MÉLANCOLIE TARDIVE
non motivées sur sa santé et des craintes imaginaires, mais moins accentuées qu'aujourd'hui et qui ont disparu rapidement sans laisser de traces.
Voilà donc une malade âgée qui se présente à nous avec tous les caractères de la rnélancolie anxieuse, telle que nous l'observons chez l'adulte. A l'inverse des cas dont je vous ai parlé tout à l'heure, ici les accidents mélancoliques se sont montrés d'une façon indépendante et tiennent le premier plan de la scène pathologique. Si, aujourd'hui, la mémoire paraît commencer à s'affaiblir, nous savons, par les renseignements et l'examen antérieur de la malade, que c'est là un fait secondaire à la psychoneurose. D'ailleurs, il faut être encore réservé à l'époque actuelle sur ces troubles de la mémoire, car les mélancoliques, même adultes, dont le délire est très actif, comme celui de cette malade, peuvent présenter souvent des lésions de cette faculté plus apparentes que réelles. Cependant, dans le cas qui nous occupe, je ne doute pas que la dissociation de la mémoire ne finisse pas par s'établir, si même elle n'existe pas déjà. Toutefois, si ce point paraissait obscur, l'accès antérieur survenu à l'âge de soixante-deux ans, disparaissant sans laisser de trace, suffirait à prouver la réalité de ce que j'avance, à savoir l'existence chez le vieillard, en dehors de la démence, de véritables vésanies. Dans le cas actuel, je signalerai la présence d'idées de négation qui rapproche cette observation de faits de mélancolie anxieuse décrits par M. Gotard et que nous avons déjà étudiés. Je croirais, d'ailleurs, assez volontiers, qu'en dehors des cas chroniques visés plus spécialement par M. Cotard et pouvant arriver à un âge avancé avec leurs idées de négation, ces mêmes idées ne sont pas rares chez le vieillard, qu'elles soient liées comme ici à un accès de
7i(> DÉLIHES SÉNILBS ET PSYCUOSES TARDIVES.
mélancolie anxieuse tardive, ou qu'elles soient simplement épisodiques et secondaires à l'affaiblissement sénile des facultés. Krafft-Ebing et Krœpelin ont signalé aussi des faits de ce genre.
Mais, Messieurs, les choses ne sont pas toujours aussi simples que vous pourriez le croire d'après ce dernier exemple, et il y a des cas où le diagnostic des troubles intellectuels que présente le vieillard peut devenir très délicat. C'est ce qui arrive lorsque prédomine chez lui Vidée de persécution.
Tous les aliénistes qui ont écrit sur le sujet n'ont pas manqué, et avec raison, de signaler la fréquence des idées de persécution chez les vieillards. Ces idées, liées à la démence sénile, lui empruntent des caractères particuliers. Les malades se plaignent qu'on leur fait des misères et surtout qu'on veut les voler. Égoïstes, avares et méfiants, ils cachent souvent les objets, l'argent qu'ils possèdent ; leur mémoire infidèle ne leur permet pas de retrouver leurs cachettes et ils accusent alors leur entourage, leur famille, de leur en vouloir, de les voler, de chercher à se débarrasser d'eux. Les moindres actes des personnes qui les veillent sont interprétés faussement. Prend-on soin d'eux, veille-t-on à leur toilette, ils vous accusent de les battre, de les maltraiter. Renouer leur cravate ou leur foulard est pour eux une tentative d'étranglement. Souvent ils ont aussi des idées d'empoisonnement. Des hallucinations, des troubles de la sensibilité générale ne font que développer et entretenir ers idées délirantes. Mais leurs accusations mal formulées, puériles, ont toujours un caractère d'absurdité qui est le résultat et la marque de la ruine des facultés intellectuelles. Par cela môme aussi, ces idées de persécution ne sont pas