VINGT-TROISIÈME LEÇON
Délires séniles et psychoses tardives !.
Sommaire. — Episodes délirants mélancoliques dans la démence sénile. Mélancolie tardive : exemple clinique, délire de négation mélancolique. Idées de persécution séniles : exemple clinique.
Forme tardive du délire (folie systématique) de persécution : exemple clinique.
Messieurs,
Nous avons étudié déjà l'état mental du vieillard et les altérations que présentent les facultés intellectuelles par suite des progrès de l'âge, aboutissant à la démence sénile. Nous avons vu que les troubles intellectuels pouvaient, comme l'a montré Maudsley, se ramener en dernière analyse à deux facteurs primordiaux, les lésions de la mémoire, les lésions de la perception. Nous avons noté aus^i les altérations du sentiment, les actes des vieillards, déments ou non, si importants à connaître au point de vue médicolégal ; tous ces phénomènes marchant de pair avec des symptômes physiques et réalisant ainsi le processus complet de l'involution sénile.
Je vous rappellerai aussi qu'eu plus de cette démence sénile simple, on peut trouver des idées délirantes de couleurs diverses et des états maniaques ou mélancoliques plus ou moins accentués, phénomènes surajoutés qui reposent sur
(1) Leçon du 20 septembre 1888, recueillie par M. A. Marie (Progrès médical, 27 octobre 1888).
le fonds primitif de démence et lui empruntent un caractère spécial.
Je vous ai dit encore qu'à côté de ces épisodes délirants, on peut rencontrer, chez le vieillard et indépendamment de la démence, de véritables psychoses qui souvent marquent le début de la désorganisation des facultés intellectuelles, laquelle ne s'établit plus ici d'une façon progressive, mais peut survenir très vite à la suite d'accidents vésaniques divers. C'est ainsi que nous avons vu ensemble un accès maniaque avec idées erotiques, survenant à un âge avancé chez un vieillard jusque-là normal, amener rapidement et laisser en s'effaçant la démence sénile ordinaire.
D'autres fois, on peut avoir affaire à des troubles de nature mélancolique et l'on peut voir certains déments séniles présenter, d'une façon épisodique et alternant quelquefois avecdel'excitation maniaque, de la dépression ou de l'anxiété mélancoliques avec des idées délirantes de teintes variées. — Nous reviendrons tout à l'heure sur les idées de persécution, qui forment une classe à part. — Celles que j'ai pu constater le plus souvent dans ces épisodes mélancoliques des vieillards sont des idées mystiques ou hypocondriaques. On voit ainsi des vieillards, déjà déments, tomber tout d'un coup dans une dévotion exagérée, s'accuser de fautes plus ou moins imaginaires, se croire coupables de crimes qu'ils n'ont jamais commis, redouter la damnation et fréquenter les églises et les confessionnaux. Dans d'autres cas, ce sont des conceptions hypocondriaques, préoccupations sur l'état des organes, crainte des maladies, de la mort, idées analogues à celles des paralytiques généraux. En même temps, on peut noter des hallucinations diverses, des troubles de la sensibilité dans ses différents modes.
D'ailleurs, toutes les conceptions délirantes empruntent