AUTO-ACCUSATEURS SYSTÉMATIQUES
mais, une fois installées,, persistent, associées désormais, reliées au délire de persécution.
Les rapports des deux ordres d'idées délirantes peuvent être différents. Tantôt, c'est l'idée de persécution qui semble être une résultante, l'aboutissant direct de la première.
J'ai connu, par exemple, un jeune homme qui, à la suite d'un accident survenu vers la puberté, était resté boiteux. Il s'était toujours montré, dès le début, très affecté de cette infirmité ; il se considérait comme un être inférieur aux autres, une sorte de rebut de l'espèce humaine, incapable même d'exercer une profession, de vivre au milieu du monde. Puis, cette idée a entraîné la crainte du ridicule, et un véritable délire des persécutions systématisé dans lequel, tout en accusant à tort tous les individus de se moquer de lui, il reconnaissait que ces moqueries n'étaient que trop justifiées par son état d'infériorité physique.
Dans d'autres cas, bien que le fait sur lequel portent les idées d'auto-accusation soit réellement antérieur au développement des idées de persécution, il ne s'agit plus que d'un délire d'auto-accusation secondaire en date et rétrospectif. Les malades, simples persécutés d'abord, plus tard cherchent le pourquoi de leurs persécutions et les justifient de cette manière.
J'observe depuis plusieurs années une dame, qui contracta, il y a dix ans déjà, une liaison adultère. Plusieurs mois après se développa un délire des persécutions très systématisé, manifestement justiciable d'une folie systématique primitive. Elle a cherché longtemps la raison de ces misères ; elle les regarde aujourd'hui comme une expiation de sa faute.
C'était également le cas d'une aliénée de la même catégo-
B50 PERSÉCUTÉS AUTO-ACCUPATEUns.
rie dont j'ai communiqué, avec M. G. Brouardel, l'observation au Congrès de la Rochelle. Elle regardait les « stérilisations » qu'on lui faisait dans la tête comme une expiation de ses fautes, des «. bêtises » qu'elle a faites autrefois en prenant un amant, expiation bien méritée et devant servir d'exemple pour montrer à quelle pénitence leurs fautes peuvent exposer des coupables.
Il peut se faire enfin, Messieurs, que les idées de formule mélancolique ne se présentent pas exclusivement avec le caractère rétrospectif, tout en dérivant des idées de persécution et, en même temps, au lieu d'en figurer l'interprétation, le pourquoi, en représentent, au contraire, les conséquences, le résultat et aussi une preuve nouvelle.
Voici, par exemple, une femme âgée de trente-sept ans. Si vous examinez la façon dont elle se présente devant vous, vous êtes frappés tout de suite de son attitude, de sa physionomie. Elle reflète tous les caractères de l'anxiété :1e regard exprime le désespoir, les yeux sont larmoyants, l'intonation pleurarde ; la maladene fait que soupirer, gémir, selamenter.
Pourquoi ces plaintes et ces lamentations continuelles? « Je suis perdue, nous dit-elle, je ne suis plus qu'un être inutile ; je ne pourrai plus travailler, je suis abêtie, je n'ai plus mon cerveau. Je ne puis plus vivre, je devrais mourir. Je sens ma tête lourde, je ne puis plus même parler, je ne puis plus pleurer, mon cœur est tout serré. Ce que je mange ne passe plus, j'ai l'estomac perdu. Je sens mauvais. Il n'y a plus rien dans ma tête. Je n'ai pas de lendemain. Je suis comme morte, en état de pourriture. Je sens mauvais, j'empoisonne, tout le monde le sent; on me regarde comme une bête immonde. Je suis un encombrement. J'empoisonne tonte la France. Je vais mourir bientôt. Je me sons bien ma-
lade, et cela se voit, d'ailleurs. Je suis dans un état affreux. J'étais grosse et grasse autrefois ; mes os ont diminué, mon ventre aussi. Tout est démoli ; il n'y a plus rien. Après la mort, il y a quelque chose; pour moi, il n'y aura rien ; cela sera fini, fini, et cela fera du bien aux autres. » Depuis qu'elle est dans le service, elle a fait deux tentatives de suicide ; elle désire mourir pour mettre un terme à ses souffrances, parce qu'elle sait qu'elle ne peut plus vivre, ni travailler, parce qu'elle est un être inutile et encombrant.
Vous voyez, Messieurs, qu'à nous en tenir là, cette femme se présente au premier abord, de par son état d'anxiété, ses conceptions délirantes spéciales, ses tentatives de suicide, sous l'aspect d'une mélancolique anxieuse. Mais si nous poussons plus loin l'interrogatoire, et si nous recherchons la genèse de ces idées délirantes, l'évolution de la maladie, nous allons être conduits à un tout autre diagnostic.
En effet, si nous demandons à la malade pourquoi elle est dans ce triste état, que répond-elle? « Je suis un sujet qu'on a fait forcément, moi une honnête femme. Un sujet, c'est pis qu'un chien ; et moi, je suis un sujet pour la médecine. Je sais cela depuis que je suis ici et que je réfléchis. Je cherche tout le temps dans mon passé ce qui a fait que j'en suis là, et maintenant, je le sais : c'est une vengeance ! »
Voilà qu'elle s'engage dans une série nouvelle d'idées délirantes, des idées de persécution. Elle croit, en effet, qu'un complot a été organisé contre elle par certains membres de sa famille. Mus par des raisons d'intérêt pécuniaire, ils auraient payé une sage-femme pour la rendre malade en l'accouchant, l'empoisonner lentement et la faire disparaître.
Pour préciser les rapports de ces idées délirantes diverses et en même temps arriver à un diagnostic exact, il nous faut considérer l'évolution totale de l'affection.
La mère de cette dame était hypocondriaque, sans cesse préoccupée de sa santé ; elle aurait eu des crises de nerfs (?) étant jeune, notamment à la suite d'une de ses couches.
Notre malade s'est bien développée dans l'enfance et n'aurait jamais présenté aucun désordre nerveux. Elle était assez intelligente et apprenait bien à l'école. Elle fut réglée entre douze et quatorze ans, sans accident.
Elle a toujours été extrêmement susceptible, méfiante, irritable, très jalouse. Elle s'est aussi toujours beaucoup préoccupée de sa santé. Étant toute jeune, sitôt qu'elle était un peu souffrante, elle se croyait perdue et disait qu'elle n'en avait plus pour longtemps à vivre. Par la suite, ces tendances hypocondriaques n'ont fait que s'accentuer. Elle avait toujours la manie de se regarder dans la glace pour voir si elle avait le teint frais, les yeux maigris, le nez pincé, la langue chargée ; elle examinait ses matières fécales, s'inquiétant de leur consistance, de leur couleur, de leur régularité, etc. Au moindre malaise, elle avait peur de mourir, prenait toutes sortes de médicaments, consultait médecin sur médecin. Toutefois, elle ne formulait pas d'idées véritablement délirantes; c'était, en un mot, de l'hypocondrie simple. En même temps, elle souffrait d'accidents neurasthéniques variés, surtout depuis une fièvre typhoïde contractée pendant le siège de Paris.
Elle est accouchée en décembre 1892. Pendant sa grossesse, elle était devenue encore plus irritable; mais, bien que se préoccupant toujours de sa santé, elle avait, en réalité, été bien portante. L'accouchement fut difficile et elle ne mit au monde qu'un enfant mort-né.
Elle en fut fort affectée, pleurait sans cesse. Elle pensait aussi ne pouvoir se remettre jamais des douleurs qu'elle avait éprouvées et qu'elle disait ressentir encore depuis ce moment. Petit à petit, l'appétit diminua, elle perdit le sommeil et elle maigrit beaucoup. Elle alla, sur le conseil des médecins, passer deux mois à la campagne.
Alors, vers le mois de juin, elle eut l'idée que la sagefemme qui l'avait accouchée était Fauteur de ses maux et de sa mort prochaine. Cette idée est allée toujours progressant, et il en est résulté un véritable délire des persécutions. Elle disait qu'on la regardait de travers dans la rue, qu'on la trouvait changée, qu'on se détournait d'elle. Elle fît même, vers la fin d'août, une première tentative de suicide. « Il vaudrait mieux, disait-elle, que je meure, puisque je ne pourrai guérir. »
Elle était toujours hypocondriaque, mais ne formulait pas encore des idées complexes de nature mélancolique comme aujourd'hui. C'étaient, à côté des préoccupations hypocondriaques simples, les idées de persécution qui se systématisaient sous forme de délire rétrospectif. A de certains faits qu'elle se rappelait, elle était arrivée à cette conviction formelle que la sage-femme l'avait « démolie » par suite d'une machination organisée contre elle par le gouvernement, les prêtres, certains membres de sa famille. Puis, convaincue qu'ils n'avaient que trop bien abouti à leurs fins en l'estropiant pour la vie, elle en est arrivée à formuler ces conceptions délirantes hypocondriaques, ces idées d'inutilité, de pourriture, presque de négation, en un mot, toutes ces idées de formule mélancolique qu'elle vient de vous répéter tout à l'heure.
Telle est, Messieurs, à n'en pas douter, d'après les ren-
seignements précis que nous avons recueillis, la véritable filiation des idées délirantes.
Mais, si les idées de formule mélancolique tiennent aujourd'hui le premier plan, la malade n'a pas abandonné pour cela ses idées de persécution, plus précises que jamais et à l'appui desquelles elle trouve chaque jour de nouvelles preuves dans des faits passés, restés incompris jusqu'alors.
« Si je suis un être inutile, c'est que la sage-femme m'a estropiée. J'ai senti à la suite de ses manœuvres des douleurs dans tout le corps ; cela prouve bien qu'elle m'a démolie. D'ailleurs, c'était déjà drôle qu'elle me soigne huit jours avant mon accouchement. Les lavements, les in • jections qu'elle me donnait me faisaient mal ; elle m'a fait prendre aussi une potion qui m'a produit un drôle d'effet ; je m'en suis même aperçue tout de suite; le malheur, c'est que je n'avais pas de témoin, c'était comme un pressentiment. Elle m'a endormie au chloroforme et elle a été obligée d'entrer les mains pour faire l'accouchement. Ce n'était pas naturel ; mais, sur le moment, je n'y ai pas fait attention ; je ne savais pas le but de ces manœuvres. Après l'accouchement, j'ai eu des douleurs du haut en bas du corps et qui n'ont fait qu'augmenter depuis. Je souffrais de partout, j'avais comme un engourdissement général, la langue paralysée, etc. « Je suis perdue, me disais-je, je ne me remet- « trai jamais, » et je me suis aperçue des mauvaises intentions de cette femme à mesure que je me souvenais de tout. C'est une coquine, une misérable, une criminelle. Elle a dû être payée pour cela; c'est une machinal ion. Je comprends tout maintenant; j'ai compris plus tard que c'était une personne de ma famille, d'accord avec les prêtres, le gouvernement, qui faisait tout cela. C'est une vengeance,
à cause d'un testament qu'un oncle avait fait en ma faveur. Je me suis rappelé qu'ils m'avaient dit alors : o Tu t'en « souviendras, tu en souffriras, » et ils avaient attaqué ce testament. J'ai vu ma tante aller chez la sage-femme avant mon accouchement; c'était pour s'entendre avec elle. Déjà, en 1879, j'avais toutes sortes de malaises incompréhensihles. Ce sont eux qui faisaient cela, je ne sais par quelle magie; j'avais toujours quelque chose qui n'allait pas; c'étaient des avertissements que j'aurais dû comprendre. Ils me rendaient aussi jalouse de mon mari par des femmes qu'on envoyait exprès. C'est une affaire qui doit servir à la police, au gouvernement et lui rapporter quelque chose, car mes parents se sont enrichis et sont puissants aujourd'hui, puisqu'ils m'ont livrée comme sujet à la médecine et qu'ils ont fait de moi un être inutile, pis qu'un chien. Us m'ont démolie pour servir d'exemple; ils m'ont empoisonnée, ils me tuent lentement ; on m'a choisie parce que j'étais la plus innocente; je suis une honnête femme, bien qu'on me traite de « vieille vache, vieille sa- «lope»; mais je n'ai pas la force de me défendre et de parler.»
J'ajouterai que cette malade a surtout des interprétations délirantes portant sur tout ce qui se passe autour d'elle aussi bien que sur les faits antérieurs. Cependant, elle a eu également des hallucinations, mais tout à fait accidentelles.
On ne constate, chez elle, aucun signe de paralysie générale, aucun stigmate d'hystérie; mais des troubles neurasthéniques (céphalée, craquements à la nuque, rachialgie, plaque sacrée, fatigue générale, douleurs erratiques, troubles de la digestion, aménorrhée depuis cinq mois), qui entretiennent ses conceptions délirantes hypocondriaques et contribuent à la rendre inaccessible à tout contrôle et à toute critique.
Je me résume : tendances hypocondriaques simples, idées de persécution, hypocondrie délirante et conceptions de formule mélancolique avec persistance des idées de persécution arrivant au délire rétrospectif, telle est, Messieurs, l'évolution générale de la maladie.
Elle nous apparaît ainsi, de la façon la plus évidente, comme un cas de folie systématique primitive dans lequel les idées délirantes diverses n'ont été que l'exagération, le développement progressif des tendances natives particulières, mettant en relief ce subjectivisme morbide qui constitue le fonds du caractère individuel, et se systématisant d'une manière de plus en plus étroite, sans rencontrer aucun obstacle, aucune velléité de contrôle, s'accompagnant, au contraire, d'une foi complète et inébranlable. Quant aux phénomènes émotionnels, ils n'ont que la signification très nette de réactions secondaires. « Je n'ai jamais souffert que physiquement, dit aussi la malade ; je ne m'inquiète que depuis que je me sais démolie et que je me vois un être inutile. »
Il n'y a rien là qui ressemble aux troubles émotionnels fondamentaux de la mélancolie, servant de base aux interprétations délirantes dans l'avenir.
Aussi, par ses caractères généraux, essentiels, le délire s'éloigne-t-il du délire mélancolique pour se rapprocher de celui de la folie systématique primitive.
Je vous signalerai encore chez notre malade les tentatives de suicide, qui, peu ordinaires chez les persécutés classiques et aussi chez les hypocondriaques, semblent être fréquentes chez les persécutés auto-accusateurs.
Parmi les idées de formule mélancolique, il en est qui se rapprochent beaucoup des idées de négation. Elles ne se présentent plus comme dans le syndrome de Gotard se
développant chez les mélancoliques, mais sous la forme qu'elles revêtent dans l'hypocondrie systématique primitive, ainsi que nous le verrons plus tard.
Il résulte encore de cette observation que les idées proprement dites d'auto-accusation ne sont pas les seules idées de formule mélancolique qui puissent se manifester en pareil cas. On peut rencontrer aussi, d'une façon plus générale, toutes les idées analogues d'humilité, de ruine, d'incapacité, de déchéance.
Enfin, si ces idées sont encore étroitement reliées aux idées de persécution, leurs rapports réciproques sont inverses de ceux qu'elles affectent dans les cas précédents. Notre malade les exprime comme conséquence et comme preuve des persécutions qu'elle subit, tandis que dans les autres faits, semblables en ce sens à ceux de M. Ballet, elles en étaient plutôt l'explication rétrospective ou le point de départ. Aussi notre malade ne se regarde-t-elle plus comme une victime coupable, suivant l'expression de notre collègue, mais elle reste, comme les vrais persécutés systématiques, une victime innocente, en butte à une vengeance imméritée qui l'a réduite au triste état où elle se trouve aujourd'hui.
Par tout ce que je vous ai dit à ce propos, au cours de nos réunions, vous voyez donc bien, Messieurs, que les idées d'auto-accusation en elles-mêmes ne sont nullement caractéristiques d'une forme vésanique déterminée.
En ce qui a trait plus particulièrement aux faits que nous avons étudiés aujourd'hui, elles ne suffisent pas, comme on le fait souvent bien à tort, à différencier la mélancolie et le délire des persécutions systématique. Ce n'est pas tant la formule que la genèse des idées délirantes qui peut servir alors d'élément capital de diagnostic. C'est pour cette raison
que j'ai essayé d'attribuer alors au délire un certain nombre de caractères généraux qui pussent servir à le déterminer plus exactement ; le diagnostic complet devant toujours envisager d'autre part tous les autres symptômes, tant somatiques que psychiques, leur mode d'apparition, de succession, leurs rapports respectifs, ainsi que révolution d'ensemble de l'affection.
Vous pourrez ainsi faire aisément le diagnostic dans les diverses hypothèses que nous venons de passer en revue.
Reconnaître un délire mélancolique s'accompagnant d'idées de persécution, mélancoliques elles aussi, est toujours chose facile.
Si ces idées de persécution se présentent sous l'aspect d'un délire systématisé secondaire, la question devient déjà plus ardue. Mais elle se trouve élucidée par la reconstitution de l'ensemble de la maladie, l'observation directe d'un véritable accès mélancolique antérieur, ou sa recherche rétrospective; il est rare qu'il ne persiste pas quelques symptômes pouvant mettre sur cette trace.
Dans les cas où c'est, au contraire, un délire des persécutions relevant de la folie systématique primitive qui s'accompagne d'idées de formule mélancolique, le diagnostic présente quelquefois certaines difficultés. Car, à côté des idées pouvant faire songer à un délire mélancolique, se rencontrent, à l'occasion d'autres symptômes qu'on serait tenté de rattacher à la même origine, mutisme, refus d'aliments, tentatives de suicide et surtout des troubles émotionnels, l'anxiété, etc. C'est alors surtout qu'il faudra ne pas se contenter de la notation brute de tous ces symptômes. Sans se laisser impressionner par leur réunion en plus ou moins grand nombre, par la formule de l'idée
délirante, il sera nécessaire de déterminer la valeur exacte des symptômes, leur origine première, leur subordination réciproque, leurs caractères généraux cliniques et psychologiques, tenir compte en même temps d'autres signes qui peuvent coexister, essayer de rétablir l'évolution totale du processus morbide.
J'espère, Messieurs, que ces indications, si brèves qu'elles soient, sur la ligne de conduite à suivre pour le diagnostic, vous sembleront néanmoins suffisantes après les développements dans lesquels je suis entré à ce sujet dans plusieurs de ces conférences.
Ce sera surtout dans les cas semblables à celui de notre dernière malade que vous pourrez y recourir avec quelque profit.
Si limpide qu'une distinction puisse vous paraître en théorie, les confusions sont fréquentes en pratique, où l'on voit bien souvent qualifiés de mélancoliques ces malades qui n'ont de la mélancolie que l'aspect extérieur, la formule délirante et qui par le fond appartiennent en réalité à la folie systématique primitive.
Comme traits particuliers qui peuvent, parmi les persécutés de cette dernière catégorie, contribuer à leur donner une petite place à part, se trouvent d'abord les idées d'autoaccusation, ou plus généralement de formule mélancolique.
Ces idées ont souvent pour objet des faits d'ordre religieux ou surtoutgénésique : préoccupationshypocondriaques se rapportant aux organes génitaux, idées de culpabilité relatives à des excès sexuels authentiques ou supposés. C'est là un fait sur lequel M. Ballet a insisté avec juste raison et que nous retrouvons dans plusieurs des observations que je vieus de vous rapporter.
Récemment encore, j'ai eu l'occasion d'examiner un individu chez lequel un délire de persécution systématique se relie à des préoccupations hypocondriaques antérieures, survenues .elles-mêmes à la suite d'une opération de phimosis. Il s'imagine qu'on le regarde d'un air narquois, que tout le monde s'aperçoit à sa figure, à sa démarche qu'il est circoncis. Il s'entend traiter d'eunuque, de châtré. Bien que cela lui soit très désagréable, il ne peut protester, puisque c'est vrai, dit-il ; et, pour couper court àla malveillance, il ne voit qu'une solution, c'est de recourir à une opération qu'il ne cesse de réclamer et qui rendrait à ses organes génitaux la conformation habituelle.
Nous pouvons noter encore que, chez tous ces malades, le délire s'accompagne en général de réactions émotionnelles de caractère anxieux, beaucoup plus intenses et plus constantes que chez les persécutés systématiques ordinaires.
De plus, on constate souvent des idées ou même des tentatives de suicide, contrairement à ce qui se passe chez les persécutés vrais, le plus ordinairement portés à l'homicide.
Enfin, comme le dit encore très bien M. Ballet, « si ces malades n'ont pas toujours la résignation passive du mélancolique vulgaire, ils n'ont pas non plus les colères et les haines des persécutés ordinaires. Ils n'acceptent pas de gaieté de cœur et sans protestation les taquineries qu'on leur fait subir ; mais, tout en protestant, ils semblent reconnaître que ces taquineries sont méritées et, dans une certaine mesure, légitimes ». Ajoutons, pour préciser, que la dernière partie de cette remarque ne s'applique pas, cependant, aux individus qui expriment leurs idées de formule mélancolique à titre de conséquence et de preuve