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THÉORIES

Pour ces différentes raisons, il me semble excessif de considérer l'obsession comme un stigmate de dégénérescence. A ce point de vue, il serait préférable de s'en tenir à la formule donnée par Tamburini, qui admet que l'obsession constitue la forme la plus élémentaire du cadre de la dégénérescence mentale. Ainsi énoncée, cette opinion serait plus admissible.

Une autre théorie considère l'obsession comme faisant partie intégrante de l'état mental des neurasthéniques : c'est la folie neurasthénique ; ici elle n'a plus rien à voir avec la dégénérescence mentale. C'est l'opinion de Beard, de Tullio(l), d'Apollonio (2) etc.

D'autres, moins affirmatifs, comme Krœpelin (3), tout en faisant rentrer l'obsession dans la folie neurasthénique, la regardent comme plus particulièrement en rapport avec la neurasthénie congénitale.

C'est un acheminement à une opinion mixte, comme celle de Krafft-Ebing (4), qui semble vouloir concilier les deux autres en décrivant l'obsession comme une forme de dégénérescence psychique à base neurasthénique.

Un autre auteur allemand, Koch (5), émet à ce sujet des idées assez particulières. Sous le nom de défectuosités psychopathiques {Psychopathischen Minderwertigkeiteri), il décrit et classe avec un soin minutieux tous ces faits disparates et confus qui vont de l'état normal aux frontières de la folie et à la folie elle-même. Il essaye ainsi d'introduire un peu

(1) Tullio, Giorn. di neuropat., t. VI, fasc. 3.

(2) Apollonio, Le Paranoie rudimentarie , etc., Mantoue, 1889.

(3) Krœpelin, Compendium der Psych.

(4) Krafft-Ebing, Lehrbuch der Psych.

(5) Koch, Guide pour l'étude de la Psychiatrie.

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d'ordre et de précision dans le cadre si mal défini de la dégénérescence mentale, qui n'est plus pour lui qu'une variété de ses « défectuosités psychopathiques » . Les idées obsédantes prennent place parmi elles, dans un groupe intermédiaire à la simple prédisposition et à la dégénérescence mentale; et tout en admettant qu'elles puissent être acquises, il leur assigne, dans leur forme typique, une origine congénitale.

Il est enfin une autre interprétation se tenant dans un juste milieu et qui me paraît mériter tous les suffrages, en raison même de sa nature éclectique. C'est celle qui distingue deux formes d'obsession; l'une, la plus fréquente sans conteste, est la forme dégénérative, l'autre est la forme accidentelle, neurasthénique proprement dite, qui se développerait en dehors de tout état dégénératif. Entre les deux, il est d'ailleurs possible de rencontrer tous les intermédiaires. C'est la thèse que Morselli (1) surtout a soutenue en Italie, où elle a été adoptée par d'autres auteurs, Andriani (2), Ventra (3), etc. En France, MM. Régis, Féré (4), se rattachent à cette manière de voir plus conforme, à ce qu'il me semble, aux données de l'observation.

Aussi admettrons-nous une première forme d'obsessions, la forme dégénérative, que j'appellerai plus volontiers — afin de laisser en dehors cette question si confuse de la dégénérescence mentale — la forme congénitale ou constitutionnelle; puis une seconde, la forme accidentelle, acquise.

(1) Morselli, llulletin de V Académie de Gênes, VIe année, et Rie. sp. di fren., XIIIe année, fasc. 3.

(2) Andriani, LaPsychiatria, ISS5.

(3) Ventra, 1/ Manicomio, 1888.

(4) Féré, la Pathologie des émotions, 1892.

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Entre ces deux extrêmes, nous pouvons placer toute une série de cas intermédiaires dans lesquels l'obsession ne se rattache pas à une constitution psychopathique congénitale, et sans être d'autre part purement accidentelle, nécessite pour son développement une prédisposition plus ou moins accentuée.

Si je suis entré, Messieurs, dans quelques détails sur l'exposé de ces différentes opinions, c'est que je les ai crus de nature à vous éclairer sur Yétiologie des obsessions. Reprenons cette question sous une forme plus didactique.

Parmi les facteurs étiologiques, il en est un que son importance doit nous faire placer au premier rang, et qui est quelquefois même le seul qu'on puisse invoquer : je veux parler de Y hérédité.

Sa valeur avait été mise en lumière, depuis longtemps déjà, par Morel, dans son travail sur le délire émotif.

Dans toutes ses observations, il insiste sur l'hérédité des malades, et non content d'étudier l'hérédité ascendante, il a considéré aussi l'hérédité descendante. Ce qui n'a rien d'étonnant de la part du créateur de la théorie des dégénérescences dans l'espèce humaine.

L'hérédité peut être alors homologue ; le fils d'un individu atteint par exemple de la maladie du doute peut être luimême un douteur. Ou bien, l'hérédité est dissemblable, de transformation comme l'on dit, et les parents des obsédés sont des aliénés de diverses formes, des épileptiques, etc.

Dans certains cas, la cause héréditaire existe seule ; d'autres fois interviennent des causes fœtales ou infantiles, qui font également de l'individu un être inférieur dans l'espèce, portant les marques, les stigmates, d'une tare psychique constitutionnelle dont le développement est encore bien

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souvent favorisé par des influences de milieux, une éducation défectueuse au point de vue intellectuel, moral et physique.

Ces différentes causes sont toujours des plus importantes à rechercher, car elles sont souvent suffisantes pour produire à elles seules l'obsession. D'autres fois, elles sont moins accentuées, ou même les recherches les plus minutieuses et les plus précises semblent nous autorisera penser que réellement elles n'existent pas. C'est alors que nous verrons intervenir de nouveaux facteurs étiologiques, qui devront être d'autant plus puissants %que les premiers le seront moins.

Ces nouvelles causes ont toutes un même caractère : c'est d'être débilitantes, de déterminer un état de fatigue, d'épuisement du système nerveux.

Les émotions dépressives, intenses ou persistantes, les travaux intellectuels prolongés, les longues veilles, les excès sexuels, les traumatismes, tous ces facteurs qu'on retrouve dans l'étiologie de la neurasthénie peuvent provoquer l'apparition de l'obsession.

De même agiront les maladies qui entraînent des troubles de la nutrition générale, les hémorragies abondantes, les maladies infectieuses (fièvre typhoïde, influenza, etc.), et aussi la grossesse, la puerpéralité, car les « envies » bien connues des femmes enceintes, les impulsions des nouvelles accouchées ne sont souvent autre chose que des obsessions conscientes.

Telles sont les causes principales de l'obsession, envisagée en tant qu'affection. Nous aurons à examiner tout à l'heure, à ce même point de vue, l'idée obsédante, comme symptôme particulier.

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