‹ Leçons cliniques sur les maladies mentales et nerveusesChapitre 13 sur 135 · HALLUCINATIONS GRAPHIQUES COMBINÉES · texte numérisé non relu

HALLUCINATIONS GRAPHIQUES COMBINÉES

On peut admettre encore, en ce qui concerne la fonction langage, une dernière espèce d'hallucinations, les hallucinations graphiques.

Celles-ci ont été moins fréquemment observées que les autres. On en comprend aisément la raison. Beaucoup d'individus ne sachant pas écrire ne peuvent avoir d'hallucinations graphiques, comme ceux qui ne savent pas lire ne peuvent avoir d'hallucinations verbales visuelles. D'autre part, chez ceux qui savent écrire, les images graphiques ne sont guère employées dans le travail de la pensée. Vous savez aussi que certains auteurs contestent même l'existence d'un centre graphique autonome et indépendant. Mais cela importe peu à notre sujet ; quelque idée qu'on ait sur l'existence d'un centre graphique, il faut bien admettre qu'il y a quelque part, dans l'écorce, peu importe où, un endroit quelconque, soit spécialisé, soit dépendant du territoire moteur général, où s'emmagasinent les images graphiques acquises par l'éducation. Celui-ci peut devenir le siège d'un processus hallucinatoire, et le malade aura la perception exacte d'un mot à l'aide des représentations des mouvements adaptés à l'écriture qu'il accomplirait réellement s'il écrivait le mot.

Il est juste de dire cependant que jusqu'ici, au moins à ma connaissance (si on laisse de côté les faits relatifs à l'écriture automatique et inconsciente), les hallucinations graphiques n'ont guère été constatées à l'état simple. Dans un seul cas, que j'ai rapporté autre part, je n'ai pu saisir la combinaison d'autres images verbales hallucinatoires.

Dans tous les autres, les hallucinations graphiques se montrent à l'état de combinaisons, ce qui n'a rien de surprenant, les images graphiques s'acquérant les dernières et étant ainsi sous la dépendance des autres images verbales.

La combinaison se fait quelquefois avec une hallucination verbale auditive, suivant le trajet AG, comme dans le cas d'un malade de M. A. Marie, qui écrivait malgré lui sous la dictée de ses persécuteurs.

Ce fait s'explique très bien si l'on réfléchit aux rapports qui unissent les images verbales, auditives et graphiques, et qui sont nettement mis en relief dans d'autres circonstances par les faits d'agraphie consécutive à la surdité verbale.

Mais, d'après les observations, l'hallucination graphique semble être plus fréquemment combinée à une hallucination verbale motrice qu'à une auditive. On comprend qu'il en soit ainsi, car il s'agit de phénomènes psychologiques de même nature; à l'état normal, par le fait même de l'éducation, il existe entre les deux images motrices des associations préétablies. Regardez écrire un enfant ou un individu peu exercé ; vous les verrez en même temps remuer les lèvres, la langue, souvent même vous les entendrez épeler. Ils font donc appel à l'image d'articulation pourprovoquer ou renforcer l'image graphique plus récente, moins stable que la première, créant ainsi entre ces deux images des associations capables de se réveiller l'une l'autre. D'ailleurs, la pathologie de l'aphasie nous montre les rapports étroits qui existent entre les troubles de l'articulation et de l'écriture.

Gomme exemple de cette combinaison entre hallucinations verbales motrices et graphiques suivant la voie MG, je vous rappellerai l'observation d'une de mes malades : « elle sent qu'on lui prend la main, elle ressent dedans comme un fluide froid et elle écrit malgré elle. » Quand elle écrit à ses parents, « l'esprit la prend et elle écrit autre chose ». — c< En écrivant, l'esprit lui donne la pensée

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