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COMBINAISONS HALLUCINATOIRES

isolées, qui ne font que réveiller l'idée d'un objet en intéressant seulement une quelconque de ses images ; elles diffèrent aussi des hallucinations communes associées intéressant bien plusieurs images, mais relatives chacune à des objets différents.

C'est surtout dans le domaine des hallucinations verbales que se rencontrent ces combinaisons hallucinatoires.

Fig. 2.

Les hallucinations verbales combinées sont celles dans lesquelles le malade perçoit un même mot ou une même phrase en même temps à l'aide de plusieurs images verbales, revêtant la forme hallucinatoire ; c'est ainsi qu'elles se distinguent des cas que nous avons examinés tout à l'heure.

La question des hallucinations combinées dans le domaine de la fonction langage étant assez compliquée, il m'a paru utile, pour nous en faciliter l'étude, de dresser le schéma ci-joint (fi^. 2).

Inutile de vous dire que, comme tous ses pareils, ce n'est point un document, une preuve physiologique, mais simplement un procédé de démonstration, un moyen de nous orienter et de fixer nos idées.

Les quatre centres AVMG représentent les centres du langage auditif, visuel, moteur d'articulation et de représentation des mouvements graphiques. Nous laisserons de côté ce dernier pour le moment.

Lorsque le processus d'excitation centrale qui donne naissance à l'hallucination reste localisé à l'un quelconque de ces centres, on a affaire aux différentes hallucinations verbales que nous avons précédemment étudiées, auditives, visuelles ou motrices, se présentant à l'état d'hallucinations pures ou simples.

De cette façon, on peut classer les hallucinés du langage, tout comme les individus normaux, suivant trois types, auditif, visuel, moteur.

Mais, d'un autre côté, on peut reproduire ici les distinctions établies à propos des aphasies, suivant que les centres du langage sont atteints isolément ou simultanément. Si la prédominance de telle ou telle image localisée dans les différents centres peut être réelle chez certains individus et à un certain âge, ces centres n'en ont pas moins des relations étroites entre eux ; ils s'influencent réciproquement les uns les autres, à des degrés variables, suivant les personnes. Cette subordination respective des centres du langage est bien mise aujourd'hui en relief par la pathologie des aphasies.

Or, de môme qu'une lésion localisée à un centre verbal peut entraîner des troubles dans le rappel d'images verbales localisées dans un centre différent; de môme, par suite des connexions unissant tous ces centres, le processus d'excita-

tion hallucinatoire qui atteint l'un d'eux peut en actionner un ou plusieurs autres, donnant ainsi naissance à des hallucinations verbales combinées.

Les plus fréquentes sont celles qui résultent de la mise en jeu des deux centres auditif et moteur d'articulation.

On ne saurait s'en étonner si l'on réfléchit que l'image auditive verbale est celle qui se développe la première, et que la plupart des individus sont naturellement des auditifs. D'autre part, le centre auditif est intimement relié au centre du langage articulé ; on le comprend aisément, puisqu'en apprenant à parler nous ne faisons que répéter ce que nous entendons. La pathologie met d'ailleurs bien en relief les relations réciproques des deux ordres d'images qui y sont emmagasinées.

En ce qui concerne les hallucinations verbales auditives et motrices combinées, il y a lieu de distinguer plusieurs variétés.

Dans un premier travail sur les hallucinations verbales [Progrès médical, 1888), j'ai déjà fait remarquer que certains aliénés ayant des hallucinations motrices entendent cependant réellement; cette considération m'avait conduit à diviser ces hallucinations en hallucinations verbales motrices pures, et en hallucinations motrices comprenant en même temps un élément sensoriel, étant ainsi à la fois et dans des proportions diverses, auditives verbales et motrices.

J'ai déjà insisté à différentes reprises sur cette distinction et rapporté un assez grand nombre d'exemples à l'appui (I). Ce point particulier a été repris, depuis d'une façon plus spéciale en Italie par Pieraccini.

(1) J. Séglas et P. Bezançon, Annales médico-psychologiques, janvier 188'J. — J. Séglas, Note sur le dédoublement de la personna-

J'ai cité bien souvent une observation de M. Charcot, dans laquelle un malade qui avait des voix intérieures et extérieures sentait sa langue se mouvoir malgré lui au moment où parlait la voix intérieure. Or, le malade, en même temps que sa langue remuait, entendait sa voix intérieure, et celle-ci avait moins de timbre que l'extérieure.

Une de mes malades, hallucinée de l'ouïe d'une part, avait de l'autre des voix intérieures s'accompagnant de mouvements de la langue. En même temps, elle les entendait et distinguait parfaitement les deux sortes de sensations auditives.

Chez une autre, la voix épigastrique résonne aussi à l'oreille; un jour qu'elle allait communier, la voix épigastrique a dit « grosse saleté », et en même temps elle l'a entendue.

Un autre disait que « sa voix labiale retentissait à l'oreille comme une voix chuchotée ».

Chez une autre, les voix intérieures se répercutent parfois jusque dans l'oreille, et alors c'est, dit-elle, comme une voix « pincharde », mais elles sont toujours en elle.

M. Régis m'a communiqué aussi l'observation d'un malade ayant des hallucinations verbales motrices avec mouvements d'articulation très nets, répétant sa pensée. Mais en même temps, il entend cette pensée s'échapper par son oreille gauche (otite moyenne de ce côté) et se répandre par là au dehors, d'où sa conviction qu'elle est entendue par les autres (1).

lité, etc. (Archives de neurologie, n° 64). — J. Séglas et P. Londe, Hallucinations dans la mélancolie (Archives de neurologie, nos 68, 69). — J. Séglas, les Troubles du langage chez les aliénés, p. 153, et passim.

(1) Régis, Journal de médecine de Bordeaux, 1894.

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