ORGANES GÉNITAUX
tive, le peu de longueur de la dernière phalange, la brièveté du pouce de la main par rapport aux autres doigts, son peu d'opposabilité, la ligne palmaire unique, la forme large et aplatie du pied, la saillie du talon, la direction exagérée du pouce vers le bord interne du pied, les déformations des doigts liées à l'arthritisme, etc.
Organes génitaux. — Dans l'examen morphologique du tronc, les organes génitaux méritent une attention toute particulière, eu égard à la fréquence et à la variété des déformations dont ils sont le siège chez les aliénés et les idiots (Bourneville et Sollier [1]).
Chez les individus du sexe masculin, il faudra rechercher le développement du pénis qui peut être petit, atrophié ou très développé, même à l'état de flaccidité, sa direction (torsion delà verge), les rapports de la verge et du scrotum (verge palmée), le volume et la forme du gland, gland aflilé des pédérastes, verge en battant de cloche des masturbateurs (Bourneville et Sollier); les vices de conformation du prépuce, tels que la brièveté du pénis et le phimosis fréquent et parfois très prononcé.
Les testicules sont souvent atrophiés ; on peut trouver aussi fréquemment des ectopies testiculaires (monorchidie ou cryptorchidie), l'inversion du testicule, des hydrocèles congénitales, des varicocèles.
L'ouverture du méat peut être anormale ; il faut examiner s'il y a de l'épispadias ou deThypospadias et à quel degré. S'il y a de l'hermaphroditisme, il sera bon de le décrire et d'en indiquer la nature. Enfin, on devra noter également la présence ou l'absence de poils au pubis, leur disposition, et, autant que possible, l'époque de leur apparition.
(1) Bourneville et Sollier, Progi ■ médical, 1888.
Chez les individus du sexe féminin, vous pourrez rencontrer des anomalies congénitales des organes génitaux externes : atrésie congénitale de la vulve, absence et imperforation du vagin, rétrécissement et cloisonnement du vagin (Gilson [1]), ouverture du vagin dans un lieu anormal, direction presque horizontale. Il faudra examiner aussi la forme des grandes et des petites lèvres, parfois tombantes et formant ce qu'on appelle le tablier, du clitoris, de l'hymen ainsi que leur développement relativement aux autres parties et à l'âge du sujet, la situation et la forme du méat, l'effacement de la fosse naviculaire. Ces déformations ont une importance spéciale, car leur constatation peut être l'indice d'habitudes vicieuses si fréquentes chez nos malades.
Cet examen des organes génitaux de la femme est des plus délicats à pratiquer. Ces constatations, faites la plupart du temps en dehors du consentement des malades, peuvent être l'origine d'accès d'agitation, d'interprétations délirantes, d'accusations fausses. Aussi, je vous conseillerai de ne le faire que dans les cas où il vous paraîtra indispensable, et alors même de le pratiquer avec la plus grande discrétion, avec toutes les précautions possibles, et toujours en présence de témoins.
De l'examen des organes génitaux, je rapprocherai celui de l'anus qui peut être le siège de difformités congénitales (ouverture dans un endroit anormal) ou de déformations acquises (aspect infundibuliforme, effacement des plis radiés) pouvant révéler des habitudes de pédérastie, si répandues chez les malades qui nous sont confiés.
Enfin, il sera utile aussi d'examiner les mamelles, et en
(1) Gilson, Encéphale, 1881.
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dehors des tumeurs qui peuvent servir à alimenter un délire, de noter leur forme et leur position (forme en poire, insertion à la base du thorax), les caractères du mamelon (petit, rétracté, parfois sans conduits excréteurs), leur développement (développement rudimentaire, polymastie chez la femmeTgynécomast.ie chez l'homme).
Ces premières données sur les caractères sexuels secondaires se trouveront complétées par l'examen même des diverses parties du corps (développement des hanches, du bassin, des fesses, de l'abdomen, formes des membres, délicatesse des attaches, développement du système musculaire, abondance et disposition des poils, etc.)
Peau et appendices cutanés. — L'examen morphologique du corps devra se terminer par l'étude de la peau. Outre sa couleur variable suivant la nature de la maladie (manie, mélancolie, stupeur), et sur laquelle nous reviendrons plus tard, il sera bon de rechercher dans cet examen soinatique la présence de taches pigmentaires (naevi, vitiligo), d'éruptions diverses ou les traces d'éruptions anciennes, notamment la syphilis ; les cicatrices de tatouages dont l'importance chez certains sujets, tels que les fous moraux, a été mise récemment en lumière (Lacassagne, Marro, Lombroso); les cicatrices accidentelles par suite de chutes, de contusions, de brûlures, parfois caractéristiques comme dans l'épilepsie; les cicatrices du cou, du pli du coude, des organes génitaux révélant des tentatives de mutilations ou de suicide, qui sont loin d'être rares, en particulier chez les mélancoliques; l'état des ganglions et les cicatrices ganglionnaires (scrofule, syphilis); la flaccidité de la peau, l'état du tissu cellulaire sous-cutané (dermatolysis, myxœdème, polysarcie, stéatopygie, œdème de causes variées), 1rs ride- parfois
précoces signalées dans la folie morale (Ottolenghi [11) et la sénilité précoce (Charpentier).
Du côté du système pileux, il est bon de noter son abondance et sa distribution, comme, par exemple, l'absence de poils au pubis ou à l'aisselle à l'âge adulte ; la rareté de la barbe chez l'homme, et son développement chez la femme; la forme des cheveux, plats, ondes, frisés; leur abondance et leur couleur surtout par rapport à l'âge du malade (albinisme, canitie et calvitie précoces) ; la forme de la calvitie (syphilitique, arthritique ou due à des maladies locales du cuir chevelu) ; l'implantation des cheveux, leur empiétement et leur insertion triangulaire ou circulaire sur le front; la déviation du tourbillon le plus souvent à droite, la présence du double tourbillon, trace d'une anomalie du développement de l'extrémité supérieure du canal vertébral (Féré [2|); enfin la longueur démesurée des cheveux chez les hommes et la mutilation de la chevelure chez les femmes en rapport avec le délire (hypocondrie, mysticisme, mélancolie).
Du côté des ongles, sans parler des déformations accidentelles et professionnelles, on a vu des anomalies de développement coïncidant avec celles des doigts de la main (absence, atrophie, anomalies de nombre) ; on pourra noter aussi leur hypertrophie (vieillards), leur usure (ongles rongés et macérés des idiots), les lésions trophiques dont ils peuvent être atteints (arthritisme, syphilis).
Parmi les données somatiques que nous venons d'examiner en détail, il en est qui, par leur ensemble, consti-
(1) Ottolenghi, Archivio di psychiatrie, 1889.
(2) Féré, Revue d'anthropologie, issj, p. 483.
tuctit ce qu'un appelle quelquefois les caractères morpholog iques généraux .
On a l'habitude de considérer sous ce nom la taille, le poids, l'âge, la constitution, les caractères sexuels, i'eurythmie morphologique générale.
Les variations de la taille n'ont d'importance que si elles s'éloignent beaucoup de la moyenne. La détermination du poids, variable suivant l'âge, le sexe, la race, le développement osseux ou musculaire, l;hygiène, l'alimentation, etc. , est surtout utile pour le pronostic.
Vous pouvez de même, à l'aide des constatations précédentes, déterminer si, d'une façon générale, votre malade présente un développement normal, une constitution faible ou robuste ; s'il est rhumatisant, rachitique, scrofuleux,etc, et si certains des caractères morphologiques sont bien en rapport avec son âge (infantilisme ou sénilité précoce).
Vous établirez de même les rapports qui existent entre les caractères morphologiques et le sexe, c'est-à-dire les caractères sexuels primordiaux (hermaphrodisme proprement dit), ou secondaires (hermaphrodisme antique [P. Ri cher], infantilisme, féminisme, masculisme).
Souvenez-vous enfin que les aliénés sont loin d'être des modèles de plastique ; vous n'en serez pas étonnés après l'exposé que je viens de vous faire des variations morphologiques qu'ils peuvent présenter et qui ne sont pas sans altérer l'eurythmie générale, les proportions harmonieuses des formes corporelles.
En résumé, vous voyez, Messieurs, que l'examen morphologique de nos malades peut encore nous donner bon nombre de renseignements peut-être secondaires, mais cependant parfois utiles, et qu'il ne doit pas être négligé. D'une
façon générale, ainsi que le fait remarquer le professeur Morselli, les notions qu'on en retire doivent être groupées en plusieurs catégories qui n'ont ni la même importance, ni la môme signification, bien que les aliénistes aient une tendance fâcheuse à les englober toutes indistinctement sous le qualificatif générique de stigmates physiques de dégénérescence.
A. Une première classe — élimination préalablement faite des caractères anthropologiques se rapportant à la race même de l'individu — comprendra les caractères simplement pathologiques traduisant une altération morbide de l'organisme. Nous rangerons ici : 1° les anomales de développement (asymétries diverses, plagiocéphalie) ; 2° les stigmates d'une maladie constitutionnelle (rachitisme, syphilis congénitale) ; 3° les caractères pathologiques de cause occasionnelle (traumatismes, hygiène défectueuse de l'enfance, déformations artificielles).
/>. Une seconde classe comprendra toutes ces anomalies qui mériteraient, plus justement que celles de la première classe, le nom de stigmates physiques de dégénérescence, c'est-à-dire traduisant chez l'individu une déviation de son type anthropologique. Elles peuvent être distinguées en trois groupes :
1° Les caractères de dégénérescence proprement dite amenant les déviations du type anthropologique normal par exagération ou par transformation dans le même sens des caractères héréditaires des parents ;
2° Les anomalies amenant une déviation du type normal qui place l'individu dans un état d'infériorité relative. Elles dénotent un arrêt de développement à la période fœtale ou infantile (bec de lièvre, cryptorchidie, monorchidie, permanence des dents de lait) ;
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3° Enfin les anomalies morphologiques dites réversives,
qui semblent placer l'individu dans un état d'infériorité absolue en amenant une déviation du type anthropologique normal pour le rapprocher de celui des races ou des espèces inférieures [I] (scaphocéphalie, prognathisme, oreilles en anse, longueur exagérée des bras, etc.). Ce sont les caractères dits ataviques.
Telles sont les principales variétés de vices de conformation constituant ce qu'on appelle aujourd'hui les stigmates 'physiques de dégénérescence. Quant aux caractères pathologiques, si, par eux-mêmes, ils ne sont pas des stigmates de dégénérescence anthropologique, cependant, en s'installant d'une façon définitive, ils constitueraient, suivant l'opinion de Arndt (2), autant de troubles de développement et deviendraient ainsi des signes d'infériorité individuelle.
Néanmoins, à mon sens, il importe de distinguer toutes ces tares, car elles n'ont pas la même valeur. Ce n'est qu'en étudiant leur nature et leur cause qu'on peut être éclairé sur leur véritable signification. Avant de conclure h la nature dégénérative de tel ou tel phénomène, il est indispensable de s'éclairer sur les causes de sa production qui peuvent le réduire à un simple fait morbide. L'étude de l'embryologie, de la pathologie, de l'hygiène même, pourra seule nous fournir des renseignements préliminaires sérieux, constatations premières et absolument nécessaires avant de conclure à la dégénérescence, mot vague, d'une élasticité singulière, ne faisant guère que cacher notre ignorance de bien des faits, hypothèse d'une utilité
(1) Hovelacque et Hervé, Précis d'anthropologie, 1887.
(2) Arndt, Traité de psychiatrie.
d'autant plus contestable qu'elle est devenue aujourd'hui plus mal définie et plus que jamais sujette à une foule d'interprétations différentes. C'est là justement une raison qui doit vous faire comprendre l'utilité chez nos malades d'un examen morphologique sérieux.
Au lieu de noter à la légère tel ou tel fait qui frappe à première vue, il faut pratiquer un examen d'ensemble qui seul peut avoir une portée, et d'autant plus grande que les détails en seront soigneusement décrits sous leur aspect actuel et analysés sous le rapport de leur origine et de leur nature.
De plus, en pratique, et lorsqu'il s'agit de mettre des anomalies morphologiques en rapport avec l'aliénation mentale, à titre de stigmates physiques, ne doit-on compter que les cas prononcés, et de façon qu'il ne puisse y avoir d'erreur d'appréciation possible ni sur leur existence, ni sur leurs caractères, en tenant compte aussi de la race, du milieu ethnique de l'individu. D'autre part, comme ces stigmates peuvent se rencontrer souvent chez des individus normaux, ce n'est que leur accumulation qui peut avoir de l'importance au point de vue de la détermination d'un état d'infériorité individuelle, en rapport avec l'aliénation mentale, et c'est ainsi que nous les voyons croître en intensité et en nombre, des normaux aux aliénés, aux épileptiques et aux idiots.