PARANOÏA HYPOCONDRIAQUE
à exprimer, sur l'état de leur santé, des préoccupations que le médecin seul peut juger exagérées ou sans fondement, ou suivant qu'ils les traduisent sous une forme délirante aux yeux de tous.
Cette distinction, basée sur le degré de vraisemblance des idées, n'est nullement justifiée. En réalité, il n'y a pas d'autre différence entre l'hypocondrie simple ou délirante qu'une simple différence de degré.
Les préoccupations hypocondriaques simples, comme le délire hypocondriaque, peuvent se rencontrer dans des états vésaniques bien différents au point de vue nosologique, et se présenter avec des caractères variables suivant l'affection h laquelle ils se rattachent, obsessions, paralysie générale, mélancolie, etc.
Mais, dans le langage courant, on réserve plus spécialement le nom d'hypocondriaques pour désigner une catégorie de malades qui, par les caractères cliniques de leurs préoccupations particulières , semblent rentrer dans le groupe de la folie systématique primitive. Ce sont ceux-là que nous envisageons maintenant.
Délirante ou non, l'hypocondrie est un état psychopathique essentiellement caractérisé par des préoccupations exagérées sur l'état de la santé, en rapport avec des sensations subjectives, que le patient cherche à interpréter d'une façon plus ou moins raisonnable dans leurs causes et dans leurs conséquences.
Ces symptômes, qu'on pourrait appeler physiques, de l'hypocondrie ne se distinguent guère que par la réaction psychique qu'ils déterminent, les interprétations dont ils deviennent l'objet, de ceux qu'on observe dans certains états nerveux ou diathésiques : névralgie générale, état nerveux,
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névropathie protéiforme, irritation spinale, neurasthénie, etc.
Ce qui constitue en propre l'hypocondrie, c'est surtout le côté intellectuel, cette réaction psychique exagérée qui porte l'individu à s'inquiéter, à s'alarmer pour le moindre malaise.
Le plus généralement, l'hypocondrie apparaît comme un état constitutionnel, se manifestant dès la puberté, parfois même dans l'enfance, accompagnant le sujet dans tout le cours de son existence, réveillé ou exagéré par toutes sortes de causes physiques (maladies organiques, troubles fonctionnels) ou morales (ennui, épidémies, lectures, etc.), si bien que, lorsque se formulent des idées véritablement délirantes, elles ne sont, à vrai dire, que l'exaspération des tendances antérieures.
C'est là déjà, comme vous le savez, un des caractères fondamentaux de la folie systématique primitive.
Mais il en est d'autres. Vous retrouvez, par exemple, dans les préoccupations de l'hypocondriaque, ce mode de rayonnement centripète, ce caractère égocentrique qui nous le montre rapportant tout à lui-même, égoïste, méfiant, susceptible, orgueilleux, accusateur tout comme le persécuté systématique, et, en même temps inconscient de la fausseté de ses idées, incapable de toute critique, ayant en elles une foi absolue.
L'exaltation, maladie de la sensibilité qui lui rend toutes les impressions pénibles ou douloureuses, le place pour ainsi dire dans un milieu nuisible. Il s'imagine trouver autour de lui des influences pernicieuses, accuse le milieu cosmique, la chaleur, le froid, l'atmosphère, la température, les courants d'air..., ou bien les aliments, boissons,
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médicaments, thème incessant d'analyses et de conjectures. Il se croit souvent une susceptibilité particulière aux médicaments, qui n'agissent pas sur lui de la môme manière, aux mômes doses, que sur les autres personnes. De là aux idées d'empoisonnement et de persécution il n'y a qu'un pas; il se trouve aisément franchi. Cette susceptibilité des sens est d'ailleurs purement imaginaire et dépend sur tout des dispositions morales du moment. Quoi qu'il en soit, le malade n'en est pas moins sûr de l'exactitude de ses sens, ne se livre à aucun contrôle, n'admet aucune critique et garde rancune à qui le surprend en flagrant délit d'erreur.
De même que nous recherchons dans le monde extérieur la cause de nos sensations, de même l'observation des réactions qui se produisent sur lui à l'occasion des impressions externes, et dont beaucoup sont purement subjectives, oblige l'hypocondriaque à chercher au dehors la cause de ses souffrances (délire convergent) et lui donne l'illusion d'une cause prise sur le fait.
Aussi ne doute-t-il plus, comme le mélancolique, dont les préoccupations, portant sur l'avenir, sont toujours incertaines; il est sûr de son fait, de la cause actuelle qu'il accuse de lui nuire.
S'il existe chez lui, comme chez le mélancolique, des troubles cénesthétiques, ils sont quelque peu différents. Ils correspondent plutôt à l'exaltation qu'à la diminution de la sensibilité. En même temps, ils ne s'accompagnent plus de modifications dans l'exercice des facultés, dénotant une dépression de l'activité psychique volontaire. Loin d'être diminuée, entravée, elle reste tout au moins intacte, quand elle n'est pas exaltée, ce qui arrive le plus souvent. Aussi les préoccupations hypocondriaques portent-elles surtout
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sur le physique et non sur le moral, et note-t-on, en général, un certain degré d'exaltation du moi qui arrive à faire parfois de l'hypocondriaque, toujours égoïste et susceptible, un véritable orgueilleux.
Au lieu de présenter cet état fondamental de dépression, d'anxiété du mélancolique, sa passivité, sa résignation, ces malades conservent, comme les délirants systématiques, les apparences de la raison. Gomme eux ils sont actifs, ils luttent, se défendent, cherchent du secours.
Bien rarement ils pensent à se suicider; en revanche, ils deviennent aisément persécuteurs.
En résumé, autophilie, méfiance et haine à l'égard du monde extérieur, susceptibilité, tendances aux accusations, tels sont les traits du caractère individuel de l'hypocondriaque, qui se refléteront plus tard dans son délire, d'une façon vraiment pathologique.
Par suite, comme les considérations précédentes ont pu vous l'indiquer, il diffère de celui du mélancolique, pour se rapprocher au contraire de celui du persécuté. 11 est à noter, d'ailleurs, que ces malades évoluent souvent vers le délire des persécutions systématique.
Aussi, est-il aisé de distinguer le délire de négation de l'hypocondriaque systématique de celui du mélancolique par la détermination de ses caractères cliniques, de l'ensemble symptomatique et de l'évolution de la maladie. Rappelez-vous aussi qu'il se limite à de simples négations portant sur la constitution physique, et ne s'accompagne pas des autres symptômes, qui constituent le syndrome de Cotard. Enfin, il n'existe plus ici de ces troubles primitifs fondamentaux émotionnels et abouliques, que nous avons vus être l'essence même de la mélancolie, le délire n'en
constituant que l'interprétation. S'il existe des troubles émotionnels, de l'anxiété parfois, ce ne sont plus que de simples réactions sous l'influence des idées délirantes.
Voici, d'ailleurs, Messieurs, un exemple clinique. En le comparant à celui que je vous ai communiqué tout à l'heure, vous saisirez facilement les différences qui les séparent.
M,nu M..., âgée de trente-sept ans, est la fille d'un père vif, emporté, sujet à des colères effrayantes, surtout quand il avait bu, et cela lui arrivait souvent ; il est mort, noyé par accident. Un de ses frères, très buveur, a eu des accidents délirants ; un autre frère a eu « comme une fièvre chaude » .
La mère de la malade, toujours souffrante, était sujette à des crises nerveuses, probablement hystériques ; elle était d'un caractère très sombre. Elle avait quatre sœurs très nerveuses aussi : « C'est, nous dit-on, dans la famille. » L'une d'elles a deux filles qui ont des attaques de nerfs « tout ce qu'il y a de plus compliqué ».
Une sœur de la malade est bien portante ; une autre a des crises nerveuses de nature hystérique.
Pas de consanguinité; peu de différence d'âge entre les parents. Grands parents inconnus.
Gomme antécédents personnels, j'ai relevé une rougeole à deux ans, une fluxion de poitrine à neuf ans. Pas de renseignements sur le développement dans l'enfance; notre malade apprenait bien à l'école ; elle fut toujours d'un caractère égoïste.
Vers l'âge de neuf ou dix ans, une nuit, elle se relève, va s'asseoir dans une autre chambre, et, une fois réveillée, elle n'avait pas conscience de l'acte qu'elle venait d'accomplir.
Un jour, vers l'âge de treize ans, sans aucun motif, elle voit
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tout d'un coup tout tourner autour d'elle ; elle se met à pousser des cris. On lui applique des sangsues et, à la suite de la perte de sang, ses nerfs ont, nous dit-on, pris le dessus. Elle eut des attaques de nerfs ; ses membres se tordaient; elle restait cinq minutes sans respirer, on la croyait morte ; claquements de dents.
Elle fut réglée à seize ans, mais jamais bien régulièrement ; avait de la leucorrhée presque constante, souffrait de troubles anémiques et manifestait des inquiétudes continuelles au sujet de sa santé.
Elle crache beaucoup depuis six ans, quelquefois du sang depuis quatre ans.
A la mort de son mari, survenue quatre ans auparavant, elle resta deux mois sans voir ses règles ; elle était devenue, dit-elle, très nerveuse, abattue, ennuyée et irritable. Cependant elle s'occupait de son ménage, mais sans s'y intéresser ; elle ne restait pas chez elle où elle avait peur ; il lui fallait de la société, tandis que, du vivant de son mari, elle n'aimait pas sortir et restait volontiers seule. Elle avait des cauchemars la nuit; elle voyait son mari et l'entendait parler.
Depuis cette époque jusqu'au mois d'octobre 1888, rien de bien spécial; elle était très faible, digérait mal, avait des palpitations, des vertiges, de la céphalalgie occipitale, des douleurs erratiques, du tremblement des jambes, surtout le matin. Ses pieds et ses mains étaient toujours glacés; les règles, irrégulières, revenaient deux fois par mois. Elle se préoccupait beaucoup de sa santé et était de plus en plus triste et inquiète à ce sujet.
En octobre 1888, attaques de nerfs s'annonçant par de l'oppression épigastrique, un étranglement à la gorge, un serrement à la tête. Elles duraient quelquefois jusqua trois
quarts d'heure, ue s'accompagnaient jamais de perte de connaissance, et pendant tout le reste de la journée étaient suivies de tremblements et d'éructations. Elles revenaient jusqu'à trois fois par jour et ne se montraient jamais la nuit. Dans l'intervalle, Mmo M... se plaignait toujours de n'être pas bien.
Ces attaques ont duré jusqu'au mois de janvier 1889. Alors elle a senti comme si tout en elle se paralysait; ses forces s'en allaient petit à petit. Elle a cependant continué à travailler jusqu'à son entrée dans un hôpital, vers le mois de mai. Elle se disait de plus en plus faible, avait peur de tomber en marchant. Le sommeil, déjà mauvais depuis les crises, avait complètement disparu.
A cette époque ont apparu les premières idées de négation : « Elle ne se sentait plus intérieurement; elle ne sentait pas ce qu'elle mangeait, les aliments passaient comme si on les jetait dans un puits ; il lui semblait que tout son corps était creux des pieds à la tête ; sitôt qu'elle a commencé à s'affaiblir, elle avait déjà dit que ses jambes étaient creuses. »
Cet état n'a fait que s'accentuer jusqu'au moment où la malade fut soumise à notre observation.
Le 30 juillet 1889, elle nous est apportée sur un brancard ; elle prétend ne pas pouvoir marcher, gémit que son corps est changé complètement, qu'il n'y a plus dedans rien de ce qu'il y avait autrefois, « C'est comme un corps qui se meurt et qui finit. Ce n'est plus pareil, je ne puis plus rien endurer. Je ne sais plus si j'ai encore des intestins; tout est changé en moi, je nemesens plus le corps, il vaudrait mieux que je le sente. Tous les aliments passent sans que je sente rien, si c'est chaud ou froid. Je suis un corps vide. Ma tête est creuse, il ne doit plus y avoir de cervelle. La respi-
ration s'est perdue, je ne respire plus ; je ne m'aperçois pas si l'air est chaud ou froid. Je ne vais pas vivre longtemps. Tout le monde est changé autour de moi, il me semble que tout s'en va. Ma famille elle-même ne s'occupe pas de moi. Je ne peux plus remuer, je sens que cela est fini. » Pas d'hallucinations sensorielles; quelques hallucinations motrices communes ; elle se sent parfois descendre en terre ou monter au ciel. Pas d'autres idées délirantes.
Notons, en passant, ce détail, que souvent elle ne trouve pas un chiffre, elle n'en dort pas de la nuit, cela lui obstine la tête.
Bien que la malade ne marche pas, elle n'est nullement paralysée; tous les mouvements sont conservés, même ceux adaptés à la marche et à la station debout. Il ri*y a pas non plus ni abasie ni astasie. Son refus de marcher, de se lever, est un simple acte d'opposition en rapport avec ses idées de négation, « qu'elle ne peut plus remuer », ainsi qu'elle le dit elle-même. On peut s'en rendre compte en la plaçant, par exemple, au milieu de la salle. Si l'on refuse alors de s'occuper d'elle, au bout de quelques instants de plaintes et de gémissements, de manifestations de désespoir, elle se relève seule et regagne son lit.
La sensibilité au contact et à la douleur paraît diminuée des deux côtés, surtout à gauche. Cet examen est très difficile, car la malade prétend ne rien sentir, « puisque son corps est démanché ». Cependant elle sent réellement : à chaque attouchement imprévu, elle dit en même temps n'avoir rien senti; sa négation équivaut donc à une affirmation. D'ailleurs, en insistant, elle finit par répondre assez volontiers pour permettre un examen sommaire de la sensibilité. L'examen objectif de la sensibilité musculaire, du sens musculaire et articulaire reste négatif.
Les sens spéciaux sont absolument normaux. Rien h noter du côté de l'œil en particulier : champ visuel normal, vision des couleurs intacte, pupilles égales, réflexes iridiens conservés.
La respiration est peu profonde, entrecoupée de gémissements. L'auscultation et la percussion nefournissentaucun renseignement.
Le cœur est intact, les extrémités sont froides, sans œdème ni troubles vaso-moteurs.
Les règles sont irrégulières, abondantes; leucorrhée.
On ne constate pas de tremblement, pas d'embarras de la parole.
Pas d'anomalies morphologiques sensibles.
L'état mental de cette malade reste, par la suite, toujours identique. Mêmes idées hypocondriaques de négation; son corps est vide, il est creux, tout en sort, et, pour le prouver, elle fait des efforts incessants d'éructation, de crachement. Gémissements continuels; elle réclame sans cesse des soins, des médicaments qu'elle refuse lorsqu'on les lui donne. Elle se plaint qu'on ne s'occupe pas d'elle. On ne connaît rien à sa maladie; on ne veut pas croire que son corps est creux ; elle examine sans cesse ses crachats, ses garde-robes. Par la suite, elle s'alimente d'une façon insuffisante, parfois refuse même de manger.
Amaigrissement progressif, état cachectique; mort par tuberculose pulmonaire le 10 mars 1 8 U 2 , sans aucune modification de l'état mental.
Durant tout son séjour, cette malade n'a jamais eu d'attaques.
Voilà donc, Messieurs, une dame qui formule un véritable délire de négation hypocondriaque; mais vous pouvez voir
par son histoire qu'à aucun moment l'affection ne se présente sous l'aspect de lamélancolie et revêt une physionomie clinique bien différente.
Appartenant à une famille où les tares héréditaires sont très accentuées, Mme M... présente dès l'enfance des accidents névropathiques. En grandissant, sa santé reste toujours précaire, et l'on voit alors apparaître les premières tendances hypocondriaques. Elles ne feront que s'accentuer par la suite, lorsque se manifestent des signes plus évidents d'épuisement nerveux, pour se traduire en dernier terme sous la formule d'un délire de négation hypocondriaque, systématisé et persistant. Ce délire ne se montre ainsi, après une évolution lente et progressive, qu'à titre d'exagération, d'hypertrophie des tendances personnelles antérieures.
Ce n'est plus là l'évolution de la mélancolie avec ses troubles abouliques et émotionnels fondamentaux interprétés secondairement par le délire, mais celle de la folie systématique (paranoïa) primitive.
Aussi le délire présente-t-il des caractères généraux en rapport avec le fond pathologique qui lui a donné naissance. Outre son caractère primitif, il exprime d'une façon évidente un sentiment d'autophilie, d'exagération du moi, bien différent du sentiment d'humilité du mélancolique négateur.
Le caractère égocentrique, le rayonnement centripète des conceptions fausses se traduit par des idées comparables au délire des persécutions des aliénés systématiques. Toujours préoccupée d'elle-même, elle se plaint sans cesse des personnes qui l'environnent, parce qu'on ne connaît rien à sa maladie, qu'on ne fait pas attention à elle.
Ayant une foi absolue dans la réalité de ses convie-
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tions délirantes, ne se livrant à aucune critique, mais interprétant tout dans le sens de ses tendances particulières, cette malade, au lieu de se résigner ou de se borner à déplorer son malheureux sort, lutte et résiste, réclamant sans cesse des soins, des médicaments.
Enfin les troubles émotionnels, d'ailleurs peu accentués, qu'elle présente, ne sont que des modes de réaction provoquée par le délire. Au lieu de cet état de douleur morale qui fait le fond de la maladie chez les négateurs mélancoliques, il n'y a plus que des récriminations sans fin, des lamentations, des gémissements, simple résultat de ses préoccupations au sujet de sa santé.
D'un autre côté, il est à remarquer que l'on ne retrouve pas ici les éléments du syndrome de Cotard. Tout se borne à la présence des idées de négation, et encore ne portentelles que sur la constitution physique, sont-elles purement hypocondriaques.
Ces idées hypocondriaques de négation sont encore en rapport avec des troubles cénesthétiques, se relient à l'altération des sensations dans leur élaboration cérébrale, à des perturbations de la sensibilité, elles-mêmes réveillées et entretenues par les idées délirantes.
On doit remarquer d'ailleurs que le délire de négations hypocondriaque, seul ou associé à d'autres idées délirantes, ne se montre souvent chez les hypocondriaques systématiques qu'au bout d'un assez long temps. On trouve un fait très remarquable de ce genre dans Krafft-Ebing. Mais il n'a plus alors, comme dans la mélancolie, la signification d'un de ces états de chronicité, secondaires aux formes psychoneurotiques, et rangés quelquefois sous la dénomination de paranoïa secondaire. Il se manifeste seu-
leraent comme l'exagération des tendances natives particulières de l'individu et ne constitue ainsi qu'une des variétés délirantes du cadre de la paranoïa primitive.
Toutefois, si l'on peut admettre que l'affection, dans son ensemble, corresponde à un développement anormal de la personnalité, celui-ci doit être plutôt considéré comme une cause adjuvante que comme la cause réelle et efficiente du délire des négations hypocondriaque, qui ne fait toujours que traduire au dehors, à un moment donné, une modification de l'état cénesthétique antérieur, des conditions physiques de cette personnalité jusque-là simplement anor maie.
D'un autre côté, les caractères mêmes de ces troubles complexes de la personnalité nous permettent d'affirmer que, dans le cas actuel, ils ne sont point en rapport avec les accidents hystériques notés au cours de l'observation ; car ils ne se présentent nullement sous la forme caractéristique de la désagrégation psychique relice à l'hystérie.
Telles sont, Messieurs, les considérations que je voulais vous exposer sur l'existence du délire de négation dans l'hypocondrie systématique primitive. Bien que résumées, elles pourront suffire, je l'espère, à vous montrer l'importance qu'il y a à distinguer nettement ces cas, bien souvent confondus avec ceux de délire de négation mélancolique. Rappelez-vous d'ailleurs, qu'il est encore d'autres formes de folie systématique primitive et même d'autres états psychopathiques, où peuvent se rencontrer des idées de négation. Aussi est-il nécessaire, en chaque circonstance, de se livrer à une analyse exacte, de bien établir des distinctions absolument indispensables si nous voulons arriver à nous faire une idée précise de la signification et de l'importance de ce délire particulier.