MÉLANCOLIE TARDIVE
au fonds de démence sur lequel elles reposent un caractère d'absurdité, d'incohérence manifeste. Elles sont, assez mobiles, se prcsententpnr épisodes et peuvcntalterner ou môme coexister avec des idées délirantes également absurdes, mais de couleur tout opposée.
En regard de ces faits, il en est d'autres dans lesquels ou rencontre, chez le vieillard, de véritables accès de mélancolie délirante en tout analogues à ceux qu'on peut observer chez l'adulte. Ces accès mélancoliques, qui surviennent chez des vieillards non déments, sont, en général, comme les accès maniaques apparus dans les mêmes conditions et dont je vous ai déjà parlé, le prélude de la ruine dos facultés intellectuelles à plus ou moins longue échéance. Mais, au début ou à leur période d'état, ils se présentent tout différemment des épisodes précédents, car la démence sur laquelle ces derniers reposent n'est pas encore installée, et les idées délirantes, les réactions plus actives donnent, au contraire, à la maladie l'aspect qu'elle eût pu revêtir chez un individu moins avancé en âge.
En voici un exemple :
Mme P..., âgée de soixante-seize ans, est en proie depuis plusieurs mois à un véritable accès de mélancolie anxieuse, marqué d'abord par un état continuel d'agitation anxieuse, de l'insomnie, du refus d'aliments, un état saburral des voies digestives. Puis sont apparues des conceptions délirantes, craintes imaginaires, idées hypocondriaques, d'empoisonnement, de persécution. Sa physionomie pâle, jaunâtre, fatiguée, exprime l'anxiété la plus vive. Elle est continuellement en mouvement, le sommeil fait complètement défaut. Elle ne cesse de se plaindre de sa santé, elle
éprouve partout des douleurs. « Son foie est très malade, ses mains sont changées, sa langue est disloquée et le bout va tomber, son palais va disparaître, elle ri a déjà plus de gosier. » Elle ne cesse de demander des médicaments et, en même temps, elle attribue toutes ses douleurs à ceux qu'on lui donne et croit prendre du poison dans tous ses aliments; en général, elle mange sans trop de difficulté, parfois elle refuse les aliments. Elle s'imagine que sa famille veut se débarrasser d'elle, elle n'est plus bonne à rien, tout lui manque, elle n'a plus de domicile, plus rien. « On va lui faire endurer toutes sortes de supplices, on va lui arracher le cœur, lui retourner le nez, lui couper la tête, lui arracher la langue par morceaux, la couper en deux, la faire bouillir dans une grande marmite, c'est pour cela qu'on a allumé le feu de la cuisine. Les médecins veulent se livrer sur elle à des expériences scientifiques. » Elle a des hallucinations de la vue, voit des personnages fantastiques et menaçants qui passent devant sa fenêtre, et des illusions de l'ouïe qui lui font prendre le bruit du vent pour la voix de ses bourreaux.
Elle reconnaît par instants qu'elle a tort de se créer des chimères, mais ne tarde pas à retomber dans ses préoccupations délirantes. Au point de vue du niveau des facultés, il faut noter que la mémoire paraît aujourd'hui assez infidèle, mais il est à remarquer que le délire est très actif. La malade répond bien à toutes les questions; sa famille et son médecin traitant nous ont assuré, d'autre part, qu'avant le début de l'accès mélancolique, on n'avait jamais remarqué aucun indice d'affaiblissement des facultés intellectuelles. Comme renseignements sur l'état antérieur, j'ai appris que déjà, il y a quatorze ans, à l'âge de soixante-deux ans, MmcP... a eu pendant quelques semaines des inquiétudes