PREMIÈRE LEÇON
Des Hallucinations1.
Sommaire. — Définition de l'hallucination. — Théories proposées pour l'expliquer.— Divisions : hallucinations conscientes et inconscientes; hallucinations élémentaires, communes, verbales.
Genèse des hallucinations. — Hallucinations auditives, élémentaires, communes. — Hallucinations verbales : visuelles, auditives. — Mécanisme de la fonction du langage. — Exemple clinique d'hallucinations verbales auditives.
Hallucinations motrices communes. — Hallucinations verbales psycho-motrices. — Le centre moteur d'articulation est le siège des hallucinations verbales psycho-motrices. — Arguments en faveur de cette théorie. — Caractères cliniques des hallucinés moteurs verbaux.
Degrés de l'hallucination verbale motrice : conversation mentale, hallucination verbale motrice, impulsion verbale. — Exemple clinique.
Diagnostic séméiologique des hallucinations. — Illusion. — Interprétation délirante. — Diagnostic actuel et rétrospectif. — Diagnostic par les signes objectifs : attitudes, mimique, costume, etc.
Messieurs,
Nous allons nous occuper, cette année encore, du diagnostic de la folie.
Un sujet aussi vaste ne saurait être traité au complet
(1) Leçon du 14 janvier 1894, publiée par M. H. Meige, in Journal des connaissances médicales, nos 6 et 7, 1894.
dans le petit nombre de leçons que je compte vous faire. Forcément, je dois le limiter.
Je m'attacherai surtout aux questions qui sont à Tordre du jour en psychiatrie. Ne croyez pas que toutes soient nouvelles ; mais parmi les plus anciennes et les plus discutées, beaucoup ont trouvé aujourd'hui comme un regain d'actualité, qui m'engage à vous en entretenir.
Il n'est pas toujours aisé de les bien concevoir, encore moins de les bien exposer. Aussi procéderons-nous du simple au composé : avant d'aborder la nosographie pure, je ferai donc quelques incursions dans le domaine de la séméiologie.
Je vous parlerai aujourd'hui des hallucinations, et, plus spécialement, des hallucinations verbales dans leurs manifestations les plus simples.
Il semble qu'une hallucination soit un symptôme toujours facile à reconnaître. Défiez-vous, Messieurs, de cette apparente simplicité. Vous trouverez à ce propos bien des erreurs de diagnostic, et les observations ne sont pas rares où l'on voit, décrits sous le nom à' hallucinations, des phénomènes qui n'ont avec celles-ci aucun rapport.
On a multiplié les définitions de l'hallucination. La meilleure, à mon avis, et en môme temps la plus simple, est celle qui la présente comme une perception sans objet. Un malade a entendu des voix, il affirme énergiquement qu'elles ont frappé son oreille, il répète même ce qu'elles ont dit ; et cependant ce malade était bien seul, sans interlocuteur; lui-même souvent en fait la remarque. C'est un phénomène purement subjectif; et bien souvent le seul critérium que nous puissions en avoir, c'est l'affirmation du sujet qui dit avoir entendu.