HALLUCINATIONS GRAPHIQUES COMBINÉES
par l'estomac. La voix épigastrique n'est pas une voix, mais une pensée. C'est comme si elle parlait à elle-même.
M. Régis a rapporté un cas semblable relatif à un malade qui écrit inconsciemment et ne prend connaissance de ses écrits qu'en les relisant. Ces impulsions graphiques ont les liens les plus étroits avec des hallucinations verbales motrices. Non seulement, en effet, elles ne se produisent qu'à titre de continuation — et pour ainsi dire de conséquence — des voix intérieures ; mais encore, lorsque le sujet se livre à l'acte de l'écriture automatique, on le voit exécuter en même temps avec sa langue et ses lèvres d'imperceptibles mouvements d'articulation.
Rappelez-vous certains médiums écrivains : en même temps qu'ils sentent l'impulsion donnée à leur main, ils entendent la pensée suggérée par l'esprit et ils ne l'entendent pas par l'oreille comme les médiums auditifs, ils l'entendent intérieurement. Ce sont les médiums écrivains intuitifs ou semi-mécaniques ; ils ont, en un mot, une hallucination motrice d'articulation qui semble précéder l'impulsion graphique.
11 est des cas où la combinaison est encore plus complexe et intéresse en même temps les trois centres M, A, G. Ce sont ceux dans lesquels l'hallucination motrice qui se combine avec la graphique, comprend elle-même un élément auditif comme dans les cas MA que nous avons vus tout à l'heure.
Pieraccini cite le cas d'un malade qui avait des impulsions graphiques précédées par les voix intérieures habituelles, renfermant un élément auditif à côté de l'élément moteur prédominant et dictant en quelque sorte les paroles.
Cette combinaison hallucinatoire est à rapprocher d'un phénomène normal bien connu; certains individus remuent
les lèvres pour répéter, en l'écrivant, le mot qu'on vient de leur dicter.
Enfin, bien que nous ne connaissions pas de cas d'hallucinations graphiques et verbales visuelles associées, nous ne devons pas considérer a priori la chose comme impossible. L'individu copierait alors, en quelque sorte, le mot que lui fournirait l'hallucination de la vue (VG). Il est un fait qui pourrait venir à l'appui de cette hypothèse : c'est que, chez beaucoup d'hystériques anesthésiques, l'écriture automatique inconsciente est guidée en quelque sorte par un état de conscience visuel. Les sujets interrogés avec précision affirment presque tous qu'ils se voient écrivant; en d'autres termes, ils se représentent dans leur esprit l'image de leur main qui écrit, ou l'image de la lettre qu'ils écrivent. C'est ce modèle que copie le mouvement graphique inconscient (Binet et Féré).
On sait, d'ailleurs, que l'agraphie peut résulter simplement d'une destruction du centre de la mémoire visuelle des signes graphiques, amenant la cécité verbale.
Messieurs, si vous rapprochez ces faits de ceux dont je vous ai entretenus dans notre dernière séance, vous voyez qu'en résumé la clinique mentale nous apprend à reconnaître des hallucinations verbales pures (auditives, visuelles ou motrices) et des hallucinations mixtes ou combinées.
D'où il semble résulter que les éléments constitutifs de la fonction du langage peuvent affecter une certaine indépendance les uns à l'égard des autres ; mais cette indépendance n'est que relative, ils ont entre eux des relations plus ou moins étroites et peuvent même souvent affecter des rapports de subordination les uns vis-à-vis des autres.
Aussi, la différence psychologique exacte, entre les indi-