DIVISION DE LA CONSCIENCE
des notions antérieures qui constituent la personnalité individuelle, la conscience personnelle.
Ils aboutissent ainsi à un état unique auquel souvent l'un d'eux, principal, donne sa couleur, mais sans que pour cela cette synthèse définitive ressemble à aucun de ses éléments constituants. Ainsi a pris naissance ce qu'on appelle un état de conscience qui peut être une perception, une émotion, une volition claires, précises, bien définies, et dont le caractère principal est l'adjonction, l'assimilation à la notion de la personnalité '.
Voilà, bien sommairement, ce qui se passe à l'état normal. En est-il de même dans l'obsession? Assurément non.
Dans cet état pathologique, sans doute par suite de l'aboulie, de la faiblesse de l'attention qui préexiste toujours chez l'obsédé, la synthèse reste imparfaite. Au lieu d'aboutir à une synthèse unique et définitive, les éléments psychiques restent isolés ou forment entre eux de petites synthèses secondaires plus ou moins complexes, mais ne sont jamais qu'incomplètement assimilés aux acquisitions antérieures figurant dans la conscience du sujet, constituant la notion de sa personnalité.
Parfois même ces synthèses partielles, secondaires, fonctionnant pour leur compte, comme autant d'automatismes, entrent en lutte avec elle et avec assez d'avantages pour accaparer à leur profit un certain nombre de ses éléments, arrivant ainsi à l'obnubiler, quand elles ne l'effacent pas tout à fait.
L'obsession n'est donc, en résumé, qu'un état particulier de la désagrégation psychologique, une sorte de dédoublement de la conscience.
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Nous n'examinerons pas, à cet égard, toutes les variétés d'obsessions; elles sont innombrables, et leur étude nous entraînerait beaucoup trop loin. D'autre part, ces variétés sont bien artificielles. Leur dénomination ne dépend guère que du symptôme prédominant, et l'on réunit sous un même titre : folie du doute, délire du toucher, agoraphobie, onomatomanie, etc., des obsessions dont les éléments composants sont en réalité assez divers.
De même, ce serait, je crois, sans grand profit que nous nous occuperions successivement des obsessions intellectuelles, émotives, impulsives. Si les éléments psychiques qui entrent dans leur composition sont variables, il n'en est pas moins vrai qu'une idée, une émotion, une volition, envisagées dans leurs rapports avec la conscience personnelle, se présentent sous un jour identique. Plus accentués dans les impulsions, les troubles de la conscience sont moins évidents dans les obsessions intellectuelles; par suite, ils nous apparaîtraient seulement avec des différences d'intensité, non de nature.
Aussi me paraît-il préférable, pour étudier la division de conscience dans l'obsession, d'envisager ce syndrome en général, tout en insistant sur les conditions plus particulièrement favorables à la mettre en évidence.
Cette division de la conscience est extrêmement nette chez certains malades.
Elle se montre déjà, sous sa forme la plus atténuée, dans les cas les plus favorables, alors que le malade assailli par une idée obsédante pathologique entre en lutte avec elle, la raisonne, la discute et finit par la réduire à sa valeur normale ou la repousser. A ce moment, le calme renaît, la crise est passée. Mais il reste évident que pendant sa durée.
le malade a dû mettre en jeu toutes les notions enregistrées dans sa conscience personnelle pour faire face à une idée qui ne cadrait pas avec elles, qui semblait en quelque sorte étrangère.
D'ailleurs, bien exceptionnels sont les cas dans lesquels cette lutte contre l'idée obsédante donne de bons résultats. Toute idée que l'on discute tend, par ce fait môme, à devenir plus nette dans la conscience, c'est-à-dire à accaparer à son profit un plus grand nombre d'éléments psychiques; et cette tendance sera d'autant plus accentuée qu'il s'agira d'une idée obsédante, irrésistible ei envahissante de sa nature. N'oublions pas non plus que l'obsédé, toujours primitivement aboulique, voit vite ses forces intellectuelles s'épuiser dans la lutte, ne peut plus se raisonner lui-même et en arrive à implorer souvent l'assistance des autres. Encore celle-ci est-elle souvent impuissante.
Mais les troubles de la conscience peuvent être encore plus accusés.
La malade que voici vous fournira de nombreuses preuves des faits que nous allons passer aujourd'hui en revue.
Je ne vous exposerai pas son observation en détail, de peur d'abuser de votre attention, et aussi pour éviter des digressions oiseuses.
Cette dame, qui aujourd'hui a passé la quarantaine, est issue d'une famille comptant plusieurs aliénés. Elle est atteinte elle-même de la forme constitutionnelle de l'obsession. Ses idées obsédantes remontent à l'âge de quatorze ans; elles n'ont fait que se développer progressivement depuis cette époque, malgré quelques périodes de rémission plus ou moins prolongées, et elles se sont toujours
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présentées sous trois aspects : folie du doute, délire du toucher, impulsion à frapper.
C'est une femme très intelligente, analysant bien les symptômes qu'elle éprouve. Or, écoutez ce qu'elle nous dit lorsqu'elle parle de ses idées obsédantes :
« Je me fais l'effet d'être double, je me sens comme deux pensées se combattant : une qui est bien la mienne, qui cherche à raisonner, mais sans succès ; une autre qui me serait en quelque sorte imposée et que je subis toujours. Dans tout cela, je Unis par ne plus me reconnaître, mes idées s'embrouillent et je ne puis plus démêler le vrai du faux. »
On ne peut pas décrire d'une façon plus caractéristique la division de la conscience dans la crise obsédante.
En voici une nouvelle preuve, et c'est la même malade qui va nous la donner.
Je vous ai dit, dans notre dernière réunion, que les obsédés, remarquant eux-mêmes qu'ils sont plus tranquilles lorsqu'ils sont distraits par un travail absorbant, essayent souvent de faire trêve à leur idée morbide en s'appliquant à quelque occupation. Ce procédé, vous ai-je fait observer, réussit souvent. On le conçoit sans peine : la fixation entière de l'attention dans un sens déterminé a comme effet de faire converger vers un même but tous les éléments psychiques renfermés à ce moment dans la conscience personnelle, c'est-à-dire de provoquer une seule synthèse mentale très cohérente et volontaire.
Mais ce résultat, vous disais-je encore, n'est pas toujours # atteint, d'abord parce que l'obsédé est déjà aboulique et que son attention se fatigue vite; ensuite parce que l'obsession vient mettre obstacle à la systématisation mentale et substituer la division à l'unification.