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EXCENTRICITÉ DES SENSATIONS

vidus des types sensoriels (auditif, visuel) et ceux du type moteur, réside-t-elle surtout dans la part prédominante, mais non exclusive, qui revient à l'un ou l'autre clément, soit dans le langage intérieur, soit dans l'hallucination verbale.

Toutefois, les combinaisons des images de nature différente pouvant être très variables dans leur succession ou dans leur intensité, et ces variétés entraînant, par suite, des conséquences différentes, il y a intérêt en clinique, pour mieux déterminer la formule intellectuelle des sujets en observation, à conserver les distinctions et à répartir les faits suivant les catégories que je viens de vous établir.

En terminant, j'attirerai votre attention sur un point particulier que l'étude des faits précédents nous aidera ta mieux comprendre dans les cas divers : c'est la localisation attribuée par les malades aux hallucinations verbales motrices. Vous savez déjà qu'elles ont trait à des voix intérieures et que le malade ne les localise pas au dehors, mais bien en lui-même, ordinairement dans l'épigastre, la gorge, la bouche, quelquefois la tête, ou même une partie quelconque du corps.

L'explication de ce fait n'est assurément pas facile. Cependant, rappelez -vous le phénomène physiologique désigné sous le nom à"1 excentricité des sensations. Vous savez que les sensations perçues sont toujours rapportées à la périphérie. La douleur produite par une compression du nerf cubital dans la gouttière épitrochléo-olécranienne est localisée à la partie interne de la main, à l'extrémité cutanée des nerfs. Les malades frappés d'apoplexie cérébrale se plaignent de douleurs périphériques dont la cause est absolument centrale. Les hallucinations sensorielles dont

la cause réside dans l'encéphale donnent lieu à des sensations qui sont rapportées à la périphérie. En somme, quel que soit le point où un nerf est lésé, la sensation est toujours excentrique, et même quand le centre nerveux est atteint, c'est à l'extrémité du nerf en rapport avec le centre que nous localisons la sensation.

Il est très vraisemblable d'admettre qu'un fait analogue se passe dans les hallucinations verbales motrices. Chez les individus normaux du type moteur, lorsque les paroles sont articulées mentalement, c'est le plus généralement dans la bouche qu'elles semblent être prononcées, et souvent même ces individus ont alors la conscience d'une sorte d'effort involontaire comme celui qui se produit lorsqu'on parle à haute voix. Si le phénomène est plus accentué, si cet effort est plus grand (comme dans le chant mental, par exemple), ce n'est plus de la bouche mais de la poitrine, du ventre même que les paroles semblent sortir, donnant la même sensation qu'on percevrait dans la voix dite de poitrine.

Or, les hallucinations verbales motrices ne sont qu'une variété de parole mentale. 11 n'est pas illogique de supposer que les malades soient amenés, en vertu du phénomène d'excentricité des sensations dont nous parlions tout à l'heure, à localiser le siège de la voix, soit à la partie périphérique d'où elle semblerait sortir s'ils articulaient réellement, soit dans les régions d'où partent les sensations kinesthétiques diverses qui se produisent dans le langage articulé.

Pour la langue ou les lèvres, la localisation s'explique ainsi d'elle-même ; mais souvent aussi le malade assigne, comme point de départ de la voix, la gorge, l'épigastre, la poitrine, etc.

Dans un certain nombre de cas, cette localisation, bien que singulière en apparence, reste toujours passible de la môme interprétation; elle se trouve toujours en rapport avec une sensation reportée excentriquement à la périphérie de l'appareil vocal. La différence tient à ce que les sensations qui se rattachent aux mouvements des lèvres ou de la langue ne sont pas, dans l'articulation des mots, les seules exclusives ; il faut tenir compte des sensations analogues émanant du larynx, des muscles respiratoires, etc., qui préparent l'articulation proprement dite, et dont l'intervention est nécessaire et indispensable dans l'acte d'ensemble de la parole. 11 n'est pas étonnant par suite que ces images motrices diverses, fonctionnellement associées à l'état normal aux images verbales motrices, puissent se réveiller avec elles sous l'influence d'un même processus hallucinatoire, amenant ainsi le sujet à localiser ses voix intérieures dans la gorge, la poitrine, l'épigastre...

Cette interprétation ne peut s'appliquer évidemment qu'aux cas dans lesquels la voix est rapportée à un point de la périphérie de l'appareil vocal envisagé dans son ensemble. Mais d'autres fois la voix est localisée dans une partie quelconque du corps (genou, doigt, etc.). L'explication la plus vraisemblable de cette localisation singulière se trouve justement dans une de ces associations hallucinatoires que nous venons d'étudier. En effet, si l'on examine attentivement les malades, on constate alors qu'au moment où ils perçoivent leur voix intérieure, ils ressentent également une sensation, soit réelle, soit hallucinatoire, dans une partie quelconque du corps; la concomitance de ces deux phénomènes fait qu'ils les localisent tous deux au même point.

Le Dr Angiolella (\) a rapporté à cet égard un fait très curieux : un malade avait des hallucinations verbales motrices fort nettes, qu'il localisait tantôt dans la bouche (excentricité des sensations), tantôt dans d'autres parties du corps; et c'est alors qu'interviennent les associations hallucinatoires. Quelquefois les voix viennent de la rate et il sent en même temps une douleur au flanc gauche; d'autres fois, elles partent de l'estomac et il sent alors comme des renvois de viandes ou d'œufs gâtés. Enfin, elles sortent des genoux, des mains, des pieds et il se plaint en même temps de sensations douloureuses produites en ces mêmes endroits par une machine magnétique.

Lorsque les voix intérieures sont localisées au dedans du crâne, on peut admettre également, avec l'hallucination verbale motrice, l'association d'une sensation douloureuse, réelle ou hallucinatoire, portant sur cette partie du corps. Mais il peut se faire aussi — et la clinique le prouve — qu'il s'agisse d'une de nos combinaisons de tout à l'heure, intéressant l'image verbale motrice qui produit l'hallucination motrice et l'image verbale auditive. Cette dernière n'est pas toujours assez intense pour s'extérioriser, mais elle est suffisamment éveillée pour que le malade croie entendre une voix intérieure, dans son crâne, et fixant surtout son attention sur ce phénomène plus naturel d'audition mentale, confonde avec lui et rapporte au même point son hallucination motrice.

(1) Angiolella, Nuova Rivista, Anno I, 18(J3.

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