PERSÉCUTÉS SENSORIELS
question, nous allons passer eh revue les symptômes hallucinatoires qu'on observe habituellement dans la folie systématique avec délire des persécutions, et nous verrons ainsi par quelles transitions successives on peut arriver à ces variétés moins connues que nous nous proposons d'étudier aujourd'hui.
Messieurs, au point de vue de leurs hallucinations, on peut diviser les persécutés systématiques en plusieurs catégories :
A — Dans une première, les malades n'ont jamais d'hallucinations, ou bien celles-ci sont très rares, isolées et transitoires. Tels sont les persécutés persécuteurs ou persécutés raisonnants étudiés en France par M. J. Falret, qui ont fait l'objet de la thèse de son élève M. Potier, et dont la « folie des querelles » (Querulantenwahnsinn) des Allemands, les litiganti, les quœrulanti des Italiens représentent la variété la plus commune.
B — Un autre groupe comprend les persécutés hallucinés sensoriels.
Je ne veux pas dire par là, bien que cela se rencontre assez souvent, que les hallucinations sensorielles soient les seules qui se manifestent alors, mais simplement qu'elles sont très développées, prédominantes, persistantes, et présentent même souvent une évolution progressive parallèle à celle de la maladie envisagée dans son ensemble.
Ces hallucinations sensorielles peuvent ainsi se montrer sous tous les aspects que nous avons étudiés au début de ces conférences. Elles peuvent être élémentaires, communes, verbales; et, d'autre part, tous les sens peuvent être affectés, à des degrés différents d'ailleurs. Je ne fais que citer
les hallucinations du goût, de l'odorat, qui sont fréquentes, et se relient en général à des idées d'empoisonnement. De môme, il n'est pas rare d'observer des hallucinations génitales.
Les phénomènes hallucinatoires qui intéressent le sens de la vue méritent une attention plus spéciale. Lasègue, qui, comme vous le savez, a décrit le premier le délire des persécutions, niait que les malades fussent atteints d'hallucinations visuelles; il considérait même en quelque sorte l'absence de ce phénomène comme un signe pathognomonique. D'autres auteurs ont émis un avis contraire et pensent que l'opinion de Lasègue est beaucoup trop absolue; le docteur Mabille, en particulier, a rapporté plusieurs observations où des persécutés typiques avaient présenté de réelles hallucinations de la vue.
Le fait est indéniable. Un certain nombre de persécutés systématiques du type habituel peuvent être atteints d'hallucinations de la vue ; mais celles-ci se présentent avec certaines particularités.
On peut à cet égard ranger les malades sous trois chefs
a. — D'abord nous pouvons mettre à part les cas envi sages par Lasègue et qui sont les plus ordinaires, dans lesquels les hallucinations visuelles manquent.
b. — A côté de ceux-là, il en existe d'autres où l'on constate l'existence d'hallucinations de la vue. Elles peuvent être alors dues à un élément surajouté. On peut, en effet, ren contrer chez des persécutés la coexistence de plusieurs délires (ainsi que Lasègue lui-même l'avait fait remarquer). Le symptôme hallucinatoire reconnaît alors une origine autre que la folie systématique, l'alcoolisme, par exemple, lui imprimant son cachet particulier, ce qui permet de le