MODE DE DÉBUT
La phase du début se résume alors à une période plus ou moins prolongée, mais cependant de durée assez courte, où apparaissent les signes d'un état neurasthénique. Céphalée en casque, douleurs dans les membres, amyosthénie, troubles dyspeptiques et vaso-moteurs, anxiété, palpitations, troubles des fonctions génitales, du sommeil : voilà pour le côté physique.
L'état psychique est aussi bien spécial.
Les malades deviennent apathiques, indifférents; rien ne les intéresse. La perception extérieure est défectueuse; les objets ou les personnes leur paraissent bizarres, changés. Ils trouvent nombre de choses toutes singulières et restent souvent dans l'incertitude à leur sujet. De même, pour la perception intérieure, ils ne se reconnaissent plus euxmêmes, ne se trouvent plus comme auparavant. L'attention est très défectueuse, difficile à fixer, facile à fatiguer. Parle-t-on aux malades, ils semblent n'être jamais à la conversation, ils se plaignent de ne comprendre que difficilement ce qu'on veut leur dire et d'avoir la plus grande peine pour exprimer la pensée, qu'ils oublient avant de l'avoir énoncée dans son entier.
La mémoire devient paresseuse et infidèle. De même, la volonté est atteinte dans sa forme motrice et l'aboulie se traduit par une invincible apathie.
Parfois, au contraire, ces malades sont en proie à une excitation insolite. Ils ne peuvent rester en place, s'agitent sans but déterminé, ou bien cette excitation automatique est purement intellectuelle. C'est alors que vous pourrez observer le phénomène bien connu du mentisme, sorte d'effervescence intellectuelle particulière, dans laquelle, pour me servir de la définition d'un auteur qui en était atteint lui-même : « Nous voyons, avec un sentiment très
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net, des pensées qui nous sont étrangères, que nous ne connaissons pas comme nôtres, et qui, s'étant introduites du dehors, pullulent, se meuvent avec la plus grande rapidité... » (Dumont de Monteux.)
Sous ses aspects divers, cet état réalise donc comme une forme légère, atténuée de ce que nous étudierons plus tard sous le nom de confusion mentale.
Dans quelques cas mêmes, certains auteurs ont noté une invasion tumultueuse sous la forme d'une véritable période de confusion mentale hallucinatoire d'apparence maniaque ou mélancolique.
Tels sont, brièvement résumés, les différents symptômes de la phase prémonitoire, envisagés surtout dans la forme non constitutionnelle de l'obsession.
Une fois celle-ci apparue, l'état pathologique se trouve réalisé au complet.
L'obsession se présente en général sous une forme rémittente. Il y a donc lieu de considérer, dans une description clinique, des symptômes paroxystiques et des symptômes interparoxystiques.
Voyons d'abord les symptômes du paroxysme.
Celui-ci éclate parfois soudainement; mais souvent aussi il peut être précédé de certains phénomènes qui l'annoncent en quelque sorte aux malades.
Une de mes malades appelait elle-même les troubles avant-coureurs de sa crise : les préliminaires ; c'est ce que nous pourrions désigner sous le nom ô* auras.
Ces auras sont de deux sortes : quelquefois, deux ou trois jours avant la crise, le malade éprouve certains phénomènes qui lui annoncent l'arrivée prochaine de l'idée obsédante. Et il s'y trompe rarement.
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Ce sont d'ailleurs des troubles variables, mais on peut les caractériser en disant qu'ils sont l'exagération d'un ou de plusieurs des symptômes neurasthéniques dont je vous ai parlé.
Une de nos malades éprouve des phénomènes d'anxiété vague, des étouffements, des maux d'estomac; elle a la plaque douloureuse des neurasthéniques. Elle se sent la tête vide, les idées plus embrouillées. C'est là comme un aura médiat.
Dans d'autres cas, l'aura précède de suite l'obsession; c'est l'aura immédiat; comme chez cette même malade que vous allez voir et qui se trouve alors comme étranglée et serrée à l'estomac ; comme chez une autre qui sent à ce moment « un nœud dans l'estomac, et des bouchons dans lesv tempes ».
Le paroxysme se déclare enfin; quels en sont les caractères symptomatiques?
Les voici tels qu'on a l'habitude de les présenter : idée obsédante; — irrésistibilité de cette idée; — conservation complète de la conscience (avant, pendant et après la crise d'obsession); — angoisse concomitante; — satisfaction consécutive. Étudions-les, et complétons-les.
Dire que la présence d'une idée obsédante est un des symptômes de la crise d'obsession semble au premier abord une naïveté; aussi est-il sous-entendu que cette idée doit être de nature pathologique.
Les idées obsédantes, en effet, ne sont pas rares, chez les individus les plus normaux, dans des circonstances et sous des aspects différents. Où finit l'obsession normale? Où commence l'obsession pathologique? — Entre les deux, la frontière est bien difficile à tracer exactement. Néan-
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moins il me semble qu'un critérium d'une validité suffisante est ce qu'on appelle le caractère futilité (Blocq et Onanoff) (\) et l'obsession morbide pourrait être caractérisée par ce fait qu'elle entraîne des réactions mal adaptées à l'intérêt de l'individu ou de l'espèce (Féré).
Prenons un exemple. Un savant cherche un problème d'une solution difficile; cette idée s'installe dans son esprit en maîtresse, le pousse à des recherches multiples; tant que la solution lui échappera, il en sera préoccupé, obsédé, en proie à une véritable angoisse qui, une fois le travail résolu, disparaîtra pour faire place à un état de satisfaction intime. Nous retrouvons ainsi les symptômes que je viens de vous énumérer dans les crises des obsessions, et cependant ce savant n'est pas sous le coup d'un désordre pathologique de l'esprit. Mais l'idée qui l'obsédait présentait dans ses conséquences un caractère d'utilité, tant par rapport à l'individu que par rapport à la société dont il fait partie.
Il n'en est plus de même de l'idée obsédante pathologique. Les ruminations d'un malade atteint de folie du doute, les calculs d'un arithmomane sont choses absolument inutiles; l'agoraphobie, la kleptomanie, l'impulsion au meurtre s'accusent comme nuisibles pour l'individu et la société.
Je ne veux point aborder ici l'étude du mécanisme psychologique qui préside à la genèse de l'idée obsédante; mais je dois vous dire quelques mots des causes qui déterminent l'apparition et la variété de cette idée.
Il arrive fréquemment que cette idée surgisse à l'improviste, sans aucune cause apparente. Ce sont surtout ces cas
(1) Blocq et Onanoff, Revue scientifique, 1890; et G. Danville, la Psi/chologie de l'amour, 1894.
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qui ont été envisagés comme types par Westphall. D'autres fois, ridée obsédante se rattache à une sensation vive ou fréquemment répétée, à un fait extérieur, à un trouble émotionnel plus ou moins violent ; toutes causes pouvant agir au moment même de leur production, ou plus tard, à titre de souvenirs.
Si dans certains cas l'idée obsédante n'a avec elles d'autre lien que le lien étiologique, il en est d'autres où ces causes déterminent en plus la variété de l'idée. La vue ou le récit d'un incendie pourra provoquer ainsi la peur du feu, des allumettes; un accident de voiture, l'amaxophobie ou l'agoraphobie. — Un malade de la consultation, garçon perruquier, est atteint d'impulsions homicides après avoir su que deux employés de la môme maison avaient eu des impulsions de ce genre et que le dernier était mort à Sainte- Anne. — Certains auteurs ont signalé également l'influence des professions, des inclinations antérieures sur la variété de l'idée (1).
Une fois qu'elle est apparue sous une forme déterminée, l'idée obsédante peut être réveillée par certaines impressions qui s'y rapportent (sensations, lectures, conversations, souvenirs...) et qui peuvent être ainsi l'occasion d'une nouvelle crise paroxystique. Vous verrez par exemple que, chez notre malade atteinte d'impulsions suicides et homicides, la vue d'un couteau, de ciseaux, provoque une crise,
(1) Le sexe, l'âge, ont été aussi invoqués, à ce point de vue, mais dans un sens beaucoup plus général. C'est ainsi que les obsessions intellectuelles seraient plus fréquentes chez l'homme; les émotives et les impulsives chez la femme. Les formes impulsives prédomineraient de même dans l'enfance, les émotives après la puberté, les intellectuelles à l'âge adulte. On retrouverait encore le même ordre de fréquence en rapport avec le degré de développement intellectuel, en allant du plus faible au plus élevé.
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généralement plus intense que lorsqu'elle ne résulte que d'une simple représentation mentale.
Il peut se faire que l'idée obsédante reste la même pendant les paroxysmes ou au cours de l'affection. Mais il se peut aussi qu'elle change. Westphall avait bien signalé cette variabilité de l'idée obsédante; et c'est pour cette raison que M. Magnan qualifie l'obsession de syndrome épisodique.
L'idée obsédante est toujours irrésistible, parfois même à ce point que, chez certains impulsifs, l'acte semble précéder la pensée; le malade lui-même n'a pas le temps de se rendre compte de la perturbation psychique qui se produit en lui.
Je vous citerai, comme1 exemple, le fait bien connu d'Henriette Gornier, rapporté par Marc sous le titre de monomanie homicide. Accusée d'un meurtre qu'elle avait commis sous le coup d'une impulsion de ce genre, elle fit cette réponse caractéristique : « C'est une idée qui m'a prise comme cela, et je l'ai exécutée. J'ai eu plutôt fait que pensé. »
Mais l'idée obsédante n'est pas toujours aussi soudaine et aussi violente; le malade peut essayer de lutter. Au début il peut même vaincre l'idée obsédante; toutefois sa volonté s'épuise bientôt dans la lutte et l'idée morbide reprend le dessus.
Certains malades emploient un procédé tout autre, plus efficace assurément. Ils cherchent à se distraire de leur idée en changeant de milieu, d'occupations, en s'appliquant à un travail capable d'absorber leur attention. Cela leur réussit quelquefois; souvent aussi Le soulagement n'est qu'éphémère.
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D'ailleurs, ce n'est pas chose facile, au cours d'un paroxysme, de distraire son attention sur un autre sujet que l'idée obsédante qui tend à envahir momentanément tout le champ de la conscience, réduisant ainsi à son minimum l'activité intellectuelle volontaire.
On trouve une preuve de ce fait dans certaines constatations cliniques.
Bien des obsédés nous disent ainsi d'eux-mêmes, comme une de mes malades : « Quand je suis très absorbée dans un travail, je suis débarrassée; de même si je me trouve avec quelqu'un en conversation animée, si j'ai une grande distraction qui m'occupe. Je parvenais bien à cela autrefois, maintenant je ne puis plus m'absorber sur aucun travail. J'ai beau faire, mes idées me prennent malgré tout et m'empêchent de m'appliquer à quoi que ce soit. »
On a souvent remarqué aussi qu'un individu en proie à une idée obsédante ne perçoit que très mal les sensations. Il est pour ainsi dire anesthésique. Et Buccola a constaté expérimentalement que le temps de réaction pour un même malade s'allongeait de moitié au moment de l'obsession.
Un autre caractère de l'obsession est la conservation de la conscience.
On dit généralement que celle-ci est complètement conservée avant, pendant, et après le paroxysme. J'admettrai volontiers, et encore avec certaines réserves, qu'il en est ainsi avant et après; mais non pendant, ou du moins je pense que la conservation de la conscience ne se fait pas intégralement à ce moment-là. Les constatations cliniques et expérimentales auxquelles je faisais allusion tout à l'heure en sont déjà une preuve.
Qu'en dehors de la crise obsédante, les malades aient
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conscience, se rendent compte de la nature maladive de leurs impulsions et des conséquences qu'elles peuvent avoir, c'est généralement vrai ; mais c'est tout. .. Et lorsqu'on parle de la conservation de la conscience pendant la crise d'obsession, je ne crois pas qu'on puisse entendre par là que les obsédés aient la notion complète de tous les éléments psychiques constituant à ce moment leur personnalité individuelle, en un mot qu'ils conservent leur conscience personnelle.
C'est plutôt le contraire qui existe, de par la présence même de l'idée obsédante, constituée par un groupement de certains phénomènes psychiques, une synthèse secondaire qui, loin de s'assimiler à la synthèse principale représentant la conscience personnelle, entre en lutte avec elle, et même avec assez d'avantages pour l'obnubiler toujours, l'effacer même parfois tout à fait pendanl un instant, soit que le malade cède à son idée, soit que celle-ci revête une forme particulière.
Mais je ne veux pas insister aujourd'hui sur ce point que j'aurai l'occasion de développer plus complètement dans une prochaine réunion, et je passe à un autre symptôme de paroxysme, Y angoisse concomitante.
Elle résulte de différentes causes que Westphall (1 ) a bien mises en lumière. C'est d'abord la violence même que fait l'idée à l'esprit de l'individu. C'est aussi le contenu même de l'idée; par exemple, à intensité égale, l'obsession homicide s'accompagnera d'une angoisse plus intense que l'obsession d'un mot. C'est enflu le non-accomplissement de l'acte commandé par l'obsession; la preuve en est fournie
(1) Westphall, Berl. Klin. Woch., 1877.
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par l'état de bien-être où se trouve le malade s'il cède à son idée obsédante.
A son plus faible degré, ce trouble se manifeste par une simple anxiété morale. Mais souvent aussi, lorsqu'il est plus accentué, il s'accompagne de symptômes physiques : anxiété précordiale, mal de tête, rougeur ou pâleur du visage, sueurs froides, tremblement, palpitations, étouffements, sensation de vertige, dérobement des jambes, menace de syncope, sensation de mort imminente.
A ce propos, nous nous trouvons en face d'une question plus générale.
Quelle valeur convient-il d'attribuer aux phénomènes émotionnels que présentent les obsédés?
Certains auteurs, comme Westphall, considèrent qu'il s'agit là de troubles toujours secondaires, d'une simple réaction sous l'influence de l'idée qui est la première à apparaître, et représente toujours le fait primitif et capital.
Cette opinion est nette et précise; mais n'est-elle pas bien exclusive?
D'autres auteurs en effet sont beaucoup moins absolus. Mais alors nous rencontrons parmi eux une certaine confusion résultant de la diversité des points de vue auxquels ils se sont placés.
Beaucoup se bornent à signaler la présence d'une émotion comme cause de l'obsession; tel Berger (1) qui la regarde comme une névrose émotionnelle.
Il en est qui, en même temps qu'ils indiquent la cause émotive, insistent sur l'importance du fonds émotif dans la genèse de l'obsession, comme Morel, qui la considérait
(1) Berger, Arch. (. Psych., 1878.
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comme un délire émotif, Jastrowitz (1), Féré,pour qui elle n'est que la forme systématique de l'émotivité morbide.
D'autres distinguent à côté des idées obsédantes (Zwangswortellungen), des sentiments fixes(Zwansgempfindungen), Psychalgies de Millier (2) ; — ou bien envisageant plus précisément les rapports de l'idée obsédante et du trouble émotionnel, divisent les idées obsédantes en intellectuelles ou émotives, suivant que c'est l'un ou l'autre de ces deux phénomènes qui se présente à l'origine (Tamburini); — il en est encore qui se montrent plus radicaux, comme Friedenreich (3), par exemple, qui admet que l'état émotionnel est en règle générale le fait primitif, que des deux phénomènes, idée obsédante et angoisse, le second est le plus important parce qu'il peut être indépendant de l'autre, représentant un symptôme de l'état neurasthénique qui est à l'origine de toute obsession.
Hans Kaan (4) partage cette opinion, et considère même l'angoisse comme le point de départ nécessaire de l'idée obsédante.
Il est enfin d'autres auteurs qui synthétisent en quelque sorte ces diverses opinions. Schuele (5) distingue ainsi les idées obsédantes en émotives et non émotives, suivant quele trouble émotionnel contribue à la production de l'idée ou en résulte ; et il fait remarquer d'autre part que, si l'angoisse se présente comme une sorte de réflexe, on voit cependant, en général, un état anxieux précéder le retour des accès.
(1) Jastrowitz, Berl. Klin. Woch., 1877.
(2) Mùller, Allg. Zeit. f.Psych.,B. XXXVI.
(3) Friedenreicli, JSeurol. Centralb., 1887.
(4) Hans Kaan, Jahrb. f. Psych., t. II, fasc. 3. (o) Schuele, Traité des maladies mentales.
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Wille (1) avait fait également ces distinctions et, de plus, signalé que s'il est des cas où l'anxiété précède l'idée obsédante, elle peut même en être indépendante. 11 insiste encore sur le fonds émotif et la cause émotive; les troubles émotionnels font pour lui partie intégrante de l'affection.
Je ne veux pas multiplier ces citations ; notre but n'est pas de faire de l'érudition, mais de la clinique.
Voyons donc simplement ce que les faits cliniques nous enseignent.
Eh bien, Messieurs, ils se présentent justement à notre observation avec certaines différences qui semblent expliquer les divergences d'opinions des auteurs et justifier les vues diverses que je viens de vous exposer succinctement.
Un premier point, indiscutable, c'est que tous les obsédés, considérés même en dehors des paroxysmes, étaient naturellement, ou sont devenus, d'une émotivité extrême, si bien que le terrain sur lequel se développe l'obsession est véritablement marqué au coin de l'éraotivité morbide.
D'un autre côté, l'obsession fait souvent son apparition à la suite d'une secousse émotionnelle, vive ou répétée, qui peut même, avons-nous vu, déterminer la variété de l'idée obsédante.
Enfin, à ne considérer que les symptômes d'anxiété du paroxysme, il est à remarquer que toujours l'idée obsédante amène à sa suite un état émotionnel pénible plus ou moins intense, provoque une sorte de réflexe émotionnel.
Dans certains cas, tout semblerait seborner là, et l'anxiété, d'après les dires du malade, ne résulterait ainsi que de l'idée obsédante elle-même. Il est à remarquer, toutefois,
(1) Wille, Arch.f. Psych., 1882.
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qne, même alors, elle a souvent comme point de départ des phénomènes particuliers, moteurs, sensitifs périphériques ou viscéraux, vaso-moteurs, qui seraient, pour certains auteurs, des conditions mêmes de l'émotion (W. James (1), Lange (2), Munsterberg, Féré...).
D'autres fois, l'anxiété semble n'être plus vraiment qu'une sorte de choc en retour à la suite de l'idée ayant elle-même sa source dans un trouble émotionnel qui, après lui avoir donné naissance, s'exaspère de son fait.
C'est ainsi que l'angoisse peut être, comme nous l'avons vu dans certains cas, un phénomène précurseur qu'on peut faire rentrer dans l'aura de la crise.
J'ai rapporté aussi ailleurs le fait d'un malade atteint d'obsession-suicide, affirmant nettement que les phénomènes d'angoisse précédaient toujours l'apparition de l'idée qui ne faisait que les accroître.
Dans d'autres cas, on peut saisir de plus entre le trouble émotionnel et l'idée obsédante, un rapport de cause à effet.
Stéfani (3) rapporte ainsi le cas d'une malade présentant des crises d'anxiété neurasthénique simple. A la suite des crises d'anxiété, elle était prise d'idées de doute en dérivant logiquement ; car elle doutait alors d'avoir fait d'une façon satisfaisante ce qu'elle avait accompli au cours de la crise précédente d'anxiété, et ces idées de doute provoquaient alors un retour de l'état anxieux.
Enfin, on voit même quelquefois l'angoisse préexister à l'état indépendant et alterner de même avec les idées obsédantes.
J'ai connu un jeune étudiant en droit qui a présenté des
(1) W. James, Whatisan émotion, AJuid, 1884.
(2) Lange, Ueber Gcmuthsbewegungen.
(3) Stéfani, Rie. sp. rit fren., 1891.
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phénomènes d'anxiété simple, paroxystiques très intenses, au cours d'une neurasthénie. Plus tard, il est devenu agoraphohe; et cette obsession ayant cessé, il a eu de nouveau des crises d'anxiété simple, paroxystiques, comme au début.
Un autre malade, qui n'avait souffert pendant quelques années que de crises d'anxiété, n'a eu que beaucoup plus tard des idées de doute et des impulsions,
Ventra cite également le cas d'un malade qui, au cours d'accidents neurasthéniques, souffrait de crises violentes d'anxiété paroxystique. Plus tard, il eut des impulsions homicides. Une fois celles-ci disparues, les crises d'anxiété se manifestèrent sous la forme du début de la maladie.
Vous voyez, Messieurs, combien est complexe cette question des rapports intimes de l'obsession et de l'émotion. Au point de vue clinique, retenez seulement que l'obsession repose toujours sur un fonds d'émotivité pathologique; que son début et même la variété de l'idée obsédante se rattache souvent à une émotion quelconque; que cette idée s'accompagne de troubles émotionnels; enfin, qu'en supposant, et c'est là le point principal de la controverse, que ces derniers ne lui soient pas toujours purement secondaires, il est bien certain qu'ils sont du moins toujours exaspérés de son fait.
J'arrive au symptôme qui marque la fin du paroxysme, et qui est la satisfaction consécutive, soit que le malade ait cédé à son obsession, soit qu'il ait pu parvenir à la vaincre, ou à en détourner le cours en appliquant ailleurs son attention, ou simplement en recourant à un de ces subterfuges très familiers aux obsédés ; comme ce malade de Marc, sujet à des impulsions homicides accentuées, qui se faisait lier les pouces avec un ruban au moment de sa crise. Ce pro-
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cédé réussissait parfaitement, et il éprouvait aussitôt un grand soulagement.
Avant d'en finir avec la symptomatologie du paroxysme, je veux vous dire un mot des troubles sensoriels qui accompagnent parfois l'obsession.
Jusqu'à ces dernières années, on a regardé l'absence des hallucinations comme une des caractéristiques des idées obsédantes.
C'est là une erreur, ainsi que je crois l'avoir démontré dans un travail sur ce sujet (1), confirmée d'autre part par les recherches de Catsaras (2). Il me semble qu'on peut à cet égard diviser les obsessions en deux catégories : d'abord celle dans laquelle l'idée obsédante s'accompagne d'une hallucination qu'elle provoque (obsession hallucinatoire). C'est le cas du malade bien connu de Tamburini, dominé par l'idée incessante de connaître l'origine, le pourquoi des billets de banque, et qui, par suite de la répétition et de l'intensité de cette idée, finit par avoir devant les yeux l'image même de ces billets de banque, avec toutes les apparences de la réalité.
Une seconde catégorie comprend les cas où l'hallucination a une existence indépendante avec tous les caractères communs aux obsessions. C'est Y hallucination obsédante.
Elle peut se présenter sous l'une quelconque des formes que revêtent les hallucinations, communes ou verbales. On retrouve même la forme motrice. Un de mes malades atteint de folie de doute craint de dire des mots grossiers, parce qu'il se sent les articule?- si bien, quoique mentale-
(1) J. Sérias, Annales médico- psychologiques, 1892.
(2) Catsaras, Annales médico-psychologiques, 1892.
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ment, qu'il se demande par moments s'il ne les a pas réellement prononcés.
Je crois d'ailleurs ces hallucinations verbales motrices très fréquentes chez les obsédés, surtout à forme impulsive, qui disent souvent, en décrivant leurs idées, que cela leur vient à l'esprit comme si quelque chose le leur disait intérieurement ou comme s'ils se parlaient à eux-mêmes, etc.
À côté de tous ces symptômes psychiques, il ne faut pas oublier, Messieurs, que les obsédés présentent, au cours de leurs paroxysmes, des symptômes physiques.
Déjà nous en avons vu quelques-uns en parlant de l'angoisse.
D'une façon plus générale, nous pouvons dire que les plus ordinaires sont des symptômes neurasthéniques, parfois très accentués : sensations douloureuses diverses, fixes, ou erratiques, modifications de l'appétit, troubles digestifs, constipation, phénomènes d'auto-intoxication, etc.; le sommeil devient souvent très mauvais, et la nuit, les malades sont la proie de l'idée obsédante ou du mentismc.
Lorsque les obsédés sont des individus déjà atteints de maladies par troubles de la nutrition (diabétiques, albuminuriques, goutteux), on voit souvent une recrudescence des désordres qui les traduisent survenir au moment des paroxysmes obsédants.
Messieurs, nous venons de passer en revue les principaux caractères des phénomènes paroxystiques de l'obsession.
Je n'ai pas à vous parler longuement des troubles qu'on observe dans l'intervalle des paroxysmes.
Dans les formes constitutionnelles, vous retrouvez alors le fond habituel de déséquilibration mentale ; dans les
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autres, les symptômes neurasthéniques dont je vous ai déjà entretenus à propos du début de la maladie.
Et cette constatation vous montre encore une fois que ce sont là les vrais stigmates de la maladie. L'obsession n'est qu'un accident dans le tableau morbide, comme l'attaque convulsive dans celui de l'hystérie.
Je vais encore vous parler des formes que peuvent revêtir les paroxysmes obsédants.
Tantôt la crise est unique; c'est une idée obsédante qui passe, et tout rentre dans l'ordre.
Tantôt, au contraire, les crises sont subintrantes, elles semblent empiéter les unes sur les autres. C'est un véritable état de mal obsédant analogue à l'état de mal épileptique ou hystérique.
Cet état peut se prolonger pendant des heures, des jours, ou même des semaines ou des mois. Il revêt alors les apparences d'un véritable accès vésanique.
Vous allez voir des exemples de ces formes diverses chez les malades que je vais vous présenter, et dont l'une sort d'un accès ayant duré deux mois, sans aucun moment de calme.
On a observé quelquefois dans les paroxysmes une véritable périodicité. . . Chez une de mes malades, ils se présentent très régulièrement tous les jours à cinq heures de l'aprèsmidi et durent jusqu'à sept heures du soir. J'en ai vu deux autres, qui toutes deux avaient un accès prolongé de cinq à six semaines, l'une au mois de mars, l'autre au mois de novembre.
Je passe maintenant au diagnostic de l'obsession? Certaines formes d'obsessions , de celles par exemple
que M. Régis appelle les obsessions abouliques , peuvent être confondues avec la mélancolie dépressive simple, avec conscience. L'analogie n'est toutefois qu'apparente, ainsi que nous le verrons en étudiant plus tard cette forme vésanique. Je vous dirai simplement aujourd'hui que la différence capitale réside dans ce fait : que, dans la mélancolie, les symptômes d'inaction, comme tous les autres d'ailleurs, sont continus, persistants; tandis que l'obsession aboulique n'est qu'un syndrome intermittent et paroxystique. De plus elle se limite à un certain groupe de faits, tandis que l'aboulie du mélancolique est générale. Elle s'accompagne enfin d'un effort de lutte, qui n'est pas sans contraster singulièrement avec les troubles de la volonté, tandis que le mélancolique ne fait rien pour triompher de son aboulie et reste dans l'inertie complète.
Lorsqu'il s'agit de crises subintrantes, prolongées sous forme d'accès, le diagnostic n'est pas toujours facile, et je ne vois guère qu'une forme morbide avec laquelle on puisse le tenter : c'est la mélancolie anxieuse. Gomme j'ai l'intention de consacrer ultérieurement quelques-unes de nos réunions à l'étude de la mélancolie, vous saisirez ainsi plus facilement les points qui peuvent servir à ce diagnostic différentiel.
Mais l'obsession étant reconnue, il importe de faire tout de suite le diagnostic de la nature constitutionnelle ou non de la maladie. C'est surtout par la recherche des antécédents, du mode de début, des stigmates dont je vous ai parlé, ou des symptômes neurasthéniques que vous arriverez à être fixé sur ce point. D'après Morselli, dans la forme acquise, l'idée obsédante n'aurait pas le caractère épisodique, mais serait constamment uniforme. M . Régis pense,
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de son côté, que les variétés qu'il décrit sous le nom d'abouliques seraient plus fréquentes dans les mêmes circonstances.
11 faut aussi rechercher quelle est la nature de l'idée obsédante, notamment si elle est simple ou impulsive. Celleci, d'autre part, peut se présenter de diverses façons.
L'idée d'un acte comporte toujours des images motrices, mais elles peuvent être prédominantes ou effacées devant d'autres images sensorielles ayant trait au même acte.
C'est là un point sur lequel insistait fréquemment M. Gharcot. Si Ton interroge, disait-il, avec soin, un certain nombre d'individus sur la façon dont ils se représentent l'acte de la danse, on s'aperçoit que la plupart se voient, plutôt qu'ils ne se sentent réellement danser.
Eh bien, la même distinction existe à propos des idées impulsives.
J'ai cité déjà un malade qui avait l'obsession de tuer sa femme, et, pendant la crise, il voyait intérieurement la scène du meurtre, mais jamais il ne s'est senti agir. Ce malade visualisant son impulsion était bien moins dangereux que s'il avait eu une représentation motrice, comme la malade que je vais vous présenter, qui, elle, se sent poussée, toute prête à accomplir l'acte, suicide ou homicide, ainsi qu'elle en témoigne par une mimique fort démonstrative.
L'idée d'un acte, a-t-on dit, c'est déjà un acte qui commence. Et quand, dans cette idée, prédominent les images motrices, l'acte est bien près d'être exécuté réellement.
Aussi ne saurais-je assez insister sur l'importance qu'il y a à faire ces distinctions parmi les idées obsédantes, surtout au point de vue médico-légal.