‹ Leçons cliniques sur les maladies mentales et nerveusesChapitre 31 sur 135 · CONSIDÉRATIONS HISTORIQUES · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS HISTORIQUES

On s'est rangé plutôt, en France, à l'opinion soutenue ù la même époque par Baillarger, qui rattachait tous ces faits à la mélancolie, sous le nom de mélancolie avec stupeur. Or, les vues de Baillargcr sont beaucoup trop exclusives et ne s'appliquent qu'à certains cas particuliers. Delasiauve et ses partisans, tout en reconnaissant pour une part l'exactitude des vues de Baillarger, décrivent d'autre part isolément un groupe de faits particuliers auxquels ils réservent le nom de stupidité ou confusions intellectuelles.

Plus tard, une autre cause a puissamment contribué à faire oublier les idées de Delasiauve : c'est l'apparition de la théorie de Morel sur la dégénérescence mentale. Cette théorie, qui mérite évidemment une place importante dans la pathologie générale, a été appliquée d'une façon excessive à la clinique ; et c'est là, à mon avis, une tendance fâcheuse contre laquelle il est indispensable de réagir. Avec cette conception, en effet, on arrive à faire rentrer dans la folie dégénérative une foule de formes morbides disparates qu'on ne se donne même plus la peine de classer. Peu à peu, le mot dégénéré devient un simple synonyme ft aliéné, et la dégénérescence mentale n'est plus guère qu'un caput mortuum dans lequel s'entassent pêlemêle les cas les plus divers de vésanie.

C'est seulement en 1892 que la question de la confusion mentale fut reprise en France; par M. Chaslin, dans une communication au congrès de Blois.

Très discutée à ce moment, la tentative de M. Chaslin fit cependant rapidement son chemin. Un an après (sans compter quelques mémoires à l'appui publiés dans l'intervalle par différents auteurs), au congrès de la Rochelle, la plupart des aliénistes français, à propos des auto-intoxications dans les maladies mentales, semblaient admettre la

confusion mentale qui prenait ainsi désormais droit de cité en France comme à l'étranger.

C'est qu'en effet, mieux inspirés que nous, les étrangers avaient mis h profit les premiers travaux français sur la question et continué d'étudier la confusion mentale, qu'ils décrivaient sous des noms divers, le plus ordinairement ceux de Verwirrtheit, amentia, dysnoia, et d'autres encore que je ne citerai pas tous ici (tels que A eu te prima re Verrùcktheity Hallacinatorischer Wahnsi?in,e[c), pour ne pas compliquer cette étude déjà difficile.

Vous trouverez d'ailleurs, pour la synonymie et l'historique, tous les renseignements désirables dans l'excellent travail de M. Chaslin (1). Je ne connais depuis cette époque que quelques mémoires sur des points particuliers du sujet, mais aucun travail d'ensemble (2).

Sans plus insister sur ce côté de la question, qui sort de notre programme, nous nous bornerons à l'étude clinique de ces cas intéressants, non seulement au point de vue nosographique, mais aussi et surtout au point de vue pratique; car s'ils soulèvent des problèmes de diagnostic et de pronostic souvent fort ardus, le traitement lui-même comporte parfois des indications d'une grande importance. Sans doute, je n'ai pas la prétention de trancher ici ces questions, il restera encore longtemps des inconnues à dégager ; mais ce but sera d'autant plus vite atteint que l'attention des médecins se fixera davantage sur ces formes délirantes.

(1) Pli. Chaslin, Annales médico-psychologiques, 1 892 . — Voir aussi Journal des connaissances médicales, ISOi.

(2) Voir depuis : llannion, Thèse de Paris, 1894. — Pli. Chaslin. la Confusion mentale primitive, 1 vol. in-18, Paris, 1895.

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