‹ Leçons cliniques sur les maladies mentales et nerveusesChapitre 29 sur 135 · PERTE DE LA NOTION DE PERSONNALITÉ · texte numérisé non relu

PERTE DE LA NOTION DE PERSONNALITÉ

se retrouve tout aussi bien lorsque cette aboulie est purement intellectuelle. Tels ces individus qui, obsédés par la crainte du vol, comptent et recomptent leur monnaie sans se décider à la prendre; tels ceux qui, pour mettre une lettre à la poste, vérifient le timbre, l'enveloppe, l'adresse et se mettent à genoux sur le trottoir pour souffler dans la boîte aux lettres.

Ce fait est encore absolument net chez notre malade, surtout lorsqu'on envisage les notions d'espace et de temps.

Ainsi, elle se trouve incapable de localiser un bruit à sa distance réelle. Si elle entend marcher dans la rue, elle croira volontiers que c'est à côté d'elle, et la voilà reprise de ses craintes d'adultère inconscient.

Si son mari la quitte un instant, pour passer dans une autre pièce, pour descendre de tramway avant elle, elle ne peut arriver à se rendre compte du temps que cette absence a duré. Une minute lui semble des heures qui auraient pu être remplies par une série d'événements ; et elle reste impuissante à juger aussi bien de la durée qu'ils eussent exigée pour s'accomplir, que de celle du temps réel.

Ce sont là, vous le comprenez, autant de causes qui interviennent d'autre part pour augmenter ses craintes rétrospectives. Lorsque la perception actuelle des faits est aussi défectueuse, leur évocation par la mémoire ne peut qu'être empreinte d'une incertitude encore plus grande.

Mais ces troubles de la conscience personnelle peuvent être encore plus étendus, à tel point que le malade arrive à méconnaître sa propre personnalité.

Ainsi cette dame, toujours tourmentée par des scrupules de conscience, en est même arrivée plusieurs fois, à la nouvelle d'un crime retentissant, à être obsédée par la crainte

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qu'elle pouvait en être l'auteur, perdant assez la notion des faits réels enregistrés dans sa conscience personnelle à ce moment pour pouvoir douter de son innocence et s'affirmer coupable ; tout en étant incapable, d'ailleurs, de reconstituer et d'affirmer les événements qui auraient marqué son

crime imaginaire.

Dans des cas plus accentués encore, le malade n'a plus aucune notion de son identité, de sa 'propre existence.

Je soigne en ce moment un jeune enfant d'une douzaine d'années, atteint d'obsessions à forme constitutionnelle. Ce petit malade présente au plus haut degré cet état d'instabilité mentale dont je vous ai parlé précédemment.

Tout effort d'attention lui est impossible et provoque même souvent une série de phénomènes réactionnels d'automatisme, revêtant presque l'apparence d'une crise convulsive. Il se prend à tousser, à rire d'une façon excessive, parle avec volubilité, chante, se livre même à des mouvements désordonnés, dès qu'il vient de faire un effort pour fixer son esprit sur un sujet quelconque.

Cet état spasmodique. qui suit les tentatives d'attention, est bien connu chez les malades de ce genre, et M. Pierre Janet en fait une étude très complète, à propos des troubles de l'attention chez les hystériques fi). Mais chez l'enfant en question.ee n'était qu'un phénomène lié à son état constitutionnel d'instabi.lité mentale.

Au bout d'un certain temps, il fut pris d'accidents tout différents, d'idées obsédantes, notamment de folio du doute avec délire du toucher. Puis survinrent certains épisodes

(1) P. Janet, Etat mental des hystériques; les stigmates mentaux.

Bibliothèque Charcot-Debove.

ADAPTATION A i/lDÉE OBSÉDANTE. 189

qui sont, je crois, de nature à bien vous faire saisir l'obnubilation de la conscience pendant l'obsession.

Parfois, en se promenant, comme il restait un peu en arrière de son précepteur, celui-ci le rappelait vers lui. L'enfant accourait aussitôt ; et après l'avoir rejoint, tout à coup il s'écriait qu'on l'avait abandonné, laissé en arrière, qu'il fallait retourner le chercher, qu'il était perdu. Et il fallait longtemps au précepteur stupéfait pour le rassurer, lui persuader qu'il n'en était rien et que cet abandon n'avait jamais eu lieu.

Une autre fois, voyant passer une voiture cellulaire, il aperçut le garde municipal à la lucarne. La voiture passée, le voilà pris soudain d'une grande peur, craignant d'avoir été emmené par le garde qui l'aurait regardé en passant.

Enfin, un jour qu'il jouait au «gendarme et au voleur» avec son maître, celui-ci tire sur lui un coup de pistolet avec un de ces jouets d'enfants qu'on charge d'une amorce, et en même temps, il lui dit : « Vous êtes mort. » Subitement l'ardeur de l'enfant se calme, le voilà pris d'un paroxysme d'angoisse; il demande très sérieusement s'il est tué ou non, exigeant de plusieurs de ses parents l'assurance réitérée qu'il est bien encore en vie.

En face de tels faits, Messieurs, que penser de la conservation de la conscience pendant la crise d'obsession ?

Mais sans recourir à ces exemples que vous pourriez peutêtre qualifier d'exceptionnels, l'obnubilation de la conscience n'est-elle pas tout aussi accentuée dans les cas les plus vulgaires, alors que le malade cède à son obsession ; ou bien emploie pour s'en débarrasser, à ce qu'il croit, certains « trucs » plus ou moins ingénieux qui ne sont réellement

qu'une sorte de concession, de satisfaction donnée à ridée obsédante?

Alors l'obsédé s'est complètement adapté à son idée pathologique. Le processus morbide qui la constitue est devenu tellement envahissant qu'il absorbe à son profit presque tout le champ de la conscience.

Le dipsomane qui cède à son impulsion, abandonnant sa famille, ses affaires, vendant ses vêtements pour boire jusqu'à l'ivresse et même l'alcoolisme; le délirant du toucher qui se lave indéfiniment les mains pour avoir effleuré un bouton de porte ou rencontré un enterrement, peuventils passer pour avoir eu à ce moment la conservation de toute leur conscience?

Évidemment non, Messieurs. Alors qu'ils se laissent aller à la satisfaction de leur penchant, c'est qu'ils s'y sont totalement adaptés. La vaste synthèse psychique, qui constituait leur conscience personnelle, s'est trouvée effacée un instant devant la synthèse nouvelle correspondant à l'idée obsédante, de plus en plus précise et absorbante. Si, pour un moment, tous les éléments psychiques ont convergé vers un même but, s'ils semblent s'être groupés en une seule synthèse, un état de conscience unique, celui-ci n'est justement que le dernier terme d'épanouissement de la synthèse pathologique, la manifestation la plus nette de l'asservissement et de l'éclipsé momentanée de la conscience personnelle chez un sujet qui, pour un instant plus ou moins long, fut un véritable délirant.

Les cas d'obsession dont je vous ai parlé, où figurent des hallucinations, nous montrent également, d'une façon très évidente, combien la conscience peut être obnubilée au moment du paroxysme.

Tandis que dans l'hallucination consciente simple, l'individu se rend un compte très exact du symptôme qu'il éprouve, le discute, l'analyse, le juge à sa valeur, l'halluciné obsédé n'apprécie toujours que très difficilement — souvent môme pas du tout — le caractère morbide de ses hallucinations au moment du paroxysme.

Un malade dont j'ai déjà rapporté l'histoire, poursuivi par des hallucinations obsédantes de l'odorat, ne se rend exactement compte des symptômes dont il souffre qu'après sa crise. Au moment même, il ne peut se raisonner ; l'odeur lui semble parfois tellement forte, il la sent si nettement, qu'il croit même s'apercevoir que les personnes qui l'entourent la sentent aussi.

Ceux qui ont des hallucinations motrices croient souvent de môme avoir réellement entendu ou prononcé des paroles, accompli des mouvements. Nous en avons vu ensemble plus d'un exemple.

Si, dans certains cas, la crise passée, le malade juge exactement le phénomène morbide qui vient de l'assaillir, dans d'autres, il reste impuissant à le faire ; et c'est souvent là l'origine d'une crise nouvelle d'obsession, témoin notre malade lorsqu'elle est sous le coup de son impulsion de frapper les enfants.

L'autre jour encore, cette dame, en descendant dans sa cave, se sent poussée et croit voir un individu caché dans l'ombre. Elle remonte effrayée, et alors affirme qu'elle a vu cet individu aussi nettement que cela est possible dans l'obscurité, qu'il y était réellement, et la voilà reprise alors de la crainte d'avoir commis avec cet être, imaginaire en réalité, un acte d'adultère.

Le même fait est fréquent d'ailleurs chez bien des obsédés, qui, en dehors de toute hallucination, gardent le souvenir du

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paroxysme, mais ne peuvent arriver à expliquer, sinon confusément, ce qui s'est passé en eux à ce moment, tout en pouvant reconnaître ensuite que ces phénomènes inexplicables sont « de la maladie » .

11 est à remarquer d'autre part que, dans les crises prolongées sous. forme d'accès presque continus, le malade ne se rend qu'un compte entièrement vague de son état ; témoin la première de celle que je vous ai présentées l' avantdernière lois (1). De même, à la longue, à mesure que l'obsession dure, que les crises ou accès se répètent ou se prolongent, que l'affection tend à revêtir une forme presque continue, la conscience s'obscurcit de plus en plus. Tous les auteurs sont à peu près d'accord sur ce point, s Le malade, dit Schuele (2), accepte l'idée obsédante qui prend place au milieu de ses autres pensées ; la séparation disparaît, et l'idée obsédante devient un délire véritable. » L'obsession a tourné à la « manie » — en employant ce terme dans le sens usuel, extra-médical ; — elle est devenue une habitude, que le malade ne raisonne plus, qui fait partie intégrante de son être psychique.

J'espère, Messieurs, que ces différents exemples ont pu vous montrer la division de conscience qui correspond à l'idée obsédante.

Mais ce n'est là qu'une simple interprétation de ce phénomène, une analyse et non une explication. 11 faudrait, pour compléter la théorie de cet accident psychopathique, en rechercher le mécanisme, examiner à fond l'état mental particulier en vertu duquel il peut se produire, ainsi que

(1) Voir page 92.

(2) Schuele, Traité des maladies mentales.

EXEMPLE CLINigUE. il'i

i onditiona physiques auxquelles eet état mental se rattache lui-môme.

« Tous les hommes, disait fort justement Gondillac, ne peuvent pas lier leurs idées avec une égale force; les raisons qu'on en pourrait donner sont toutes physiques. »

C'est là un sujet qui mériterait une étude approfondie ; je regrette de ne pouvoir l'aborder maintenant. Je vous rappellerai seulement que, dans la descriptionrapide que je vous ai tracée de la symptomatologie de l'obsession, vous retrouverez cet enchaînement de symptômes : — faiblesse, épuisement, déséquilibration du système nerveux, symptômes neuro et psycho-asthéniques (émotivité, aboulie motrice et intellectuelle [aprosexïe], impulsivité ou plus généralement tendance à l'automatisme psychologique) — aboutissant en dernier terme à l'obsession.

Pour terminer, Messieurs, permettez-moi de vous rapporter une dernière observation particulièrement caractéristique à cet égard et qui, je l'espère, pourra suppléer à toute description.

M. X..., âgé de trente ans, est le fils d'une hystérique qui a même présenté des troubles mentaux caractérisés. Il ne sait rien de son enfance. Jusqu'à l'âge de dix-huit ans, il n'a rien éprouvé d'anormal ; en tout cas, rien qui ressemble aux symptômes qu'il accuse aujourd'hui. Il est d'ailleurs fort intelligent et a reçu une éducation des plus complètes.

Vers l'âge de dix-huit ans, il se préparait à concourir pour l'École normale supérieure, lorsqu'il fut pris, au cours de travaux excessifs et de veilles prolongées, de symptômes neurasthéniques : céphalée occipitale et en casque, faiblesse des jambes, spermatorrhée, troubles digestifs, paresse des

digestions, vapeurs à la tête, narcolepsie, etc. En même temps apparurent des symptômes psychiques (simple paresse intellectuelle d'abord, avec fatigue rapide pour le moindre travail) qui, progressivement et très rapidement, se sont développés sous l'aspect qu'ils ont encore aujourd'hui.

En bon psychologue, il a fait lui-même une analyse consciencieuse de son état mental. « Toutes mes facultés, dit-il, se sont affaiblies, mais je crois que ma maladie est surtout une maladie de l'attention. Du moins, c'est là ce qui m'est le plus pénible. Je ne puis pas fixer volontairement mon attention sur quelque chose; car, d'un autre côté, ma' pensée est entraînée malgré moi dans un courant d'idées que je ne puis refréner. Tout travail intellectuel m'est à peu près impossible ; quand je commence quelque chose, au bout de peu de temps je ne puis plus y prêter attention, et la distraction volontaire parle travail est tout à fait insuffisante pour maîtriser le courant des idées étrangères qui se pressent malgré moi dans mon esprit. Pour un travail très simple même, mon attention s'éparpille, je ne vois pas l'ensemble et je me perds dans les détails.

« L'affaiblissement de la mémoire me frappe aussi beaucoup. Que je ne retienne rien de nouveau, cela ne m'étonne guère, car je ne comprends pas grand'chose à quoi que ce soit. Mais d'un autre côté, je n'évoque que difficilement les faits anciens. Je ne puis me rappeler les choses que je cherche, me représenter mentalement les personnes que j'ai connues, les endroits que j'ai parcourus.

« Je constate aussi que chez moi toutes les impressions des sens ou morales ne se font pas du tout comme devant. Ainsi les impressions esthétiques, musique, peinture, ne sont plus les mêmes; et pour ce qui regarde les impressions

sensorielles, les sens sont plus sensibles qu'auparavant et les objets ne me produisent plus le même effet qu'autrefois. Je puis dire que si j'ai les mêmes sensations, je n'ai pins les m r mes perceptions... Et en même temps que j'ai l'impression présente, j'ai le souvenir de l'impression passée. Je vis comme si j'étais double, et par moments, je suis dans une sorte d'état de rêve. Si par exemple je passe dans une rue (bien que je ne puisse volontairement voir mentalement les choses), malgré moi je me rappelle ce que j'y ai vu quand j'y suis passé la dernière fois, et le souvenir est plus net que l'impression actuelle du moment ; souvent môme, il l'efface, et ensuite je m'éveille comme d'un rêve... »

Je ne veux pas prolonger outre mesure ces différentes citations. Il me semble qu'elles suffisent pour donner une idée très nette de l'état mental habituel particulier de notre malade.

Au début, tout se bornait là; mais depuis cinq ans à peu près, il présente d'autres symptômes, et ceux-là ne sont plus constants, mais paroxystiques. Ce sont des obsessions.

Le malade a remarqué lui-même qu'elles se montraient toujours lorsque les symptômes neurasthéniques dont il souffrevenaient à s'accentuer, et en particulier lorsque « son estomac va plus mal ».

Les idées obsédantes sont variables. C'est le plus souvent une sorte de folie du doute qui le pousse malgré lui à rechercher les causes et les conséquences de n'importe quoi ; — ou bien, lorsqu'il fait quelque chose, il est tenté de le défaire, craignant que ce soit mal fait; souvent il n'est pas sûr de s'être bien exprimé, d'avoir traduit exactement sa pensée ; — ou s'il achète un objet, il a peur de ne pas

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en avoir payé le prix exact et revient jusqu'à quatre et cinq fois redemander si l'on a bien trouvé le compte.

Ces différentes idées s'accompagnent d'une angoisse extrême : chaleur à la tête, palpitations, oppression , « comme lorsqu'on est dans l'attente d'une mauvaise nouvelle ».

Mais ces crises angoissantes sont encore en rapport avec d'autres idées. C'est ainsi qu'elles se présentent souvent le soir, parce que, en se couchant, il sent son corps comme changer de forme et il a le plus grand mal à corriger cette fausse sensation.

D'autres fois, la crise est déterminée par l'exécution d'un acte des plus simples, mais qu'il n'a pas l'habitude de faire. Il ne sait comment s'y prendre, et jamais seul il n'en viendrait à bout, dit-il ; « il faut le mettre en train, et une fois parti, cela marche. »

Il est également agoraphobe et, à ce propos, il nous donne des renseignements très curieux.

C'est ainsi que ses crises d'agoraphobie ne sont pas toujours dues au même mécanisme.

Tantôt elles résultent de cette indécision, de cette aboulie qui accompagne les actes les plus simples. Devant une place, il s'arrête, pris d'angoisse, ne sachant comment s'y prendre pour la traverser. Une fois parti, il continue sans difficulté.

Lorsqu'il s'agit d'une place qu'il connaît, les choses vont toutes seules s'il doit la traverser dans un sens qui lui est familier; la crise ne se présente que si son chemin vient à être changé. J'ai déjà fait allusion à ce fait tout à l'heure.

Enfin la crise agoraphobique est le plus souvent reliée à l'exagération de cet état, presque normal chez lui, qu'il décrit si bien et qui lui fait superposer ses souvenirs à l'impression actuelle. Il ne voit pas nettement la place telle qu'elle est, mais telle qu'il se souvient de l'avoir vue, et

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c'est cette confusion qui détermine son impuissance et sa crise.

Il lui est arrivé aussi en pareil cas de sortir dans une direction déterminée, et au bout d'un assez long chemin, de s'apercevoir « qu'il a marché automatiquement sans avoir pu saisir la transition première de la marche voulue à la marche automatique ». Le voilà alors pris d'angoisse : « Je me dis tout à coup, raconte-t-il : mais est-ce que c'est bien moi qui suis ici? Est-ce bien moi qui marche? Et alors je fais des efforts inouïs d'appliquer ma conscience à cette inconscience (sic) pour me rendre bien compte que je fais les mouvements de la marche. Si bien qu'à un moment, pendant cette sorte de crise, avant la certitude absolue, je suis conscient d'un côté que je suis inconscient de Vautre (sic). »

J'espère, Messieurs, que cette observation a pu vous faire saisir, sans qu'il soit besoin de plus amples explications, la genèse même et la nature de l'obsession ayant son point de départ dans des conditions somatiques particulières : déséquilibration nerveuse, état neurasthénique. Vous avez pu voir aussi cette division de la conscience, qui accompagne les crises, préparée et entretenue par un état mental persistant à un degré plus ou moins accentué. L'autobiographie de notre malade met en lumière, mieux que toute description, la note spéciale de cet état mental, ses différents éléments : troubles de la volonté, de l'attention, de la mémoire, dénotant déjà une altération de la perception personnelle. Cette désagrégation psychologique, cette division de la conscience qui atteint son maximum au moment de la crise obsédante, n'en existe pas moins dans les intervalles, à l'état latent, comme en puissance, constituant une sorte de diathèse mentale particulière qu'on pourrait ap-

peler, avec Tanzi, la diathèse dincoercibilité psychique (1). L'idée obsédante qui en est la manifestation la plus parfaite, l'accident ultime, semble donc bien exactement constituée par un groupement, une synthèse de certains phénomènes psychiques qui, loin de s'assimiler à la synthèse principale représentant la conscience personnelle, entre en lutte avec elle. Il est donc inexact de dire que cette dernière est conservée intégralement; au contraire, elle se trouve dissociée ; un certain nombre de faits psychiques lui restent toujours étrangers, leur compréhension [comprehenderé) lui échappe ; ils l'obnubilent toujours plus ou moins.

Je m'empresse d'ajouter que les faits psychiques qui constituent l'idée obsédante ne sont pas totalement subconscients et indépendants, comme cela arrive dans d'autres formes de désagrégation mentale, l'hystérie, par exemple.

Ils ne sont abandonnés qu'en partie à leur développement automatique, ils envahissent à chaque instant la conscience, se mêlant aux autres pensées (2).

C'est là la note particulière de l'obsession, qui fait que l'individu peut se rendre compte de ce qu'il éprouve, peut môme l'analyser assez exactement ; mais cela ne veut dire en aucune façon qu'il soit complètement conscient, au sens strict du mot.

En résumé, Messieurs, je pense qu'au lieu de continuer à donner la conservation complète de la conscience comme une caractéristique de l'obsession, il serait plus exact de dire que cette caractéristique, pour employer l'expression topique de notre malade, réside dans ce fait que Yobsédé est conscient d'an côté qu il est inconscient de l'autre.

(1) Tanzi, Archivio italianoper le malattie nervose, 1891.

(2) P. Janet, État mental des hystériques ; les ((évidents mentaux. Bibliothèque Gharcot-Debove, p. 292etsuiv.

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