MOYENS EMPLOYÉS
Mais, cependant, il est des malades, comme la dernière
qui se sentait tirée par t oreille, qui désignent le moyen de défense.
Un persécuté observé par M. Gotard est soumis à des « fumigations d'ammoniaque »qui, bien que répandant une odeur désagréable, réagissent sur lui, à l'entendre, d'une façon favorable.
Une de nos malades, persécutée, explique certains des troubles de la sensibilité générale qu'elle ressent par \\\\ « traitement électrique » que lui font suivre des « messieurs » qui la soignent de loin.
Une autre, en proie à des troubles incessants de la sensibilité générale, ne peut résister aux supplices continuels infligés par ses ennemis, que grâce aux inoculations de sang et de bouillon chaud que ses défenseurs lui font de loin avec un « lance-buée ».
Vous voyez là encore que la formule de l'idée délirante peut vous permettre de faire d'autres constatations importantes : présence d'hallucinations, troubles de la sensibilité générale, emploi de néologismes.
Le diagnostic des idées de défense passive est en général facile ; elles ne peuvent guère être confondues qu'avec certaines idées de possession que nous étudierons par la suite et dont, cependant, il importe de les distinguer, surtout au point de vue des troubles de la personnalité.
Toute défense implique nécessairement une attaque antérieure. Aussi n'est-il pas étonnant de voiries idées de défense n'apparaître que chez les persécutés, et prendre seulement naissance au bout d'un temps plus ou moins long, alors que les persécutions, d'abord vagues, ^e sont accentuées, et que le malade commence à rassembler ses
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idées, à systématiser son délire. Aussi ne les trouvera-t-on que rarement chez les aliénés qui présentent des idées de persécution passagères.
La présence seule d'idées de défense passive est donc déjà un indice de chronicité; vous avez vu d'autre part comment leur formule, soit par elle-même, soit en nous décelant la présence d'autres symptômes, pouvait aider au pronostic.
Souvent ces idées de défense sont transitoires, passagères ; mais parfois aussi elles se systématisent et suivent une évolution en quelque sorte parallèle à celle des idées de persécution, comme le fait s'est présenté chez trois malades que j'ai pu observer.
Dans ces cas surtout, leur présence peut avoir une certaine importance au point de vue médico-légal, en évitant au sujet des réactions violentes. Morel et Legrand du Saulle ont déjà, d'ailleurs, montré que les hallucinations de sens contraire peuvent se contrebalancer et empêcher le malade d'obéir aux actes que lui ordonnent les mauvaises voix.
De plus, j'ai pu constater que les idées ou hallucinations consolantes pouvaient, chez les persécutés où elles prédominent, modifier pour un temps plus ou moins long l'aspect de la maladie. Certaines de nos malades se trouvaient plus vigoureuses après les hallucinations consolantes ; une autre, chez laquelle cet ordre d'hallucinations prédominait le plus souvent, prenait son mal en patience et racontait même en riant ses persécutions, sûre de l'appui de ses défenseurs. Notre malade aux hallucinations verbales psycho-motrices de défense est aussi satisfaite, sûre de quitter l'hôpital, car elle a triomphé ; et, chose rare pour
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une persécutée, elle ne demande jamais la date de sa sortie dont elle est assurée.
13. Passons maintenant, Messieurs, aux idées de défense active.
Je ne vous exposerai pas ici les réactions habituelles par lesquelles l'aliéné cherche à se défendre contre ses ennemis, comme les changements de domicile, les migrations destinées à les dépister, l'analyse de ses aliments ou boissons, le refus partiel de certains mets ou leur préparation par lui-même, les dénonciations aux autorités, enfin les actes violents de toute espèce. Là il n'y a pas à proprement parler d'idée délirante de défense, mais une réaction en quelque sorte logique résultant d'idées de persécution.
Je me restreindrai aux cas où le malade attribue à certains actes bizarres qu'il exécute une portée particulière, une idée de défense contre ses ennemis. Ces idées de défense active sont évidemment, comme celles de défense passive, en rapport étroit avec des idées de persécution antérieures.
Pour la commodité de notre étude, nous pourrons les diviser en trois catégories suivant qu'elles se manifestent à nous par le langage parlé, écrit ou mimique, bien que souvent ces trois modes d'expression s'associent chez le même individu.
1° Dans le premier cas, l'idée de défense, se traduisant par le langage parlé, revêt l'apparence d'un exorcisme el a pour le malade toute la valeur d'une conjuration.
Tantôt c'est un simple mot, un juron, par exemple, comme chez cette aliénée qui fait cesser ses hallucinations erotiques en disant : « Zut 1 M... ! Du flan ! » Une autre
su
vient à bout de « l'attaque » en répétant plusieurs fois d'un ton énergique «bien entendu, bien entendu », mots qu'elle accompagne d'un geste spécial de la main et du pied.
D'autres fois, c'est toute une phrase, sorte de formule que le malade déclame sur un certain ton, toujours le môme, à la manière d'une incantation. En voici un exemple : « 5 fois 5 font 25 ; je suis la reine de France Zazi, enfermée à la Salpêtrière, etc. » Dans ce cas, la phrase était créée de toutes pièces par la malade dans le but particulier « de se maintenir dans ses droits ». — Une autre se contentait de chanter dans le même but, à l'adresse de ses persécuteurs, le cantique :
Cruel Satan, arme-toi de ta rage; Que tes démons se liguent avec toi !
Tu ne pourras jamais abattre mon courage, Je ne crains rien, Jésus est avec moi !
J'ai observé une persécutée qui, pour se défendre contre ses ennemis, et se mettre en rapport avec des protecteurs imaginaires, sifflait pendant des heures entières un refrain de sa composition que j'ai pu noter, et cela en se promenant dans une direction déterminée.
Dans quelques cas, ces idées de défense se traduisent par des néologismes isolés ou associés en forme de phrase, ainsi que Tanzi en a rapporté de curieux exemples.
Parfois ces formules se trouvent intercalées au milieu du discours (embololalie) et lui donnent un aspect tout particulier de double conversation, sur lequel j'ai déjà attiré votre attention en vous exposant les modifications du langage chez les aliénés.
2° Une seconde catégorie comprend les cas où l'idée de défense se traduit par le langage écrit.