SYMPTOMES PSYCHIQUES SECONDAIRES
d'après, parfois sous la môme forme, d'autres fois sous une forme différente.
Quand on interroge un malade sur les propos qu'il tenait une heure auparavant, bien souvent il ignore ce qu'on lui demande et ne se rappelle rien des pensées qu'il avait à ce moment; ou, s'il s'en souvient, il ne peut les expliquer. C'est là un caractère diagnostique d'une certaine valeur et qu'il ne faut jamais négliger de rechercher.
D'ailleurs, ces idées peuvent se traduire spontanément par une loquacité toute spéciale, une sorte d'automatisme de la parole correspondant à l'automatisme de la pensée et qui montre le confus passant, en l'espace de quelques minutes, d'une idée à une autre avec la plus complète incohérence. Parfois, il marmotte des paroles à voix basse sur un ton de litanie, et, de môme que l'on peut comparer le confus qui ne présente que les symptômes fondamentaux examinés tout à l'heure à un individu réveillé brusquement d'un profond sommeil, celui-ci ressemble à un rêveur qui parlerait son rêve.
Dans certains cas mêmes, le malade ne se contente pas de marmotter, mais prononce à voix haute des paroles décousues, se reliant par assonance et donnant encore au langage un cachet de paraphasie spéciale. Tel l'exemple rapporté par M. Chaslin : « Zéro... estropié... Salut bon... Ah ! je suis rasé. Oui, oui, c'est ça. Nous avons l'honneur. Veux-tu le savoir, il est bon le parapluie... Là, ou demain matin après l'aiguille pas de piqûre, attends... cassez le bout... battu, content, ficelle, épatant la mère Durand c'quelle l'avait grand... Turlututu chapeau pointu, coton écru... Henri quatre, etc. »
A ce propos, je vous signalerai un fait d'une certaine importance pour le diagnostic : c'est que la loquacité du
confus peut tout aussi bien coexister avec un état de dépression que d'agitation générale. Et dans ce dernier cas, il y a le plus ordinairement un défaut de parallélisme entre l'agitation motrice généralement peu accentuée et le bavardage intarissable et monotone.
Assez souvent, à côté des idées délirantes, et leur servant en quelque sorte d'aliment, on trouve des hallucinations sensorielles. Elles peuvent intéresser tous les sens, mais plus particulièrement ceux de la vue et de l'ouïe. Elles sont également pénibles, parfois terrifiantes, mobiles, variables comme les images d'un kaléidoscope. Ces erreurs des sens doivent être bien distinguées des troubles de la perception extérieure que nous avons signalés tout à l'heure.
Notons aussi les impulsions subites, irréfléchies et irrésistibles, sous forme de raptus, auxquelles peuvent s'abandonner ces aliénés ; impulsions parfois inoffensives (rires explosifs), mais qui peuvent être aussi l'origine d'actes dangereux pour eux-mêmes ou pour les autres (violences, suicide). Il ne faut pas cependant s'exagérer leur danger : il arrive souvent qu'entre le moment où survient l'idée d'un acte impulsif et l'accomplissement de cetacte, le malade oublie cette idée, et, partant, ne la met pas à exécution. Ainsi que le dit fort justement Delasiauve : « Ces impulsions fortuitement écloses au milieu du désordre fébrile, du conflit d'hallucinations incohérentes, n'ont aucun des caractères qui constituent les déterminations volontaires. » Une de mes malades qui avait ainsi des impulsions de suicide se dirigeait parfois subitement vers la fenêtre comme pour s'y précipiter. Mais il suffisait, sans déployer de contrainte, de la retenir un peu, de lui parler un moment pour faire avorter l'impulsion.