la nuit !

En présence de leur réponse négative : pourquoi, leur disais-je, exiger de vos enfants ce que vous n'exigez point de vous-mêmes ?

Sans doute le nouveau-né, s'alimentant peu, a besoin d'y revenir plus souvent qu'un enfant plus âgé, mais en cela il y a des limites qui ne sauraient se plier au caprice du premier venu.

L'enfant, lorsqu'il vient de naître, doit téter chaque heure pendant tout le premier mois ; puis chaque deux heures pendant le second et le troisième ; après cela, chaque trois heures seulement.

Lorsqu'il commence à prendre des potages, il faut laisser quatre heures d'intervalle entre ceux-ci et la première tétée qui suit. A plus forte raison si l'enfant mange de tout.

Enfin, Messieurs, lorsque l'enfant prend des aliments solides, ses dents de première dentition, véritables dents de luxe, ne lui permettent pas de triturer convenablement sa nourriture, la viande, par exemple, que l'on doit écarter pour ce motif, pendant longtemps, de son alimentation.

La mastication complète serait- elle possible avec ces dents de première dentition que l'enfant, pas plus d'ailleurs que beaucoup d'adultes, ne saurait en faire un parfait usage, faute d'attention suffisante.

De là encore des indigestions, des vomissements, de la diarrhée, des gastro-entérites alimentaires, qui entrent dans la seconde catégorie que nous avons établie tout à l'heure.

De là enfin l'indication formelle de recourir pendant longtemps aux aliments demi-liquides chez l'enfant.

Quelles conclusions, Messieurs, pouvons-nous tirer de tout ce que je viens de vous dire ?

C'est que l'iléo-typhliLe, chez l'enfant, est bien souvent liée à la présence dans le tube digestif de corps étrangers alimentaires.

La perforation de l'intestin ou de l'appendice peut fort bien se produire de ce fait, dans certains cas.

C'est, aussi, que la gastro-entérite peut ne pas reconnaître, à cet âge, d'autre cause que l'alimentation, alors même que celle-ci ne se compose pourtant que des substances alimentaires qui paraissent le mieux appropriées à la nutrition.

Le traitement prophylactique est sans contredit le premier à mettre en usage.

Il consiste dans l'observation des règles hygiéniques relatives à l'alimentation et que je viens de vous formuler, il n'y a qu'un instant.

Lorsque les accidents ont éclaté, on provoque l'évacuation des corps étrangers alimentaires avec de légers laxatifs.

Si l'enfant a un certain âge on emploie ensuite, avec succès, les purgatifs.

Les coliques, ainsi que vous l'avez vu bien souvent, sont calmées par des fomentations chaudes d huile de camomille camphrée, suivies de l'application de cataplasmes aussi chauds que possible, sur l'abdomen.

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Si la douleur est bien intense on donnera, à partir do 4 ou 5 ans seulement, quelques gouttes de laudanum dans un petit lavement, que l'on pourra réitérer au besoin plusieurs fois par jour.

Contre l'inflammation on emploiera, à l'intérieur, les tisanes chaudes et émoUientes (mauve, guimauve, riz, orge, etc.).

Si je vous ai parlé longuement de ces accidents, c'est pour vous montrer, sans doute, les indications thérapeutiques à remplir dans ces cas, mais aussi rintérèt qui s'attache à leur étude principalement en ce qui concerne l'étiologie et le diagnostic.

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