‹ Leçons cliniques sur les maladies du foieChapitre 30 sur 104 · CONGESTION DU FOIE · texte numérisé non relu

CONGESTION DU FOIE

un pareil résultat que lorsqu'elle est aidée par l'action d'ingesta irritants. C'est à cette association de causes qu'il faut attribuer la fréquence de la congestion active du foie chez les Européens qui habitent les climats chauds (voyez leçon XVI).

c. Un refroidissement soudain ou prolongé peut déterminer la congestion du foie, surtout dans les climats chauds, chez les personnes qui ont trop bien vécu, ou après un exercice violent.

d. Malaria et poisons du sang. — Les individus qui ont eu des fièvres intermittentes ou qui habitent des pays à fièvre, sont très-disposés à être affectés de congestion hépatique susceptible de persister longtemps après que les symptômes fébriles ont disparu. Les militaires reviennent fréquemment de l'Inde avec un engorgement du foie lié à cette cause. Mais lorsqu'une augmentation de volume considérable et permanente succède à la fièvre intermittente ou rémittente, elle est plus probablement due à un dépôt cireux ou à une hépatite interstitielle qu'à une simple congestion (1). Il y a d'autres poisons du sang, outre la malaria, qui sont capables d'amener la congestion du foie : ainsi la fièvre jaune des tropiques et la fièvre à rechute de notre propre pays (2).

e. La congestion active du foie peut encore être d'origine traumatique et résulter de contusions, plaies, etc.

C. Passive. — La congestion passive du foie peut être l'effet des causes suivantes :

a. Suppression d'écoulements auxquels l'organisme est habitué, tels que les règles (3), ou les flux hémorrhoïdaires. J'ai souvent vu la guérison d'hémorrhoïdes être suivie de congestion du foie et même de cirrhose.

b. Constipation habituelle.

c. Torpeur du système de la veine porte par suite de paralysie des nerfs sympathiques ou par toute autre cause.

d. Exercice musculaire insuftisant.

Traitement. — Dans le traitement de la congestion hépatique, il faut se guider sur les règles suivantes :

(1) Voyez p. 36 et obs. X, et aussi Morehead, Researclies on Diseuses in India, 1860, p. 428; et Sir Ranald Martin, in The Lancet, 1865, t. II, p. 615.

(2) Parmi les poisons du sang susceptibles de produire un engorgement congestif du foie, on doit apporter une attention spéciale à la syphilis. Il n'est pas rare de trouver le foie et la rate augmentés de volume chez les enfants atteints de syphilis héréditaire, et ce qui prouve que ce n'est pas à un engorgement cireux qu'on a affaire, c'est la rapidité avec laquelle il disparait maintes fois complètement sous rinflucnce du traitement, ou sans traitement (voyez Drilish med. Journal, 1877, t. I, p. 170). On rencontre parfois un semblable engorgement chez les adultes, dans la syphilis secondaire, quelquefois accompagné d'ictère catarrhal (v. pp. 160, 161).

(3) D'après Niemeyer {Traité de palhol. int., 8" éd., t. I, p. 748), un simple retard ou la prochaine arrivée de l'époque menstruelle suffirait pour déterminer, chez certaines femmes, une hyperémie nuxioniiaire du foie. (N. D. T.)

1° Conimeiicor dans tous les cas, si c'est possible, par i'Ào'i'j^nos la cause; ce que nous avons établi précédemment indique snlfisaininent les moyens à adopter dans ce but.

2° Dans la plupart des cas un peu intenses, il y aura avantage à recourir aux déplétions locales sous forme de sangsues ou de ventouses dans la région du l'oie, ou, ce qui est encore mieux, à l'application de quelques sangsues autour de l'anus. Si on juge que la déplétion soit inopportune, on peut faire appliquer des sinapismes sur la région hépatique. Quand on a retiré les sangsues ou les sinapismes, on doit mettre à leur place des cataplasmes de farine de lin ou de son. Des bains tièdes sont quelquefois utiles.

3° Le régime sera aussi doux que possible. On recommandera de ne prendre à la fois qu'une petite quantité de lait, de thé de bœuf, ou d'aliments farineux, et on interdira rigoureusement l'alcool, le vin, les liqueurs fermentées, les épices, la graisse et tous les aliments substantiels ou indigestes. Avec les habitudes actuelles de la pratique médicale, on fait souvent beaucoup de mal aux individus affectés de maladie cardiaque et de congestion hépatique en leur conseillant de fortes doses d'eau-devie.

4° Dans la plupart des cas, les purgatifs sont d'une grande utilité, à moins qu'il n'y ait une diarrhée spontanée, qu'il ne faut pas arrêter trop rapidement ou complètement. En fait, les purgatifs sont le meilleur moyen de faire cesser ces envies fréquentes d'aller à la garde-robe, mais sans résultat, dont se plaint le malade. Quant au choix à faire parmi les purgatifs, les salins sont les meilleurs, parce qu'ils augmentent l'exhalation aqueuse de la muqueuse intestinale; les sulfates de magnésie, de potasse et de soude, les sels de Sedlitz ou de Carlsbad, les eaux de Piillna ou de Friedrichshall. Ces sels doivent être pris dans un peu d'eau tiède, le matin à jeun. On peut aider leur effet par un peu de calomel, des pilules bleues ou du podophyllin, qui donnent d'abondantes selles bilieuses (1).

5° Lorsqu'on peut mettre la congestion sur le compte de l'irritation produite par les ingesta, on se trouvera bien de prescrire dès le début un émétique qui nettoiera l'estomac et le duodénum. La pression à laquelle le foie est soumis pendant l'acte du vomissement peut également aider à le débarrasser un peu du sang qu'il a en trop.

6° En présence de la persistance des symptômes de congestion — en-

(1) L'augmentation de l'excrétion biliaire dans ces cas, sous riulluencc du calomcl, n'est pas due à l'augmenlation de la sécrétion biliaire dans le foie, niais probalilcnient à ce que le mercure agit sur la partie supérieure de l'intestin grêle, de façon à le faire se débarrasser de la bile au lieu de l'y laisser se résorber (voir leçon IX). Si le calomel agissait en stimulant la sécrétion du foie, il serait nuisible dans les cas de congestion hépatique. Cette question est d'ailleurs discutée à nouveau dans la XV1« leçon.

CONGIiSTION DU FOIli. 139

eorfçement et sensibilité du foie avec ictère, — et spécialement dans ces cas où il y a un trouble gastrique prononcé, on s'adressera de préférence aux alcalins et à leurs sels à acides végétaux. On les fera prendre deux ou trois fois par jour, peu de temps avant le repas. Les eaux minérales alcalines, 'telles que celles de Vichy (1), Vais et Ems, ou les sels effervescents artificiels de Vichy, seront substitués avec avantage aux préparations alcalines de la pharmacopée.

7° On s'est très-bien trouvé, dans ce pays aussi bien que dans l'Inde, du chlorure d'ammonium pour combattre la congestion hépatique (2). A la dose de i^',SO deux à trois fois par jour, il amène une bonne diaphorèse, augmente la quantité d'urine, diminue la congestion du système porte et soulage les douleurs qui proviennent dii foie. On croit aussi qu'il stimule l'absorption, principalement dans le foie, et contribue ainsi à la résorption des abcès hépatiques. On peut le donner combiné aux acides ou aux alcalis.

8" Le docteur Maclean a recommandé l'ipécacuanha (3) comme un des meilleurs et des plus sûrs remèdes dans l'hyperémie aiguë du foie, qui dans les climats tropicaux est si souvent le précurseur de l'inflammation suppurative. Il croit que c'est un dépuratif du sang : l'ipécacuanha augmente les sécrétions hépatique et cutanée, et c'est pourquoi on ne peut douter qu'il ne soit efficace dans les cas dont il est ici question. Un fait important à noter, c'est que depuis que l'ipécacuanha est devenu d'un usage général dans le traitement de la dysentérie, dans l'Inde, on a remarqué que les abcès du foie étaient bien moins fréquents. De même que dans la dysentérie, il faut le donner à hautes doses (1 ^'■.,30 cà 2 grammes) toutes les six ou douze heures, suivant l'intensité du cas. Un centigramme et demi d'émétique et un gramme de nitrate de potasse, donnés toutes les demi-heures jusqu'à soulagement du mal, paraissent agir de la même manière.

9" Lorsque les symptômes les plus pressants se sont dissipés, et qu'il reste surtout de l'anémie, de la faiblesse et de la dyspepsie, avec légère augmentation de la matité hépatique, avec ou sans hypochondrie, il faut

(t) Vichy jouit, sous ce rapport, d'une spécificité d'action universellement reconnue. L'efficacité de ses sources tient non pas seulement à leur richesse en sels alcalins, comme on s'est trop plu à le répéter, mais aussi aux autres principes connus ou inconnus qu'elles renferment et qui contribuent également à l'influence reconstituante en même temps que résolutive qu'elles exercent. Dans ces cas, de même que dans la grande majorité des cas de tout genre qu'on envoie à Vichy, c'est sur les voies digestives que l'action salutaire des eaux se fait «entir tunt d'abord : le foie est beaucoup plus lent à témoigner de quelque effet bien mar(iué, mais le bénéfice qu'il en retire, tout en étant aussi assuré, en est peut-être plus durable. (N. D. T.)

y2) Uien que celte substance ait été depuis longtemps employée dans divers troubles hépatiques, c'est le docteur William Stewarl, médecin militaire, qui a le premier fait connaître sa valeur dans le traitement de la congestion hépatique.

(3; Reynold's System of Mea.. t. III, p. 337.

modifier le traitement. On se trouvera bien alors des acides minéraux et des toniques végétaux tels que le pissenlit, la noix vomique, ou la gentiane. La quinine et le fer sont particulièrement indiqués chez les malades qui ont eu les fièvres intermittentes; mais on ne doit les donner qu'avec grande précaution aux goutteux et aux individus habitués à bien vivre. Le régime doit également être plus tonique tout en ayant soin d'éviter tout élément d'irritation. Il faut proscrire les liqueurs fermentées, et si l'on permet du vin, que ce soit en petite quantité et coupé d'eau. Les vins du Rhin, le bordeaux et le sherry sec sont les meilleurs. Un exercice régulier en plein air doit être en même temps conseillé; s'il y a une grande faiblesse, l'équitation donnera les mêmes avantages que l'exercice, sans fatiguer le malade. Il faut veiller attentivement à l'état des intestins, et sous ce rapport il y aura profit à prescrire des eaux minérales dans lesquelles le fer est associé à un élément purgatif, ainsi les eaux d'Harrogate, de Cheltenham, de Leamington, de Hombourg et de Kissingen.

10° C'est dans l'état chronique dont j'ai parlé précédemment, qu'on se trouvera bien des bains nitro-chlorhydriques, tels que les préconise Sir Ranald Martin (1). On prépare le bain avec deux onces d'acide nitrique pour 9 litres d'eau (soit environ 1 pour 100), et on le chauffe à 35 ou 36°. On met les deux pieds dans le bain, on éponge alternativement la partie interne des jambes et des cuisses et le côté droit, dans la région du foie, et on enveloppe l'abdomen de flanelle trempée dans ce bain. Cette pratique doit avoir une demi-heure de durée et être faite matin et soir (2). Dans les cas rebelles, il y aura parfois avantage à employer la ceinture hydropathique ou à faire faire des onctions avec le Uniment an biiodure de mercure.

Comme exemple de congestion du foie résultant d'obstacle mécanique h la circulation dans la poitrine, je vous signalerai le cas suivant.

OBS. XLIX. — Rétrécissement mitral. — Hijdropisie et congestion

du foie. — Mort.

Emma F., âgée de treize ans, fut admise le 24 octobre 1865 à l'hôpilal Middlesex, pour une toux intense, une grande dyspnée et anasarque considérable des extrémités inférieures. La malité cardiaque occupe le double de sa

(1) The Lancet, 9 décembre 1865, p. 641.

(2) Le bain, préparé ainsi (lu'il a été indiqué, peut servir pondant qucli|ues jours, en ayant soin d'y ajouter tous les jours environ i grammes d'acide ciilorliydrique et 2'grammes d'acide nitrique avec 1/2 litre d'eau pour oouipenscr la déperdition. On chauffe dans un pot de terre à peu près le quart du liquide de façon à amener la totalité de la masse à la température do 350,5 à 36n,6. Il faudrait se servir de baignoires en terre vernie ou en bois et maintenir les éponges cl les serviettes dans l'eau froide pour empêcher l'acide de les brûler

CONGESTION DU FOIE. Ul

surface normale, et on entend un bruit de souffle prolongé au sommet gauche. Il y avait tous les signes d'une hronchile généralisée; et en outre les conjonctives et la peau étaient légèrement ictériques. La matité hépatique était trèsétendue : elle mesurait plus de 5 pouces sur la ligne mammaire droite et descendait presque jusqu'à l'ombilic. La matité de la rate dépassait aussi ses limites normales. Sensibilité vive au-dessous des côtes droites. Langue chargée. Nausées fréquentes et parfois des vomissements; relâchement des intestins, 4 à 5 évacuations par jour, matières pâles malgré la présence de la bile. L'urine contenait un peu de pigment biliaire, mais pas d'albumine. Cinq ou six ans auparavant, cette malade avait eu une scarlatine, suivie de rhumatisme articulaire et d'hydropisie. Depuis, elle avait éprouvé de la dyspnée et des palpitations augmentant par le mouvement. C'est environ dix jours avant son entrée qu'elle commença à se plaindre de toux, de mal de tète et de vomissements, et à remarquer une enflure des malléoles qui ne fit que gagner.

Comme traitement, on administra des purgatifs et des diurétiques, et parliculièrement le bitartrate de potasse et la teinture de digitale, et on appliqua des sangsues, des sinapismes et des cataplasmes de graine de lin sur l'hypochondre droit. Tout d'abord il y eut une amélioration manifeste de tous les symptômes; mais au bout d'une quinzaine de jours après son entrée, les signes d'obstruction de la circulation par lésion cardiaque s'aggravèrent : la dyspnée et l'hydropisie augmentèrent, les lèvres et la face devinrent livides; l'ictère s'accentua davantage, les vomissements devinrent plus fréquents, les matières contenaient moins de bile. Le pouls était très-rapide; le 10 novembre, c'est à peine si on pouvait le sentir. La malade succomba ce même jour à 11 heures du soir.

A Vautopsie, on trouva le cœur très-hypertrophié, pesant près de 400 grammes ; valvule mitrale très-épaissieet ses bords adhérents de telle sorte que l'orifice était contracté et que sa circonférence ne mesurait que quinze lignes. Les deux poumons très-congestionnés et présentant les caractères analomiques ordinaires de la bronchite, mais nulle part imperméables. Environ 1/2 litre de sérosité claire dans le péritoine. Le foie très-gros, pour l'âge du sujet, et pesant près de 4 livres; surface externe de l'organe lisse; à la coupe, on voit les veines hépatiques gorgées d'un sang noir, contrastant fortement avec la teinte jaune pâle du tissu hépatique ambiant. L'examen microscopique montre que la quantité d'huile existant dans les cellules hépatiques n'est pas augmentée. La rate pèse 6 onces 1/4, elle est ferme et rouge sombre à la coupe. Les pyramides des reins sont très-congestionnées, mais sauf cela le tissu rénal est normal. La muqueuse de la moitié pylorique de l'estomac présentait les caractères ordinaires de l'inflammation catarrhale.

Comme exemple de congestion du foie provenant d'autres causes, je puis vous rapporter le cas suivant.

OBS. L. — Indigestion par excès habituels de nourriture. — Résidence dans les pays tropicaux. — Exposition au froid. — Congestion du foie.

M. C, âgé de trente ans, très-adonné aux plaisirs de la table, me consulte

AUGMENTATION DE VOLUME DU FOIE, en juin 1867, à son retour de l'Inde. 11 a eu pendant plusieurs années de la constipation, de la flatulence, et une sensation de pesanteur et d'oppression dans la région du foie. Environ six semaines avant que je le visse, il fut pris de douleur au foie suivie de vomissement et d'ictère après avoir dormi sous une vérandah, exposé à l'air de la nuit, dans l'Inde.On lui appliqua des sangsues à la région du foie et on le renvoya immédiatement chez lui. Je le trouvai encore un peu iclérique; le foie était gros et mesurait 5 pouces sur la ligne droite mammaire ; il était un peu sensible. Pas de vomissements; constipation, goût amer dans la bouche et nausées; selles peu colorées mais contenant de la bile; urine en petite quantité, foncée, conlieat du pigment biliaire et dépose beaucoup d'urates; elle devient très-foncée par addition d'acide nitrique après l'avoir chauffée. On le traita par les purgatifs salins cl de temps en temps des pilules de coloquinte composée (40 centigr.), podophyllin (2 centigr.), et de l'extrait de jusquiame (13 centigr.); on lui lit prendre trois fois par jour un mélange effervescent de citrate de potasse; un bain tiède trois fois par semaine; de l'exercice, régime simple avec exclusion absolue d'alcool sous n'importe quelle forme. Au bout de dix jours, le malade était beaucoup mieux, l'ictère avait presque disparu et la matité hépatique avait diminué d'étendue. Au traitement précédent on substitua alors une mixture d'acide nitrique et d'infusion de gentiane composée, et deux ou trois semaines plus tard, le malade avait recouvré sa santé habituelle.

Page 1