‹ Leçons cliniques sur les maladies du foieChapitre 33 sur 104 · INFLAMMATION CATAUIUIALE DES VOIES BILIAIRES · texte numérisé non relu

INFLAMMATION CATAUIUIALE DES VOIES BILIAIRES

SOUS le nom cVictère épidémique, réside vraisemblablement dans quelque poison contenu dans l'air ou dans l'eau servant à la boisson.

On peut dire, d'une façon générale, que cbez les personnes jeunes le catarrhe des voies biliaires est la cause la plus commune de l'ictère ; en outre, chez les personnes d'âge moyen ou avancé, quand on a eu lieu d'exclure la syphilis ou la goutte, l'ictère est probablement dû à quelque autre cause que le catarrhe.

Traitement. — Les règles déjà exposées pour le traitement de la congestion du foie sont aussi applicables au catarrhe des conduits biliaires. Je n'ai que quelques remarques à ajouter :

1* Les sangsues et les ventouses sont moins nécessaires dans le catarrhe simple. Dans la plupart des cas, les sinapismes et les fomentations chaudes, combinés avec les purgatifs, les alcalins et le chlorure d'ammonium, suffisent pour subjuguer la maladie. L'opportunité des déplétions locales dépendra de l'intensité de la douleur et de la congestion existant dans chaque cas.

2* Lorsqu'il y a quelque raison de supposer que l'affection pourrait être de nature goutteuse, on se trouvera bien d'ajouter à la médication indiquée tout à l'heure du colchique et de l'iodure de potassium. Dans ces cas aussi, il sera nécessaire de régulariser la fonction digestive généralement troublée, sous peine de voir avant peu reparaître une nouvelle manifestation du côté du foie.

3° Dans le cas de syphilis, les remèdes les plus efficaces seront le bichlorure de mercure et le chlorure d'ammonium conjointement avec des purgatifs.

4" Il faut parfois modifier le traitement, en présence d'autres maladies du foie dont le catarrhe des voies biliaires n'est qu'une complication.

Lorsque je traiterai de l'ictère, j'aurai cà revenir sur ce sujet du catarrhe des voies biliaires. Mais en attendant, je voudrais attirer votre attention sur les cas suivants d'engorgement douloureux du foie accompagné d'ictère, probablement dû au catarrhe des voies biliaires.

OBS. LX. — Engorgement douloureux du foie avec ictère, dû à un catarrhe des voies biliaires.

Elisabeth L., âgée dcvhigt et un ans, servante, fut admise à l'hôpital Middlesex le 7 décembre 1866. Pendant neuf mois, elle a été un peu faible et incapable d'entrer en place; elle a eu aussi quelques troubles gastriques. Dix jours avant son admission, à la cessation de sa dernière époque qui a eu sa durée ordinaire, elle a été prise de violentes nausées et de vomissements, mais sans diarrhée. Cinq jours après cela, elle commença à se plaindre de douleur et de sensibilité dans la région du foie, mais la douleur ne fui jamais bien vive. A peu près en même temps parut un iclère qui alla en

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s'acciMituaiil (lavanlag-o cl fut accompagné de vives déiiiangcaisons à la pean.

A son entrée, coloration profondément iclériqne de toute la peau et des conjonctives; l'urine est très-foncée et donne les réactions caractéristiques du ))igment biliaire; langue très-épaisse; pas d'appétit, mais les vomissemeiits (i la douleur dans le côté ont hieii diminué. Ou constate que le bord infél'ieui- du foie faisait une saillie d'environ un pouce au-dessous du rebord costal sur la 1. m. d., et il y avait en cet endroit un peu de sensibilité à la pression. Un peu de constipation; selles argileuses, sans trace de pigment biliaire; peau un peu chaude, pouls à 100, température 37", 77. Respiration lente et libre. Bruits du cœur et des poumons normaux.

Comme traitement, on donna fréquemment des purgatifs salins (sulfate de magnésie) et parfois des pilules bleues le soir en se couchant, sans oublier les applications de sinapismes et d.e cataplasmes sur la région du foie.

Les purgalions firent bon effet, et le 17 décembre les symptômes s'étaient considérablement améliorés; le pouls était tombé à 68; la langue était nette ; ni nausée ni vomissement; appétit revenu; l'urine contient moins de pigment biliaire. Malgré cela la peau et les conjonctives ne changeaient pas, elles res- I ai eut encore profondément ictériques. Une mixture alcaline contenant du bicarbonate de soude, de l'élher chlorique et de la teinture d'orange fut substituée au sulfate de magnésie. On administra encore un purgatif de temps en temps et un bain tiède deux fois par semaine.

Le 20 décembre on constate enfin que la teinte ictérique commence à s'en aller; à partir de cette date, elle s'efface en effet graduellement, et le 7 janvier elle avait complètement disparu. On prescrivit alors une mixture tonique avec de l'acide nitrique et de la quinine, et le 22 janvier la malade quitta l'hôpital en bonne santé.

Les cas suivants sont rapportés comme exemples de catarrhe des voies biliaires survenant chez des goutteux,

OBS. LXL — Dyspepsie goutteuse. — Engorgement du foie et ictère catarrhal des conduits biliaires.

Dans l'automne de 1865, je fus consulté par M. C. D., âgé de trente ans. Son père avait été martyr de la goutte, et un plus jeune frère en avait déjà souffert de très-bonne heure. C. D. n'avait jamais eu de goutte bien manifeste, mais il avait été longtemps sujet à des troubles gastriques caractérisés par des nausées et de la flatulence, et à des douleurs passagères dans les petites articulations. Environ trois semaines avant que je le visse, il avait été pris, environ une heure après le dîner, d'une douleur à l'épigastre, suivie de vomissement et de nausée. Quelques jours après parut l'ictère, qui devint de plus en plus marqué; les nausées continuèrent sans vomissement, et le malade maigrit beaucoup. A l'examen, je trouvai le bord inférieur du foie faisant saillie de plus d'un demi-pouce au-dessous du rebord costal sur lal. m. d., et légèrement sensible à la pression; ictère très-intense, teint olivâtre, vives démangeaisons à la peau et absence complète de bile dans les matières. Urine foncée comme du porter. Pouls à 60; pas d'appétit; nausées

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et flatulence toutes les fois que le malade prend quelque chose. Faiblesse oxlrénie, amaigrissement, aspect extérieur, tout cela chez un homme âgé aui-ait certainement fait croire à l'existence d'une affection maligne de l'estomac ou du foie.

Le traitement consista en l'application de cataplasmes de moutarde et de graine de lin sur la région du foie, des bains tièdes, l'administration de pilules bleues et de purgatifs salins, et une mixture de citrate de potasse et de vin de colchique, enfin un régime composé de lait, thé de bœuf et quelques féculents.

Au bout de deux jours, les symptômes commencèrent à s'améliorer, et vers la fin de la troisième semaine, l'ictère avait complètement disparu et le malade avait recouvré sa santé habituelle.

OBS. LXII. — Goutte. — Catarrhe des voies biliaires. — Ictère.

.\lfred B., trente-huit ans, coupeur de cuir, entra à l'hôpital Saint-Thomas le 17 novembre 1874.. Six ans auparavant, il avait eu pendant douze mois une paralysie faciale à gauche. Il y a dix ans, son frère anié, plus âgé de quatre ans, a eu la goutte, et le malade lui-même a l'habitude de boire beaucoup de bière. Cinq semaines avant son entrée, les poignets, les doigts, les malléoles et les genoux sont devenus gonflés et douloureux. Au bout de huit à dix jours, la douleur et l'enflure disparurent, mais la peau et les conjonctives devinrent très-jaunes ; il y eut de vives démangeaisons à la peau et quelques vomissements.

A son entrée, ictère intense. Foie un peu gros, mesurant 5 pouces sur la 1. m. d. Le bord inférieur est lisse et indolent. Langue blanche; appétit modéré; météorisme très-prononcé après les repas; constipation; matières décolorées; pas de vomissement depuis une quinzaine. Urine limpide, mais chargée de pigment biliaire. Pouls à 108; cœur et poumons sains; température 38»,3.

On lui fit prendre trois fois par jour d'une mi.xture contenant du citrate de potasse, de l'iodure de potassium et du vin de colchique, et le soir de la rhubarbe composée alternant avec les pilules bleues, suivies le lendemain matin d'une médecine noire ; diète lactée. Au bout de k semaine, il y eut de la bile dans les matières et l'iclère commença à s'effacer. Le 12 décembre, l'ictère avait complètement disparu, et deux jours plus tard le malade quittait l'hôpital en bonne santé.

Dans les deux cas suivants, le catarrhe des voies biliaires avec ictère parut être d'origine syphilitique.

OBS. LXIIL — Syphilis constitutionnelle. — Ictère catarrhal.

Edwin R., âgé de 25 ans, fut admis à l'hôpital Middlescx le 8 décembre 1868 . Bonne santé antérieure. 11 y a quatre mois, il eut des accidents primitifs, suivis d'engorgement des ganglions inguinaux el de roséole. Qu semaines avant son entrée, il commença à éprouver des nausées, de temps en

temps des vomissemcnls, une douleur dans l'omoplate, une sensation de pesanteur dans la tète, de l'amblyopie et un grand allaihlissement. Une semaine plus lard parut de riclère, de la diarrhée et beaucoup de flatulence.

A son entrée, grande faiblesse, icière de la peau et des conjonctives, taches nombreuses cuivrées de psoriasis sur la peau. Langue blanche, appétit modéré; douleur dans l'abdomen et éructation de gaz après le repas. Les vomissements et la diarrhée ont cessé ; pas de bile dans les déjections. Foie gros, mesurant 6 pouces sur la 1. m. d., et s'élendant de 2 pouces au-dessous des côtes ; surface lisse et légèrement sensible. Pouls à 8i, régulier. Température à 31",%. Densité de l'urine 1020; pas d'albumine, mais beaucoup de pigment biliaire. Prescription : pilules de coloquinte composée avec du podophyllin, potion au sulfate de magnésie et au séné, et mixture contenant du bitartrate de potasse et de l'élher nitreux.

Sous l'influence de ce traitement, les intestins et les reins reprirent leur libre cours fonctionnel, mais il ne se produisit pas d'amélioration réelle; le 16 décembre, l'iclère n'avait pas du tout diminué, l'urine était chargée de pigment biliaire et les matières argileuses. On fit alors prendre au malade la liqueur de bichlorure de mercure, 4 gram. trois fois par jour. Le 2J décembre, l'urine continuant à renfermer du pigment biliaire, on prescrit au malade un bain chaud et de la poudre de Dower en se couchant. Quelques jours après, l'ictère commença à s'effacer, et le 30 décembre il n'y avait plus qu'une trace de pigment biliaire dans l'urine, le volume du foie était diminué et l'ictère était presque disparu.

OBS. LXIV. — Catarrhe des voies biliaires d'origine syphilitique {ou arsenicale?). — Ictère.

Joséphine S., nourrice, âgée de vingt-neuf ans, fut admise à l'hôpital Middlesex le 30 mai 1871. Dans l'espace de trois ans elle a eu la petite vérole, la fièvre à l'echute et la scarlatine. Elle est veuve et a eu quatre enfants, dont un mort-né et un autre n'a vécu qu'un mois. Elle nie avoir eu la syphilis ; mais il y a six semaines, elle a eu une ulcération à la gorge qui a duré quelques jours. Le 19 mai, elle remarqua sur les bras, le cou et la poitrine une éruption pour laquelle elle consulta, le 26, un médecin qui lui prescrivit une solution arsenicale dont elle eut à prendre 5 gouttes trois fois par jour. Le 27, après avoir pris sa quatrième dose du médicament, elle eut de fortes nausées, et le lendemain après le dîner, et aussi après la potion, elle vomit et alla quatre fois à la garde-robe. Elle cessa alors le médicament, mais le 29 elle eut de nouveaux vomissements et se plaignit de douleur et de sensibilité dans la région du foie, et vers le soir elle devint ictérique. Le malin de son admission, elle a encore vomi et eu un peu de diarrhée.

État à son entrée. — Ictère prononcé. Éruption de plaques écailleuses, cuivrées, sur les bras, le dos, le devant de la poitrine et le cou. Langue humide, avec enduit blanc et bords rouges; soif intense; pas d'appétit; selles argileuses. Douleur sourde dans l'hypochondre droit, avecun peu de sensibilité au-dessous des côtes droites ; le foie dépasse les côtes d'environ un pouce

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