HALLUCINATIONS DE LA VIT
rattacher à sa véritable cause. De môme, quand les hystériques sont atteints de folie systématique avec idées de persécution, ils peuvent avoir des hallucinations de la vue, mais celles-ci relèvent plutôt de l'hystérie môme.
c. — Enfin, leshallucinations visuelles peuvent se produire sans l'adjonction d'un autre élément morbide, et appartenir en propre à la folie systématique. Elles revêtent alors quelques caractères particuliers. Dans les cas habituels, elles restent relativement peu fréquentes; de plus, elles ne se présentent guère qu'à l'état élémentaire ou sous la forme commune. Les malades voient des flammes, des éclairs ou des objets plus ou moins distincts. Enfin, il est à remarquer qu'ils ne sont généralement pas dupes de ces phénomènes ; ils les jugent en quelque sorte à leur valeur. S'ils les interprètent dans le sens de leurs convictions délirantes, ils savent toutefois et déclarent que ce sont là de fausses sensations. « Mes ennemis, disent-ils, par exemple, me font voir certaines choses ; mais je sais bien qu'elles n'existent pas; c'est de la fantasmagorie, de la physique ; je suis bien sûr que cela n'est pas vrai. »
Ici, au contraire de ce qui se passe pour les hallucinations de l'ouïe, on voit que l'individu se rend bien compte que ses sensations n'ont pas trait à un objet existant réellement. Il existe donc entre les phénomènes hallucinatoires de la vue et de l'ouïe une différence importante au point de vue de la conscience de leur caractère pathologique, conservée jusqu'à un certain point en ce qui regarde les fausses sensations visuelles.
C'est du côté de Y ouïe ^ Messieurs, que se passent les phénomènes hallucinatoires les plus importants.
Ce sont d'abord des hallucinations élémentaires qui font
entendre aux malades des bruits indéfinis. En général, ils les traduisent par des onomatopées (boum, crac, ui-ui-uit).
Dans d'autres cas, il s'agitd'hallucinations auditives communes ; le bruit perçu est rattaché à un objet particulier bien déterminé : bruits de pas, sifflets de chemin de fer, son d'une cloche, coup de fusil, etc.
Enfin, il y a des hallucinations auditives verbales, qui, dans l'ordre chronologique, sont généralement les dernières et qui, elles-mêmes, ont souvent un développement progressif. Tout d'abord, le patient n'entend que des mots isolés, des phrases très courtes, toujours de même signification, et parfois même presque stéréotypées. Basses, indistinctes, chuchotées au début, les voix deviennent par la suite de plus en plus nettes. Vous connaissez ce vocabulaire d'injures grossières que presque tous les persécutés ont à supporter au début. Puis l'hallucination se développe ; c'est un monologue que tient le persécuteur et que le patient est condamné à entendre ; parfois même c'est un discours interminable qu'il doit subir sans espoir de s'y dérober.
Mais les choses se compliquent encore. Si les persécuteurs sont nombreux, s'ils forment une bande, ce n'est plus un monologue, mais un dialogue, une conversation bruyante. Les interlocuteurs peuvent s'adresser directement au persécuté ou causer entre eux en déblatérant sur son compte. * Parmi les voix qu'entend le persécuté, il en est qui lui sont nouvelles et inconnues; d'autres reparaissent avec le même caractère d'intonation, elles lui sont familières, et il sait les reconnaître.
Tantôt ces voix ne se distinguent en rien des paroles réelles que le malade peut entendre; d'autres fois il les différencie par certains caractères variables, de timbre, d'intensité, etc.
11 arrive que, quelquefois, tous les persécuteurs sont du môme avis et s'entendent parfaitement pour lui faire toutes sortes de misères.
Mais, dans d'autres cas, les interlocuteurs se disputent entre eux, les uns soutenant le pour, les autres le contre. A côté des persécuteurs, il y a des défenseurs, et Ton retrouve alors, à côté des idées habituelles de persécution, certaines de ces idées particulières que je vous ai déjà signalées sous le nom d'idées de défense.
Tantôt les voix se font entendre à la fois dans les deux oreilles : l'hallucination est bilatérale. Dans quelques circonstances, elle devient unilatérale, le patient ne percevant plus les voix que d'un seul côté. Enfin, les hallucinations peuvent être aussi bilatérales, mais de caractère opposé de chaque côté, le sujet percevant seulement par une oreille les calomnies, les insultes de ses persécuteurs, tandis que l'autre semble réservée aux paroles consolantes que prononcent les défenseurs.
Quand les hallucinations verbales auditives durent depuis un certain temps, le malade en arrive à présenter le phénomène connu sous le nom d'écho de la pensée. Il accuse les personnes qui l'environnent de connaître ses plus secrètes pensées, de les énoncer à haute voix, si bien qu'il les entend avant même d'avoir eu le temps de les prononcer, etc.
Il est à remarquer que les voix qui se font entendre au milieu du silence comme au milieu du bruit, la nuit comme le jour, qui viennent du dehors de tous les côtés, du plafond, des cheminées, de distances plus ou moins éloignées, qui accompagnent le malade dans ses déplacements, sont toujours dues à des interlocuteurs qui restent invisibles à ses yeux. Il avoue lui-même que, malgré ses tentatives, il n'a
570 LEH PERSÉCUTÉS POSSÉDÉS.
pu prendre sur le fait les individus qui lui parlaient ainsi. Le sens de la vue ne se fait pas le complice de celui de l'ouïe et il ne se produit pas ici, entre ces deux sens, saut de très rares exceptions, ces associations hallucinatoires que l'on rencontre chez d'autres vésaniquesqui voient leurs interlocuteurs en même temps qu'ils les entendent. C'est ce qui explique l'expression dont se servent souvent les persécutés pour désigner leurs voix : « mes secrètes, mes invisibles ».
Au fur et à mesure que la maladie évolue, les hallucinations verbales peuvent changer de caractère.
C'est alors qu'on peut constater des hallucinations verbales motrices. L'hallucination auditive ne disparaît pas pour cela; elle persiste généralement au contraire, et souvent il se produit alors de ces associations ou combinaisons hallucinatoires du genre de celles que nous avons étudiées précédemment; mais, fait important à constater, l'hallucination motrice reste cependant à un plan plus effacé et ne se présente que par intervalles. Un grand nombre de ces persécutés n'en a même jamais.
Si vous voulez bien maintenant, Messieurs, jeter un coup d'œil d'ensemble sur la série des phénomènes hallucinatoires, bruits ou voix, dont je viens de vous faire brièvement l'analyse et dont je vous ai montré le développement souvent progressif, vous vous apercevrez facilement que leur ordre d'apparition correspond alors exactement à la formation des idées et au développement du langage chez l'enfant. C'est d'abord l'hallucination auditive élémentaire, puis la commune, la verbale auditive, et, en dernier lieu. la verbale motrice.
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Or, que se produit-il pour l'éclosion et le perfectionnement du langage chez l'enfant? Celui-ci n'a d'abord qu'une vague sensation de son élémentaire, brut; plus tard, il a la notion de l'objet qui produit ce son.
Puis, entendant parler, il commence par associer l'image auditive verbale à l'image auditive commune. Bientôt il cherche lui-même à répéter les mots qu'il entend, et associe à son tour l'image verbale motrice à l'image auditive verbale.
C'est, vous le voyez, la même marche progressive, et le développement des hallucinations chez les persécutes sensoriels suit bien la même évolution que le développement de la fonction du langage chez l'enfant.
Il existe enfin, chez ce persécuté systématique, des troubles de la sensibilité générale. Ce sont de fausses sensations, ordinairement douloureuses, intéressantla sensibilité périphérique ou viscérale. 11 importe de remarquer à ce propos que les patients ne croient pas leurs organes irrémédiablement atteints. Les troubles sensitifs, bien que se manifestant parfois de longtemps, se présentent comme par intervalles paroxystiques ou bien ne laissent pas de traces durables. Au fur et à mesure qu'une partie du corps est lésée, elle semble. subir un travail de régénération qui la guérit de ses blessures. C'est là un fait important sur lequel j'aurai bientôt l'occasion de revenir.
Il est toutefois à noter que certains individus vraiment persécutés, mais en même temps hypocondriaques, accusent des désordres permanents dans leurs différents organes. Les troubles de la sensibilité générale et surtout viscérale sont alors beaucoup plus persistants. Il est des cas alors où, tout comme chez les persécuteurs hypocondriaques
raisonnants, il n'y a pas de troubles hallucinatoires du côté des sens spéciaux. Aussi ces aliénés pourraient-ils être considérés comme établissant une sorte de transition entre les persécutés hallucinés du type précédent et ceux du type que nous allons envisager maintenant.
G. — Il est, en effet, Messieurs, une dernière catégorie où, à l'inverse de ce qui se passe chez les persécutés sensoriels, les phénomènes hallucinatoires de caractère moteur tiennent dans la symptomatologie une place prépondérante souvent dès le début; tandis que les hallucinations auditives sont reléguées à un rang très secondaire, parfois même tellement effacées qu'elles ne peuvent être mises en évidence. Elles ne sont guère plus fréquentes que les hallucinations de la vue chez les malades du groupe précédent. Ces deux sortes d'hallucinations (visuelles et auditives) peuvent d'ailleurs, comme nous le verrons, coexister dans ces cas avec les hallucinations motrices.
Toutefois ce sont ces dernières qui, très accentuées, incessamment répétées et presque continuelles, constituent le symptôme le plus saillant du tableau clinique et dirigent absolument la scène pathologique.
Ce sont d'abord des hallucinations verbales motrices se présentant avec tous les caractères et à tous les degrés d'intensité que nous avons longuement examinés dans nos réunions précédentes à propos de l'étude particulière de ce symptôme.
Mais les hallucinations motrices ne s'adressent pas seulement à la fonction langage ; on retrouve, au contraire, toutes sortes d'hallucinations motrices communes. Les patients accusent souvent, en effet, des sensations de déplace-
PERSÉCUTÉS MOTEURS. .-i7.'{
ment d'une partie du corps ou du corps tout entier, de certains mouvements qu'ils se sentent poussés à accomplir comme malgré eux ou qu'ils croient exécuter alors qu'en réalité ils restent immobiles.
Ils disent qu'on les pousse à droite ou à gauche ; on leur tire la langue, on leur contracte les mains, on les secoue, on les bouscule dans leur lit, qui tourne, danse; ils se sentent attirés de dessus leur chaise lorsqu'ils sont assis ; ils tombent dans des précipices, etc.
Souvent même ces symptômes sont beaucoup plus accentués, et, atteignant leur maximum d'intensité, se présentent sous la forme de véritables impulsions. Les malades disent alors qu'une volonté plus forte que la leur les pousse à faire des choses qu'ils ne veulent pas faire, à sortir, à courir, à marcher sans cesse, à boire et à manger sans raison, à se lever, à changer de place, à voyager, à faire du mal aux personnes de leur entourage, et ils se sentent poussés à tous ces actes, qu'ils réprouvent et combattent inutilement, comme s'ils étaient électrisés.
De même ils ont des impulsions verbales qui les font parler haut malgré eux, dire des choses qu'ils n'ont pas l'intention de dire et leur semblent tout étranges, souvent le contraire de leur propre pensée.
Dans d'autres cas, au contraire, celle-ci leur échappe et se trouve articulée malgré eux avec tous les degrés d'intensité possible. C'est le phénomène que je vous ai signalé sous le nom de fuite de la pensée, bien souvent confondu avec l'écho de la pensée.
En regard de ces impulsions diverses, il est d'autres symptômes, identiques de nature, mais se présentant sous l'aspect inverse de phénomènes d'arrêt ou d'inhibition.
On les empêche, disent les malades, de faire ce qu'ils veulent, on leur retient la main lorsqu'ils travaillent, ils se sentent immobilisés, pétrifiés au milieu de leurs mouvements, qui restent inachevés. Ils ne sont plus maîtres de leur langue, qui se refuse à articuler les mots nécessaires à l'expression de leur pensée.
Ces différents symptômes ne font que traduire une atteinte profonde à la volonté. Souvent les sujets l'accusent eux-mêmes lorsqu'ils prétendent qu'on leur retire leur volonté, qu'ils sont trop faibles pour lutter, qu'ils se sentent dominés et n'ont plus leurs facultés.
Tous ces phénomènes, Messieurs, ne se manifestent pas seulement dans le domaine de la volonté en tant que présidant aux mouvements, ils s'adressent aussi au côté purement intellectuel.
C'est ainsi que les malades se plaignent parfois de ne plus pouvoir pensera rien de suivi, d'être continuellement distraits de leurs idées habituelles par un courant d'idées qui leur semblent absolument étrangères ou contradictoires. Ou bien on leur retire leur pensée : s'ils ont une idée, cette idée s'en va et ils restent comme abrutis. S'ils ne peuvent plus l'exprimer, ce n'est plus, comme tout à l'heure, parce qu'une force intérieure s'oppose aux mouvements d'articulation nécessaires, mais c'est parce que leur pensée est fugitive et instable.
De pareils symptômes sont évidemment justiciables d'un trouble de l'attention — qui n'est qu'une manière d'être de la volonté appliquée aux phénomènes de l'idéation — et ne font que mettre en lumière le fonctionnement défectueux de la synthèse mentale qui est à la base de toutes nuopérations intellectuelles, volontaires et conscientes.
Ce défaut de synthèse mentale peut être parloir* retrouvé
TROUBLES PSYCHO-MOTEUB
à propos de laits de perception. Ainsi, une de nos aliénées prétend que ses yeux sont scelles, immobiles, et ne peuvent plus remuer; que, pourvoir un objet dans son ensemble, elle est obligée de remuer toute la tête. Or, il n'en est rien ; et, au moment môme où elle cherche à nous donner une démonstration de son dire, on constate manifestement des mouvements du globe de l'œil que la malade assure cependant être resté immobile. Il est bien probable que cela résulte de ce que, dans l'ensemble des sensations kinesthétiques diverses inhérentes aux mouvements complexes qu'elle vient d'accomplir, elle n'a pas synthétisé, assimilé à sa conscience personnelle celles qui se rapportaient aux mouvements du globe oculaire.
De tous les troubles que nous venons d'examiner et que nous pouvons ranger sous le qualificatif général de psychomoteurs, il convient de rapprocher ceux qui se présentent dans le domaine de la sensibilité générale ou viscérale et avec lesquels, alors qu'ils peuvent affecter le sens musculaire, ils se trouvent avoir d'étroits rapports.
Il est à remarquer, en effet, h ce propos, que, si Ton peut rencontrer les mêmes troubles de la sensibilité générale ou viscérale chez les persécutés sensoriels et moteurs, il y a cependant quelques différences dans leur intensité réciproque. Tout à l'heure, les malades se plaignaient avant tout de sensations douloureuses de brûlures, de picotements, de fourmillements, etc. ; maintenant, au contraire, ils accusent de préférence des sensations de pesanteur, de légèreté, de vide, de grossissement ou de rapetissement, etc. De même les troubles de la sensibilité viscérale sont beaucoup plus accentués ici que chez le persécuté sensoriel, accusant plutôt des troubles de la sensibilité
générale périphérique. Enfin tous ces troubles cœnesthétiques, quels qu'ils soient, ont chez le persécuté moteur un caractère de constance plus prolongée, de continuité, parfois même de permanence, qu'ils n'ont pas chez le persécuté sensoriel ordinaire, à moins, comme je le disais tout à l'heure, qu'il ne soit réellement hypocondriaque.
Nous venons, Messieurs, d'examiner chez les malades que nous avons en vue les phénomènes moteurs; voyons maintenant les phénomènes sensoriels.
J'ai déjà dit au début que chez eux les hallucinations auditives étaient reléguées au second plan, vis-à-vis des motrices. Souvent elles ne se présentent que sous une forme élémentaire ou commune. Lorsqu'il existe des hallucinations verbales auditives, elles peuvent, suivant les cas, se montrer assez fréquentes au début de la maladie, pour disparaître totalement au bout de quelque temps, ou persister simplement à titre de combinaison hallucinatoire avec une hallucination motrice. D'autres fois, elles sont extrêmement rares en tout temps; une de nos aliénées, n'en a eu que trois en huit ans de maladie.
En revanche, les hallucinations visuelles sont assez ordinaires, à l'inverse de ce qui se passe dans la forme sensorielle; quelquefois même elles sont nombreuses et répétées. D'autre part si, dans certains cas, elles conservent ces caractères un peu particuliers qu'elles revêtent lorsqu'elles se présentent chez les persécutés, elles peuvent aussi d'autres fois ne différer en rien, au point de vue psychologique, des hallucinations visuelles classiques.
Ces hallucinations sont, le plus souvent, élémentaires ou communes, quelquefois même verbales. Lorsqu'il s'agit d'hallucinations communes, elles sont souvent empreintes