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TROISIÈME LEÇON

L'obsession1.

Sommaire. — L'obsession. — Indications historiques et synonymie. — Classifications.

Théories : l'obsession stigmate psychique de dégénérescence mentale ou folie neurasthénique. — Opinions mixtes. — On peut admettre une forme congénitale ou constitutionnelle, une forme accidentelle ou acquise, et des cas intermédiaires.

Étiologie. — Mode et symptômes de début dans les formes constitutionnelle ou acquise.

Période d'état : l'obsession étant généralement rémittente, il y a lieu de considérer des symptômes paroxystiques et interparoxystiques.

Symptômes paroxystiques : aura médiat^et immédiat. — Symptômes psychiques : idée obsédante pathologique; irrésistibilité de cette idée; état de la conscience; angoisse concomitante; satisfaction consécutive; hallucinations. — Symptômes physiques.

Symptômes interparoxystiques.

Différentes formes du paroxysme : crise unique, état de mal, ou accès

, obsédant. — Périodicité.

Diagnostic de l'obsession; de sa nature, constitutionnelle ou acquise; de la variété, simple ou impulsive, de l'idée obsédante.

Marche. — Pronostic. — Terminaisons.

Traitement, moral et physique, au cours et dans l'intervalle des paroxysmes.

Exemples cliniques : I. Forme constitutionnelle. — II. Forme acquise. — III. Cas intermédiaire.

Messieurs,

J'ai l'intention de vous présenter aujourd'hui des malades qui sont atteintes de ces troubles psychiques désignés sous le nom d'obsessions ou d'impulsions conscientes.

L'une de ces malades est particulièrement intéressante,

(!) Leçon du 28 janvier 1894, résumée par M. H. Meige, in Journal de médecine et de chirurgie pratiques, 25 février 1894.

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car ses impulsions ont un caractère spécial : elles sont suicides et homicides. Vous comprenez tout de suite l'importance qu'il y a à bien connaître ces phénomènes, tant au point de vue clinique qu'en raison de leur intérêt médicolégal.

Comme il en est peut-être parmi vous quelques-uns qui ne sont pas encore très familiers avec les interrogatoires des aliénés, je veux, avant de vous présenter les malades, vous donner quelques idées générales sur ce qu'on entend par obsessions en psychiatrie, en m'en tenant strictement au côté clinique de la question.

Les obsessions conscientes ont été signalées depuis longtemps par les aliénistes. Esquirol a rapporté des cas très nets de maladie du doute et, dans le traité de Marc, vous pouvez trouver la description de quelques cas, de monomanie homicide, par exemple. Mais toutes ces observations se trouvaient englobées alors dans le vaste cadre des monomanies.

Delasiauve les en a séparées le premier pour les ranger dans ce qu'il appela les Pseudo-monomanies (1). Parmi les auteurs qui ont écrit sur ce sujet vers la même époque, je vous citerai en particulier Trélat à propos de la Folie lucide, et Bilîod, dans ses Lésions de la volonté.

Je ne vous ferai pas l'historique de la question, cela nous entraînerait trop loin ; mais comme la synonymie est extrêmement riche, je crois utile de vous la rappeler en quelques mots, pour que vous puissiez donner leur juste valeur aux termes que vous rencontrerez dans les différents traités ou mémoires de psychiatrie.

(1) Delasiauve, Journal de médecine mentale.

SYNONYMIE. o9

La première division nette a été établie par Morel (1), qui comprend dans son Délire émotif les obsessions et impulsions conscientes, telles qu'on lesconçoit encore aujourd'hui.

Lasègue (2) semble avoir voulu les décrire dans son Vertige mental, car beaucoup de ses observations se rapportent à des cas de folie du doute.

Vous retrouvez aussi les obsessions sous le nom ft Impulsions intellectuelles dans les travaux de Bail (3), et M. Magnan les décrit de son côté sous le nom de Syndromes épisodiques ou stigmates psychiques des dégénérés (4).

MM. Luys, Falret et la plupart des aliénistes français se servent du terme Obsessions.

Plus récemment, M. Régis a proposé celui de Neurasthénie cérébrale ou psychique.

Mais le mot d' Obsessions me paraît plus simple et plus général. C'est celui que nous conserverons.

A l'étranger, la synonymie n'est pas moins riche qu'en France. Aux obsessions correspondent les Peurs morbides (morbid fears) de Beard, la Monomanie abortive (Spitzka, les Idées qui s'imposent (Zwangsvorstellungen) de Krafft- Ebing et de Westphal, et les Psychalgies de Muller. Le, terme de Paranoia rudimentaire proposé par Arndt a été adopté par Morselli, en Italie, à la place du terme employé par Buccola d'Idée fisse que Tamburini de son côté appelle Idée incoercibili.

Vous le voyez, les vocables sont nombreux pour désigner un même phénomène morbide. Je ne m'attarderai pas à en discuter la valeur, mais je tenais à vous les signaler.

(1) Morel, Archives générales de médecine, 1866.

(2) Lasègue, Études médicales.

(3) Bail, Encéphale, 1880.

(i) Magnan, Leçons cliniques sur les maladies mentales.

60 l'obsession.

Je ne veux pas non plus, Messieurs, entreprendre de vous énumérer toutes les variétés d'obsessions. Leur nombre est déjà considérable, et tous les jours encore on décrit une nouvelle variété de manie ou de phobie.

Toute idée, quelle qu'elle soit, qu'elle se rapporte à des abstractions, des mots, des chiffres, des objets quelconques, peut, dans des circonstances particulières, sur un terrain préparé, se fixer dans l'esprit et revêtir la forme obsédante. Mais si les idées diffèrent par l'étiquette que leur donnent les malades, elles restent cependant identiques quant à leurs caractères généraux. Aussi ne faut-il pas les décrire à part. Cependant, il est utile de distinguer parmi elles certaines catégories générales, en raison des symptômes plus particuliers que celles-ci présentent.

C'est ainsi que les aliénistes se plaçant soit au point de vue psychologique comme Tamburini(l), soit au point de vue physiologique comme M. Luys (2), ou clinique comme M. Falret (3), sont arrivés à grouper les obsessions en trois grandes classes : les obsessions intellectuelles, émotives ou impulsives.

Morselli, se fondant sur l'analogie entre les obsessions impulsives et les obsessions émotives où il y a tendance à l'acte, n'admet que deux formes de paranoia rudimentaire : Yidéative et l 'impulsive .

M.Régis(4)considérantquelesobsessionsne représentent qu'une lésion de la volonté, propose de les distinguer en deux grands groupes suivant que la volonté est lésée dans

(1) Tamburini, Riv. sp. di frcn., 1883.

(2) Luys, Encéphale, 1883.

(3) Falret, Congres international, 1889.

(A) Régis, Manuel pratique de médecine mentale, "2° édition.

CLASSIFICATIONS. (il

sa force d'arrêt ou dans sa force d'action. Dans le premier cas, on aurait les obsessions impulsives se subdivisant en : obsessions-indécisions telles que la folie du doute simple, obsessions-craintes, par exemple l'agoraphobie, obsessionspropensions comme les obsessions de suicide ou d'homicide.

Dans le second cas, on aurait affaire aux obsessions abouliques, telles que l'impossibilité de se lever (ananastasie) ou de monter (ananabasie) ou cette forme particulière d'astasie-abasie que j'ai proposé de distinguer il y a quelques années sous le nom d' astasie-abasie émotive .

Sans m'occuper ici des théories psychologiques sur lesquelles il repose, le classement de M. Régis me paraît assez commode en clinique et vous pouvez l'adopter.

Je proposerais seulement d'y ajouter une catégorie pour les faits d'obsessions qui ont trait à des phénomènes de sensibilité générale ou spéciale. La glossodtjnie pourra vous fournir quelques exemples de celles qui ont trait à la sensibilité générale, de même que les obsessions dentaires de M. Galippe (1), les phénomènes douloureux décrits par M. Huchard (2) sous le nom à1 algies centrales ou psychiques des neurasthéniques, les topoalgies signalées déjà par M. Blocq (3) chez ces mêmes malades.

D'autre part, comme exemples d'obsessions intéressant la sensibilité spéciale, je mentionnerai celles sur lesquelles j'ai attiré l'attention il y a déjà plusieurs années, et qui relèvent de troubles hallucinatoires, se présentant sous l'une quelconque des formes étudiées dans nos précédentes réunions.

(I) Galippe, Archivesde neurologie, 1891.

{i) Huchard, Société médicale des hôpitaux, 1893.

(3) Blocq, Gazette hebdomadaire, 1891,

62 l'obsession.

Ces divisions connues, voyons sous l'influence de quelles causes et dans quelles circonstances peuvent naître les obsessions. Les opinions sont divisées à cet égard.

Une première théorie rattache l'obsession à la dégénérescence mentale, et certains auteurs mêmes vont jusqu'à considérer ce phénomène comme un stigmate psy claque de la dégénérescence mentale.

Ainsi formulée, cette opinion me paraît trop absolue. L'obsession simple peut se rencontrer, très atténuée il est vrai, chez les individus les plus normaux. Si dans d'autres cas, comme lorsqu'elle apparaît chez un individu dit dégénéré, elle s'accompagne d'un cortège de symptômes nouveaux et prend un caractère vraiment pathologique, c'est qu'elle trouve là un terrain psychique déjà altéré sur lequel elle se greffe, un fond particulier préexistant constitué par des anomalies mentales qui sont, elles, la physionomie normale, les vrais stigmates de l'état dégénératif, tandis que l'obsession n'en est qu'une exception, un simple symptôme, un accident.

D'autre part, la clinique nous enseigne que ce singulier stigmate de dégénérescence est, dans sa forme typique, d'autant plus rare que s'accentue l'état dégénératif qu'il devrait caractériser, et qu'il forme l'apanage des dégénérés dits supérieurs, tandis qu'il diminue de fréquence jusqu'à disparaître dans les formes les plus accentuées de la dégénérescence mentale.

11 est à remarquer aussi que les obsessions pathologiques ne sont pas fatales chez ces « dégénérés supérieurs » . Beaucoup d'entre eux n'en ont pas, tandis que d'autre part on peut les rencontrer chez des individus qui se présentent comme parfaitement indemnes de toute tare dégénérative antérieure.

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