VINGT ET UNIÈME LEÇON
De l'examen morphologique chez les aliénés et les idiots '
Sommaire. — Généralités : des caractères descriptifs et anthropométriques.
De la léte : A. — Crâne : ses limites ; caractères descriptifs : inspection et palpation. — Craniométrie : instruments, points de repère, principales mensurations; indications fournies par l'examen du crâne. — Principales déformations du crâne.
13. Face : ses limites; caractères descriptifs : inspection et palpation. — Prosopométrie : instruments, points de repère, principales mensurations; indications fournies par cet examen.
Messieurs,
Dans les affections qui relèvent du domaine de la médecine générale, l'examen morphologique des malades est complètement relégué au second plan. Si l'on vient à le pratiquer, on se borne à examiner les seules modifications de la forme du corps en rapport avec la maladie existante.
Chez les aliénés, au contraire, cet examen des formes du corps doit être fait complètement et en détail ; non pas qu'à lui seul il suffise pour établir r existence ou la pathocjènie de l'affection que vous cherchez, mais il acquiert de l'importance en ce sens qu'il peut fournir parfois des renseignements utiles au point de vue étiologique, en nous révélant seulement les traces d'anomalies diverses, d'états
(1) Ces leçons sont extraites d'un cours clinique élémentaire sur l'examen général des aliénés, fait à l'hospice de la Salpêtrière en août 1880, et ont été publiées d'après les notes recueillies par MM. Béchet, interne provisoire, et A. .Marie, externe des hôpitaux, dans la youtelle icunograpltir: de la Salpêtrière, 1891.
pathologiques dont nous aurons ensuite à spécifier, à l'aide d'investigations d'un autre ordre, la nature et les rapports avec l'affection mentale.
Effacée et de moindre importance chez certains de nos malades, qui ne diffèrent guère à cet égard d'individus parfaitement sains d'esprit, cette partie de l'examen somatique acquiert une valeur plus grande dans d'autres catégories, se composant surtout de ces individus qu'on a englobés sous la dénomination si peu précise de dégénérés, et parmi lesquels figurent au premier rang les idiots. Mais, quelque insuffisantes et secondaires que puissent être les données résultant de cet examen dans la majeure partie des cas, il n'en doit pas moins être pratiqué; car il complète l'étude générale du malade, étude qui doit être faite d'une façon d'autant plus minutieuse que nous avons moins de moyen- à notre disposition pour pénétrer la nature intime des troubles de la pensée. Un grand nombre d'altérations morphologiques, en effet, dépendent d'un trouble de développement durant la période embryonnaire ou durant les périodes successives du développement de l'organisme. Or, en raison même du lien étroit qui unit la fonction à l'organe et de ce principe biologique que l'esprit n'est qu'une fonction de l'organisme considéré dans son ensemble, on peut être amené quelquefois, par la constatation des altérations du type anthropologique, à soupçonner, chez certains aliénés, un trouble concomitant dans le développement de l'individualité psychique.
L'examen morphologique des aliénés a été jusqu'ici fort négligé, au moins en France, où, depuis les travaux de Morel (1), cette étude n'a fait l'objet que de mémoires parti) Morel, Traite des dégénérescences et Études cliniques.
ÛÉNÉRALIT1 685
ticls, épars çà et là dans différents périodiques. A l'étranger même, il n'y a guère, du moins à ma connaissance, de travail d'ensemble sur la question. Et je ne pourrais citer, h ce propos, que le livre du professeur Morselli (1) qui, dans une série de remarquables leçons, a étudie en détail toute la séméiologie générale des affections mentales.
Cette question doit cependant être d'autant moins laissée de côté qu'elle acquiert depuis quelque temps une plus grande importance, par suite de l'impulsion donnée à l'anthropologie criminelle et du point de vue particulier auquel est faite aujourd'hui l'étude de la criminalité dans ses rapports avec les déviations de l'esprit.
L'examen morphologique complet devrait comprendre non seulement les anomalies de la conformation extérieure, mais encore celles des organes internes, qui peuvent être seuls intéressés. Pour celles-là, l'autopsie est nécessaire. Nous nous contenterons, pour le moment, d'envisager les premières, celles qui nous sont accessibles sur le vivant.
Ne croyez pas toutefois, Messieurs, que ce soit une étude d'anthropologie que j'aie l'intention de vous soumettre; vous seriez certainement déçus dans votre attente. Je me bornerai tout simplement à une revision des différentes particularités que l'examen somatique extérieur peut nous révéler, et à une exposition des données principales, indispensables, élémentaires et surtout très pratiques que vous pourrez utiliser à l'occasion autant en clinique qu'en médecine légale.
De tous les modes d'investigation qui composent l'examen général de l'aliéné, celui-là est sans contredit le plus facile; cependant il ne laisse pas parfois d'être assez peu praticable,
(1) Morselli, Semejotica délie malattie mentali.
à cause de l'agitation de certains malades, ou de la défiance, ou de l'orgueil de certains autres, qui ne voient là qu'une enquête nouvelle à leur préjudice ou qu'une atteinte à leur haute personnalité.
Cet examen morphologique de l'aliéné — qui ne comporte pas l'examen des fonctions des organes — pourrait se diviser en deux parties :
1° Les caractères descriptifs ;
2° L'examen anthropométrique.
L'exposition successive des résultats divers fournis par ces deux examens nous entraînerait à des répétitions; aussi me semble-t-il préférable de les faire à la fois pour chaque partie du corps prise successivement. C'est, d'ailleurs, le plan suivi d'habitude dans ses observations par mon excellent maître, M. Bourneville, observations dont vous trouverez de nombreux et intéressants exemples pour la question qui nous occupe dans la collection de ses recherches cliniques sur l'épilepsie, l'hystérie et l'idiotie (1).
D'un autre côté, je me reporterai le plus souvent dans cet exposé, en ce qui concerne la terminologie, les procédés anthropométriques, aux indications de Broca (2), les plus claires et les plus généralement admises.
I. TETE. — Nous commencerons notre étude par l'examen de la tête, celui qui a toujours été mis en première ligne. Sans doute, nous ne croyons plus aujourd'hui à la correspondance exacte entre telles irrégularités de l'extrémité céphalique et le développement ou l'atrophie de
(1) Bourneville, Recherches sur Vépilepsie, Vhystérie et l'idiotie, 1880 hs90.
(2) P. Broca, Instructions générales pour les recherches anthropologiques à faire sur le vivant, 1879.
CRANE : [N8PECTI0M. 68*7
certaines facultés. Mais, sans aller jusque-là, il y a certaines modifications dans la morphologie de la tête qui se représentent assez fréquemment chez les malades de nos services pour mériter l'attention et faire l'objet d'une mention spéciale.
L'examen de la tête se divise en deux parties, celui du crâne proprement dit et celui de la face.
A. Crâne. — Le crâne, tel que nous avons à l'étudier, est cette région de l'extrémité céphalique qui commence en avant au-dessus des sourcils et s'étend en arrière jusqu'à la nuque. Nous n'avons à nous occuper dans cet examen clinique que de la voûte du crâne, la base étant inaccessible à nos investigations. D'ailleurs, je saisis cette occasion pour vous répéter que je n'envisage ici que l'examen sur le vivant : plus tard, lorsque nous nous occuperons de l'idiotie, nous verrons à étudier ensemble le squelette au point de vue morphologique, ainsi que les anomalies plus profondes des différents systèmes organiques (muscles, viscères, etc.). De ce que je viens de dire précédemment sur les limites du crâne, il résulte ce petit fait, trop souvent négligé et qui a son importance : c'est que pour l'aliéniste, comme pour l'anthropologiste, le front fait partie du crâne et n'a rien à voir avec la face.
L'examen du crâne comporte trois procédés '.l'inspection, la palpation (caractères descriptifs), la mensuration (craniométrie).
1° Inspection du crâne. — L'inspection qui nous renseignera déjà sur la forme et le volume du crâne comporte l'examen sur quatre faces et doit se faire par en haut, de profil, en avant et en arrière. Par en haut, c'est la méthode
088 EXAMEN MOHPHOLOGIQUE.
de la norma verticalis ou superior de Blumenbach, qui, permettant devoir les régions frontales, pariétales, une partie des régions temporales et occipitales, sert à découvrir déjà certaines particularités de conformation, telles que la plagiocéphalie, la brachycéphalie, la dolichocéphalie, etc.
La vue de profil, ou suivant la norma lateralis de Camper, montrera le développement proportionnel de la face et du crâne, la forme du front, saillant ou fuyant, l'acrocéphalie, la dolichocéphalie, le degré de proéminence de l'occipital, etc.
La vue de face, suivant la norma anterior, facialis ou frontalis (Prichard), montre la hauteur et la largeur du front, la dépression latérale de la région fronto-pariétale, l'asymétrie frontale, etc.
L'inspection suivant la face postérieure, norma posterior (Laurillard) ou occipitale peut donner des indications sur la hauteur des bosses occipitales, la largeur bimastoïdienne, l'implantation des pavillons auriculaires.
2° Palpation du crâne. — La palpation des diverses parties du crâne pourra confirmer les résultats donnés par l'inspection et, en outre, permettra de se rendre compte de la nature de certaines saillies, en les faisant rattacher aux parties molles ou aux parties osseuses. — Elle nous permettra d'apprécier la forme générale du crâne, sa grosseur, les dépressions crâniennes, le volume des bosses frontales, pariétales, occipitales ; leur situation symétrique ou non (pJagiocéphalie), l'état des sutures crâniennes (scaphocéphalie, trigonocéphalie, os wormiens, hydrocéphalie, encéphalocèle), l'existence de traumatismes antérieurs.
3° Mensuration du crâne. — Si l'inspection et la palpation du crâne ont déjà pu nous donner des renseignements
CRANIOMÉTRIE. G80
sur La forme, le volume du crâne, il importe de les compléter à l'aide de la mensuration. Aussi, sans entrer dans des détails fastidieux, d'ailleurs peu utiles pour l'aliéniste, qui poursuit un tout autre but que l'anthropologiste et n'a pas besoin de mesures aussi minutieuses, permettez-moi de vous donner quelques indications simples et pratiques à propos des mesures craniométriques qu'il est nécessaire de connaître.
Les instruments indispensables sont : 1° le compas dêpaisseur de Broca, analogue au pelvimètre, et qui sert à prendre les diamètres maxima du crâne ; 2° le mètre à ruban, divisé en centimètres et millimètres, et qui sert à l'évaluation des différentes courbes crâniennes ; 3°Véquerre flexible auriculaire, formée de deux lames d'acier en forme de T.
Cette instrumentation est, comme vous le voyez, réduite à sa plus grande simplicité; mais je ne saurais trop vous recommander de bien vous assurer de l'exactitude et de la concordance de la graduation de vos instruments.
Les points de repère qu'il vous faut connaître sont les suivants (fig. 3) :
Sur la ligne médiane :
a. La glabelle, renflement situé au-dessus de la racine du nez, remplacé quelquefois par un méplat, exceptionnellement par une dépression légère;
b. Uophryon (typûç, sourcil), au milieu de la ligne transverse sus-orbitaire ou diamètre frontal inférieur, ligne qui correspond sensiblement chez le vivant à l'arc des sourcils;
c. Le vertex; ce n'est pas un point anatomique, mais l'endroit le plus élevé du crâne au-dessus du plan horizontal ;
d.Uinion[h(ov, nuque) ou protubérance occipitale externe;
e. Le point occipital maximum ou le plus reculé ;
Fig. 3. — Point de repère pour les mensurations Or&nlo-f&Ci&leS.
G, glabelle; O, opbryon ; V, verlcx : I, ininn ; 0 M, point occipital maximum;
SA, point sus-auriculaire ; BP, bosse pariétale ; M, point moutonnier ; S N, point sous-nasal ; Z, point zygomatique ; A, point auriculaire.
/. Le bregma céphalométrique, dont on détermine la position à l'aide de l'équerre flexible auriculaire. Un tourillon
I RANtOMÉTRIË. 691
fixé à la jonction des deux branches est introduit dans le Conduit auditif d'un côté; la branche verticale est fléchie sur la tête et amenée à l'autre oreille. Son point d'intersection avec la ligne médiane antéro-postérieure estlebregma céphalométrique, très peu différent du bregma proprement dit.
Sur les parties latérales :
a. Le point sus-auriculaire , situé au devant et un peu au-dessous de l'insertion supérieure de l'oreille, au niveau de la saillie formée par la racine transverse de l'arcade zygomatique;
b. Le point le plus saillant des pariétaux ;
c. U apophyse orbitaire externe.
Les mesures crâniennes utiles à l'aliéniste sont peu nombreuses.
Voici l'énumération de ces mesures avec la façon de les prendre, ainsi que leurs dimensions moyennes ; comme il n'existe, à ce propos, aucun document d'ensemble dans les travaux des aliénistes français, j'emprunte les données suivantes au travail de la commission anthropologique nommée au troisième congrès phréniatrique italien (Reggio Emilia, 1880) et composée de MM. Morselli, Tamburini, Verga, Virgilio, Amadei. 11 va sans dire que tous les chiffres que je vous indiquerai ne constituent que des moyennes variables suivant les races, comme d'ailleurs la plupartdes caractères anthropologiques, ce qui rend fort difficile l'appréciation exacte de leur valeur chez les aliénés.
1° La courbe antéro-postérieure ou médiane, ou longitudinale^ ou fronto-iniaque. Elle se prend avec le mètre à ruban, en fixant le zéro à la racine du nez, au-dessous de la glabelle et en faisant passer l'instrument sur le milieu du front, sur le vertex, l'occipital, jusqu'à Tinion.
En général, la longueur de cette courbe, sur le vivant, oscille respectivement dans les deux sexes autour de 335 (H) et 310 millimètres (F).
2° La courbe transverse ou sus-auriculaire, qui va d'un point sus-auriculaire à l'autre, en passant par le bregma. Cette courbe, chez le vivant, oscille autour de 340 (H) et 325 (F) millimètres.
3° La circonférence horizontale ou maximum.
Elle se prend avec le mètre à ruban, en plaçant le zéro à l'ophryon, contournant le crâne en passant au-dessus de l'insertion supérieure de l'oreille, puis par le point le plus saillant de l'occipital pour revenir à l'ophryon en restant de l'autre côté du crâne toujours sur un même plan. — Cette circonférence oscille, chez le vivant, autour de 560 (H) et 520 (F) millimètres.
On y distingue :
a. La demi-courbe antérieure donnée par la mesure du segment rejoignant les deux points situés au-dessus de l'insertion supérieure des oreilles en passant par l'ophryon ;
Z>. La demi-courbe postérieure donnée par la mesure du segment joignant les deux mômes points et passant par le point maximum de l'occipital ;
c. La demi-courbe latérale droite allant de l'ophryon au point occipital maximum en passant au-dessus de l'insertion supérieure de l'oreille droite ;
d. La demi-courbe latérale gauche prise d'une façon identique du côté gauche.
Ces différentes courbes peuvent être dessinées à l'aide de lamelles de plomb, larges de 1 centimètre, épaisses de 2 millimètres (procédé de Marcé). Ces lamelles étant bien appliquées suivant le trajet de la courbe cherchée, les points de repère y sont marqués avec l'ongle. A leur niveau, on
CRANI0MÉTR1E. 693
applique les deux branches du compas, dont on maintient l'ouverture en serrant la vis. On enlève le tout et, la lamelle de plomb étant appliquée sur le papier, on replace les deux pointes du compas aux points de repère marqués; on n'a plus qu'à suivre avec une pointe fine le contour de la lamelle pour reproduire la courbe cherchée. Quelque approximatif que soit ce procédé, c'est encore le plus simple et le plus commode, les autres plus précis (Mies [1], Benedickt [2] ) nécessitant des calculs compliqués et une instrumentation coûteuse.
4° Diamètre antéro-postérieur maximum ou diamètre longitudinal. Il se prend au moyen du compas d'épaisseur.
On applique avec une main, en se plaçant du côté du malade, une branche de l'instrument sur le point le plus saillant de la glabelle; avec l'autre main, on fait mouvoir l'autre branche du compas sur la partie postérieure de la tête, en restant toujours dans le plan médian antéro-postérieur.
L'écartement maximum des deux branches donne la mesure cherchée, et la branche postérieure du compas indique alors le point le plus saillant de l'occipital, qui n'est jamais Union, lequel est toujours plus bas et moins proéminent.
Ce diamètre oscille autour de 190 (H) et de 170 (F) millimètres; c'est, d'ailleurs, une mesure extrêmement variable suivant les races.
5° Le diamètre transverse maximum, qui se prend également avec le compas. On fait mouvoir les deux branches du compas sur les parties latérales du crâne ; on recherche les points les plus saillants, le plus souvent les bosses pa-
(1) Mies, Eine neue Méthode den Schadrl darzustellcn, 1889.
(2) Benedickt, Kraniometric un d Kephahme trie, Wien, 1889, traduction française de Kéraval.
riétales, en ayant soin que la ligne qui unit les deux pointes reste toujours dans un plan transversal et rigoureusement horizontal. L'écartement maximum est le diamètre cherché.
Le diamètre transversal maximum oscille autour de 1 60 (H) et 140 (F) millimètres. Il va sans dire que tous ces chiffres sont des chiffres moyens et que, pour les prendre aussi exacts que possible, il faut avoir soin, surtout chez les femmes, et c'est notre cas, de déplacer les cheveux et de mettre les instruments le plus possible en contact avec la peau.
La connaissance de ces deux diamètres nous mène à la détermination de Y indice céphalique. Vous pourrez le calculer au moyen de la formule suivante, établie par Broca :
DT w x 100 ,
DAPlW ~~ ' "
Comme vous le voyez par cette formule, pour obtenir Tindice céphalique, il suffira de multiplier par 100 le diamètre transversal maximum et de diviser ce produit par le diamètre antéro-postérieur maximum.
Quant aux divisions de types crâniens fournies par l'indice céphalique et leur dénomination, je ne puis vous les exposer toutes, car elles sont extrêmement nombreuses; je vous donnerai seulement celle de Broca et celle plus récente deTopinard.
Division de Broca.
,. . , , . ( doliclio vrais.... ù 75.00 et au-dessous.
Dolichocéphales. ] .... . . ..
f souS'dolicho de />.01 a //./-.
Mésaticéphales le 77.78 à 80.00.
, , , , ( sous-I)i«k1iv. . . . . .Il' 80.01 à 83.33.
Bracnycephales. . . . ,.,.,, ■
( bracliy vrais de bà.M et au-dessus.
CBANIOMÉTBIR, 095
Dit ision de Topinard 1.
à 64 et au-dessous ultra-dolicho.
Dolichocéphales. <J de 65 <î 69 dolicho.
de "O à 74 sous-doliclio.
\ de 7N à 76 sous-mésati.
Mésaticéphales . . - 77 médiane.
( de 78 à 79 sus-rnésati.
f de 80 à 84 sous-brachy.
Brachycéphalei. . j do 83 ù 89 sus-braehy.
( à 90 et plus ultra-bracby.
On peut encore ajouter aux mesures précédentes : (j° La hauteur du front , de l'ophryon à la racine des cheveux (compas glissière);
7° Le diamètre frontal minimum, qui se prend en plaçant les deux extrémités du compas d'épaisseur immédiatement au-dessus des apophyses orbitaires externes, en dehors de la crête frontale.
Quelles sont les indications que nous pouvons déduire de ces différentes mensurations?
Les diamètres antéro-postérieur maximum et transverse maximum nous ont renseignés respectivement sur la longueur et la largeur de la tête.
L'indice céphaliqne qui en résulte est, pour l'anthropologiste, le meilleur critérium du type crânien. Mais, au point de vue de la psychiatrie, il n'acquiert de la valeur que lorsqu'il dépasse de beaucoup les limites ordinaires, ultra-dolichocéphalie et idtra-brachycéphalie .
La courbe antéro-postérieure ne sert pas seulement à dénoter le type dolichocéphale ou brachycéphale, mais elle met aussi en relief la saillie de la voûte du crâne, due sou-
(1) ïopinard, Anthropologi aie,
vent à des processus hydrocéphaliques, la saillie de l'occipital et de la suture sagittale (scaphocéphalie), etc.
La courbe transverse, outre le type crânien, peut dénoter un développement exagéré des régions temporales (hydrocéphalie), une proéminence de la voûte du crâne (acrocéphalie).
La circonférence horizontale maxima indique d'une façon sommaire le plus ou moins de développement de la tête.
Pour avoir une idée plus exacte du volume de la tête, de la capacité crânienne sur le vivant, on additionne ensemble ces trois courbes ; leur somme donne un chiffre moyen de 1150 h J 250. Mais il faut bien retenir que ces chiffres représentent des longueurs en millimètres et non des volumes. Ce n'est qu'un moyen tout à fait approximatif de savoir si une tête est grosse ou petite, mais cela ne nous renseigne pas le moins du monde sur la capacité interne du crâne.
Les deux demi-courbes, antérieure et postérieure, indiquent le développement relatif des moitiés antérieure et postérieure du crâne. Sans affirmer qu'il y a un rapport constant, ce qui serait une exagération, entre le développement de ces deux parties du crâne et les lobes correspondants du cerveau, il est bon de rappeler cependant que, dans les races inférieures et chez les êtres dégradés, les idiots, par exemple, le développement de la portion occipitale du crâne est supérieure à celui de la portion frontale. A l'appui de ce même fait, je vous citerai, sans y insister, les recherches de Broca sur les crânes des infirmiers et des internes de l'hospice de Bicêtre, recherches qui l'ont amené à constater chez ces derniers, évidemment plus cultivés au point de vue intellectuel, un développement plus grand de la moitié antérieure du crâne.
Les demi-courbes latérales dénotent l'asymétrie des deux
DÉFORMATIONS CRANIENNES. 097
moitiés du crâne. Il est rare de trouver un crâne qui ne présente pas un certain degré d'asymétrie ; ce qui s'explique aisément lorsqu'on réfléchit qu'en dehors de tout trouble pathologique, il suffit, pour la produire, d'un décubitus postéro-latéral prolongé chez l'enfant. Cette asymétrie chez nos malades est fréquente (1) et souvent très accentuée; c'est alors qu'elle prend de la valeur en constituant une véritable déformation, la plagiocéphalie.
La hauteur du front et le diamètre frontal minimum ont pour but de renseigner sur le développement de la région frontale. Mais ce sont des mensurations bien sujettes à caution, surtout la première, parce qu'elle varie beaucoup avec la ligne d'insertion des cheveux.
Je n'insisterai pas maintenant sur les causes diverses des malformations crâniennes, que nous étudierons en détail avec l'idiotie. Elles sont très variables, d'ailleurs, et tiennent en résumé, les unes à un développement anormal de l'encéphale (arrêt de développement, hydrocéphalie), les autres à un vice de développement congénital des parties osseuses (ossification prématurée des sutures, acrocéphalie, scaphocéphalie, etc.), ou à des lésions osseuses (syphilis), à de simples troubles de la circulation sous l'influence d'une attitude vicieuse comme le torticolis (Broca), à une cause mécanique (décubitus, manœuvres artificielles).
Je me bornerai, dans cette conférence, à vous citer quelques-unes des déformations crâniennes les plus fréquentes au point de vue clinique.
A. Anomalies du volume du crâne. — i° Microcéphalie
(•j.'.y.pcc, petit), crâne petit, fuyant en arrière, face saillante et développée.
(1) Bourneville et Sollier, Progrès médical, 1888.
2° Macrocéphalie (^axpo;, grand), crâne grand ou képhalonie (Virchow).
3° Hydrocéphalie, crâne volumineux, en forme de boule, resserré à la base, face petite.
B. Déformations pathologiques. — 1° PlagiocépJtalie (zAavfoç, oblique), déformation la plus fréquente; crâne oblique, ovalaire, fortement asymétrique, dans lequel la partie antérieure d'un côté et la partie postérieure de l'autre sont plus développées, si bien que le diamètre antéropostérieur maximum du crâne n'est plus longitudinal, mais oblique.
2° Scaphocéphalie (cxiços, bateau), crâne en forme de toit ou de carène d'un bateau, allongé dans le sens antéropostérieur, saillie de la suture sagittale.
3° Acrocéphalie («xpov, sommet), désigne d'une façon générale les crânes à voûte élevée et plus spécialement les crânes longs, élevés dans la région pariétale, avec le front incliné en arrière.
4° Trigonocéphalie (xpi-ycovov, triangle), crâne à contour triangulaire, région frontale en forme de coin, élargissement des bosses pariétales. Saillie de la suture médio-frontalc (métopisme).
5° Je pourrais encore vous citer Yoxycéphalie, crâne court, élevé dans la région bregmatique, front perpendiculaire ou incliné en avant; la sV'mocéphalie, crâne allongé, en forme de coin dans la région bregmatique; Yipsicêphalie, crâne à vertex élevé dans son ensemble, avec disposition subscaphoïde; la stènocrotaphie (de Virchow), consistant dans l'étroitesse de la région frontale temporale, avec grand développement des arcadeszygomatiques, forme losangique du vertex ; la platicèphalie, avec vertex déprimé à plat ; la
PÉÎORMÀÎIONS CRANIENNES. (iOO
cliiiocéphalic, crâne en forme de selle par dépceswop de la région bregmatique, etc.
6° Enfin, je ferai une mention spéciale pour la naticéphalie, déformation du crâne due h la syphilis héréditaire (Parrot [I]) et donnant au crâne l'aspect de ces organes que les Latins désignaient du nom de notes.
G. Déformations accidentelles. — Elles peuvent être accidentelles et dues à une attitude vicieuse de l'enfant dans les premières année5, ou volontaires par suite de pratiques en usage dans certaines contrées (déformations ethniques). Ces dernières, déjà étudiées par Gosse, ont été observées dans certaines régions de la France, telles que la Seine-Inférieure (Parchappe, Foville), les Deux-Sèvres (Lunier), Toulouse (Broca), etc.
Ces déformations artificielles peuvent-elles avoir une action sur le cerveau et ses fonctions?
Si les manipulations de certaines matrones sur les têtes des nouveau-nés sont incapables de produire une déformation durable, il n'en est pas de même lorsque les compressions sont suffisamment prolongées sur le même point. Dans ces cas, il se produit souvent des accidents mortels par compression du cerveau. Broca a noté des adhérences circonscrites des méninges au crâne dans deux autopsies de déformation toulousaine ; dans d'autres cas, il a trouvé des plaques d'ostéite. Des accidents sérieux, tels que l'hydrocéphalie, la méningite, peuvent, chez l'enfant, être la conséquence de ces manœuvres. Mais il arrive aussi que l'encéphale s'adapte à la forme excentrique donnée à la boîte crânienne. Quelles seront plus tard les fonctions de cet encéphale? La question n'est pas absolument résolue ; seule-
(1) l'arrot, la Syphilis héréditaire*
ment il résulte des statistiques d'aliénés, publiées par Foville et Lunier, que ces compressions mécaniques du crâne ne sont pas inoffensives; car elles tendent à amoindrir la capacité cérébrale, à troubler le libre développement des circonvolutions dans leur lieu d'élection et ne peuvent que favoriser l'éclosion de maladies cérébrales (l'épilepsie, par exemple) chez des personnes prédisposées.
B. Face. — Au point de vue anatomique, la face est la partie comprise entre l'ophryon et le menton dans un sens, et dans l'autre entre les deux arcades zygomatiques.
Gomme celui du crâne, l'examen de la face comporte trois procédés : l'inspection et la palpation (caractères descriptifs) et la mensuration (prosopométrie).
1° Inspection de la face. — Elle se fait suivant deux plans : la norma anterior et la norma lateralis. La première nous montre tout d'abord l'expression générale de la physionomie en rapport avec l'état ou l'altération des facultés. Nous aurons l'occasion, à propos de chaque forme en particulier, d'étudier en détail les différents masques de l'aliénation. On peut, par ce même procédé, se rendre compte du volume de la face qui, d'une façon générale, varie en raison inverse de celui du crâne. Très développée chez les microcéphales, la face est petite chez les hydrocéphales, comme ratatinée chez les crétins. — De même, on jugera ainsi de la forme du visage, ronde, ovoïde, large et basse ou étroite et allongée, de la forme des yeux, du nez, delà bouche, du développement des arcades zygomatiques, de la largeur de la mandibule, de la régularité ou de l'asymétrie de la face. L'asymétrie faciale est fréquente, en effet, et parfois très accentuée chez nos malades.