CINQUIÈME LEÇON
L'obsession (suite).
Sommaire. — De la conservation de la conscience dans l'obsession. ~ Les obsédés, pendant leurs crises, ne conservent pas toute leur conscience personnelle. — Ce qu'il faut entendre par un état de conscience : il implique la notion de la personnalité. — L'obsession peut être considérée comme une sorte de dédoublement de la conscience personnelle.
De la division de la conscience dans les différentes variétés d'obsessions. — Son étude dans l'obsession en général, conditions favorables à la mettre en évidence.
Elle se montre déjà quand les obsédés luttent sans succès contre leurs idées obsédantes, ou essayent de les chasser en fixant leur attention sur un travail déterminé. — Exemples cliniques. — État de l'attention dans l'obsession : hypertrophie de l'attention involontaire au détriment de l'attention volontaire, réduite ou impossible. — Tous les obsédés sont des abouliques.
Le contraste psychique. — Exemple clinique. — Tendance irrésistible à la contradiction. — Exemples cliniques.
Existence de troubles de la sensibilité générale, cœnesthétiques. — Ils se rencontrent dans nombre de cas où l'on ne pense pas à les rechercher : agoraphobie, folie du doute, impulsions. — Exemples cliniques.
Obsessions dites abouliques : troubles de la perception personnelle amenant l'impossibilité d'accomplir certains mouvements. — Ce fait s'observe aussi dans des obsessions décrites sous d'autres noms, délire du toucher, agoraphobie. - Exemples cliniques.
Obsessions impulsives .
Obsessions intellectuelles. — Exemple clinique, folie du doute.— Les troubles de la perception personnelle peuvent porter tantôt sur les faits actuels, tantôt sur les souvenirs de faits passés, devenant ainsi la source des interrogations.
Certains obsédés en arrivent à méconnaître leur propre personnalité, et même leur existence. — Exemples cliniques.
Chez les obsédés qui cèdent à leurs idées, à leurs impulsions, ou recourent à des subterfuges pour s'en débarrasser, l'idée pathologique a envahi tout le champ de la conscience.
La présence des hallucinations dans l'obsession montre également bien l'obnubilation de la conscience.
118 l'obsession.
De l'état, de la conscience dans les crises prolongées et les obsessions de longue date.
Conditions physiques et psychiques de la division de conscience chea l'obsédé. — Exemple clinique, auto-observation d'un obsédé. — Les troubles de la conscience interparoxystiques. — La diathèse d'incoercibilité psychique de Tanzi.
Les caractères de la division de conscience, de la désagrégation psychologique dans l'obsession.
En résumé, «l'obsédé est conscient d'un côté qu'il est inconscient de l'autre ^.
Messieurs,
Notre dernière réunion a été consacrée à l'étude d'une particularité de la symptomatologie de l'obsession : la présence des hallucinations.
Il en est une autre que je vous ai signalée en passant et que je désirerais analyser de plus près avec vous, avant d'en finir avec ce sujet : je veux parler de la conservation de la conscience dans l'obsession.
Tous les auteurs sont d'accord pour attribuer une valeur spéciale à l'état de la conscience chez l'obsédé.
Mais le terme de conservation de la conscience, que l'on emploie en général, est-il vraiment exact? Est-il bien vrai de dire que la conservation de la conscience reste toujours complète chez l'obsédé, avant, pendant et après les paroxysmes?
Pour ma part, Messieurs, je ne le pense pas ; et je vais essayer de vous présenter les arguments qui ont décidé de ma conviction.
Tl s'agit tout d'abord de bien délimiter la catégorie des malades à étudier. Nous envisagerons uniquement les obsédés qui n'ont que des obsessions rentrant dans le type clinique que je vous ai décrit. Nous laisserons de côté ceux gui présentent en m^me temps un délire quelconque, de
ÉTAT DS LA CONSCIENCE. 1 l(.)
persécution, hypocondriaque, etc., associé ou combiné avec leurs obsessions.
Que les obsédés, dans les intervalles de calme, aient conscience, comme on dit couramment, de la nature pathologique des symptômes obsédants qu'ils éprouvent, le fait est indéniable; encore verrons-nous tout à l'heure qu'il est bon de faire à ce sujet quelques réserves.
Que, sous l'influence de la crise, ils continuent à se rendre exactement compte des troubles psychiques qui les assaillent, cela est déjà plus discutable. Sans doute, un très grand nombre d'entre eux constatent et discutent leurs obsessions, même en pleine crise. Mais cela prouve-t-il que la conservation de la conscience reste complète? Nullement, à mon avis.
Dire que la conscience reste complète, parce que le malade semble assister en spectateur aux phénomènes morbides qu'il éprouve, parce qu'il cherche à combattre par tous les moyens dont il dispose un état de choses qui lui semble étranger et insupportable, me paraît un raisonnement quelque peu contradictoire.
En effet, cet état de choses, qui lui semble étranger, est un fait tout subjectif, survenu dans l'intimité même de son être psychique. Or, par cela même qu'il semble étranger au malade — tellement étranger qu'il lutte sans cesse et vainement contre lui pour le réduire ou l'éliminer — eût-il la notion la plus exacte possible de son caractère anormal, il n'en est pas moins vrai que ce malade n'a pas la notion complète de tous les éléments constituant, à ce moment donné, sa personnalité individuelle; en un mot, qu'il n'a pas conservé intacte sa conscience personnelle.
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Revenons, pour préciser davantage, à l'idée obsédante, et voyons comment elle nous apparaît, en dernière analyse, à cet égard, avec son cortège de symptômes habituels, le syndrome obsession.
L'idée obsédante, a-t-on dit depuis longtemps, naît de / 'inconscient.
Gomment peut-elle s'y élaborer? Je ne veux pas entrer ici dans des détails psychologiques qui sortiraient du cadre de nos études. Je vous ferai simplement remarquer que cette élaboration se fait sans nul doute de la même façon, d'après les mêmes lois que celle de toutes nos idées ordinaires conscientes. Il est certain, d'autre part, que dans des conditions absolument normales, un grand nombre d'états de conscience ont le même point de départ.
Mais voici où siège la différence : c'est que dans ce dernier cas, tous les éléments psychiques tendent à se réunir en une synthèse ou un système cohérent dont il est possible de suivre la filiation et qui, après réduction ou élimination de quelques-uns d'entre eux, se fond harmoniquement dans la conscience personnelle.
Je m'explique.
Nous pouvons nous figurer un état de conscience comme le résultat d'une opération en deux temps : — d'abord, l'existence d'un certain nombre d'éléments psychiques, par exemple des sensations diverses visuelles, auditives, kinesthétiques, etc., simultanées, isolées les unes des autres, pouvant même avoir une source différente; — en second lieu, une opération mentale active — perception personnelle — par suite de laquelle ces éléments simples, isolés (sensations élémentaires, états affectifs, phénomènes subconscients, comme il vous plaira de les appeler), viennent à se réunir, se combiner entre eux et surtout avec la masse