‹ Leçons cliniques sur les maladies mentales et nerveusesChapitre 39 sur 135 · SYMPTOMES SOMATIQUES · texte numérisé non relu

SYMPTOMES SOMATIQUES

les lèvres, dans la langue ou les membres, soit au repos, soit à l'occasion des mouvements volontaires qui deviennent ainsi mal coordonnes ; et le fait, vous le comprenez, a une grande importance au point de vue du diagnostic.

Souvent on observe des troubles oculo-moteurs, et de X inégalité pupillaire ; mais celle-ci est généralement mobile, variable d'aspect, transitoire, intermittente ou de courte durée.

Enfin on peut remarquer quelquefois, et à de certaines périodes, une sorte ÏÏélat catalepti forme, de la catatonie, ou encore un état de raideur musculaire qui peut être très accentué et généralisé, les membres semblant comme en contracture. C'est le phénomène que l'on désigne souvent sous le nom de status attonitus.

J'ai rencontré parfois une exagération des réflexes tendineux. L'examen objectif de la sensibilité est des plus difficiles, souvent impossible, et de ce côté ce sont les troubles delà perception, examinés précédemment, qui priment tout.

Au point de vue subjectif, les malades se plaignent de douleurs pénibles dans tout le corps, surtout la tête. Ils ont la céphalée en casque des neurasthéniques, la plaque sacrée et des sensations douloureuses dans la colonne vertébrale et les jambes. Déjà, en 4852, Delasiauve parlait de cette calotte de plomb qui causait tant de souffrancesaux malades. Le fait est à noter tant au point de vue clinique qu'en raison de son intérêt historique.

Quant au sommeil, il peut être irrégulier, entrecoupé de cauchemars ; mais le plus souvent on ne note qu'un état de somnolence continuelle, ou bien une insomnie rebelle.

En tout cas, il est à remarquer que, le sommeil eût-il même été bon, la confusion est toujours plus accentuée au réveil et dans la matinée que dans l'après-midi.

Messieurs, nous allons, si vous le voulez bien, interrompre ici, pour le moment, notre étude de la confusion mentale primitive, et je vais vous présenter une malade dont l'examen, je l'espère, pourra fixer plus aisément dans votre esprit quelques-unes des différentes particularités symptomatiques que je viens de vous signaler.

Ma,e G... est âgée aujourd'hui de vingt-neuf ans. Nos recherches sur ses antécédents héréditaires sont restées négatives. Sa santé personnelle fut toujours bonne; elle n'eut jamais à souffrir de troubles nerveux caractérisés. Elle était, paraît-il, d'une intelligence très moyenne ; elle put acquérir cependant une certaine instruction et n'a jamais manifesté, antérieurement, de bizarreries du caractère, de troubles de l'intelligence.

Elle a déjà eu quatre enfants dont deux sont morts d'athrepsie en bas âge ; les quatre accouchements se passèrent sans le moindre incident.

Il y a trois mois, elle accoucha, au bout de sept mois de grossesse jusque-là sans accidents, d'un enfant qui ne vécut pas. Cet accouchement prématuré fut suivi d'une hémorragie très forte ; dans les jours suivants, elle se plaignit un peu du ventre, eut quelques vomissements et, paraît-il, de la fièvre pendant plusieurs jours.

Au bout de trois semaines environ, elle était en pleine convalescence, lorsqu'un matin, à son réveil, elle se mit subitement à déraisonner. Elle ne reconnaissait pas les personnes qui étaient autour d'elle ; elle demandait où elle était, ce qui était arrivé, semblant même avoir oublié les circonstances qui avaient suivi son accouchement. Elle se rappelait bien qu'elle avait accouché, mais c'était tout ; et elle réclamait son enfant, qu'elle voulait voir.

Cet état a continué les jours suivants : Mmo G... restait égarée, absolument désorientée, ne répondant aux questions qu'on lui adressait que par des mots sans suite, des phrases incompréhensibles. En outre, à de certains moments, elle émettait des lambeaux de conceptions délirantes, disant qu'il y avait des gendarmes autour d'elle, qu'on allait lui tirer un coup de fusil, que son mari était malade, qu'il fallait aller chercher le notaire, etc. Elle semble avoir eu à ce moment des hallucinations, car elle demandait souvent pourquoi « on lui disait » qu'il fallait qu'elle parte ; de même elle avait aussi des raptus impulsifs, se levant comme pour prier, déchirant tout d'un coup son linge, etc.

Au bout de dix jours environ, ces divers symptômes délirants disparurent, et la malade tomba dans un état de torpeur très accentuée. Elle restait inerte, répondait à peine aux questions qu'on lui adressait, se contentant de regarder d'un air hébété les personnes qui lui parlaient et qu'elle ne reconnaissait même pas, ou ne répondant avec peine que quelques mots décousus, vagues ou incompréhensibles. Elle semblait absolument indifférente à tout ce qui se passait autour d'elle. Il fallait la diriger comme un véritable enfant, l'habiller, la faire manger, etc. Elle était d'ailleurs docile, se laissant facilement conduire, mais avec une grande lenteur, ne s'aidant presque pas. A cette époque, elle a uriné au lit pendant quelques jours. Constipation habituelle. On a remarqué aussi qu'elle avait maigri beaucoup et que la face, les mains étaient violettes et toutes froides. Le sommeil est resté à peu près normal.

Trois semaines plus tard, c'est-à-dire un mois à peu près à dater du début des troubles délirants, cet état de stupidité a commencé à s'atténuer progressivement. Sans

manifester d'ailleurs d'initiative personnelle, Mmc C... était devenue moins apathique, faisant seule sa toilette ou mangeant lorsqu'on le lui disait. Parfois elle se levait d'ellemême, faisait quelques pas, comme machinalement, regardait autour d'elle d'un air égaré. Elle commença, à ce moment, à reconnaître les personnes qui l'entouraient, sa mère, son mari ; mais cela était encore difficile, il fallait l'aider en quelque sorte, et malgré tout, elle n'en paraissait qu'à moitié certaine. La plupart du temps elle gardait le silence, sauf par instants, où elle se mettait à rabâcher d'un ton bas et monotone, et d'un air égaré, des lambeaux de phrases sans suite. Si on lui parlait, ses réponses n'arrivaient souvent qu'après plusieurs questions, et de plus elles étaient souvent erronées ou bien interrompues. Il était manifeste qu'elle ne se rendait pas bien compte de ce qui s'était passé, de l'endroit où elle était, de la durée et des circonstances de sa maladie.

La famille a remarqué elle-même ce fait, qu'elle semblait beaucoup plus lucide l'après-midi, et surtout le soir, que le matin.

Les semaines suivantes, l'amélioration continuait à progresser, et la malade se réveillait en quelque sorte petit à petit, lorsqu'il y a une quinzaine de jours une rechute s'est produite subitement, du jour au lendemain; c'est alors que j'eus l'occasion de l'observer.

Depuis lors, son état ne s'est guère modifié. Au lieu de vous l'exposer, je préfère amener la malade devant vous, et je compléterai ensuite les lacunes de son interrogatoire.

Je vous engagerai tout d'abord, Messieurs, à remarquer le faciès, l'attitude, la démarche de cette malade. Vous voyez qu'elle se laisse conduire comme un véritable

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(Mitant. Il faut qu'on la guide, car, abandonnée îi ellemême, elle ne sait où se diriger, alors même que nous lui indiquons ce qu'elle doit faire. Ainsi, par exemple, si nous lui disons simplement de s'asseoir, elle reste immobile ou tout au plus se dirige vers la chaise que nous lui indiquons, et s'arrête au bout de quelques pas. 11 faut lui approcher la chaise et réitérer, à plusieurs reprises, les injonctions. Quelque mouvement que je lui demande d'accomplir, vous constatez la même hésitation, et lorsqu'elle se décide à exécuter ce mouvement, vous voyez avec quelle lenteur elle y arrive. Si on lui dit de marcher, elle semble ne pas savoir de quel pied elle va partir; il faut lui donner l'impulsion initiale, et au bout de quelques pas mal assurés, elle s'arrête et regarde autour d'elle d'un air bébété. Sa démarche est d'ailleurs lente, pénible ; les jambes sont pliées ; elle se traîne en quelque sorte ; au bout de peu de temps, elle s'affaisse et il faut la soutenir.

Sa physionomie est aussi bien particulière et revêt une expression qu'il importe de connaître. Sans entrer dans des détails minutieux à ce sujet, vous vous rendez aisément compte ici que cette expression est celle de l'égarement. Tantôt cette femme regarde devant elle, les yeux grands ouverts, dans l'attitude de la stupéfaction ; ou bien elle tourne la tête de tous côlés d'un air égaré, comme si elle se demandait où elle est. Ainsi que je vous le disais tout à l'heure, on pourrait comparer assez exactement sa physionomie et son attitude à celle d'une personne éveillée brusquement d'un profond sommeil. Et n'allez pas croire que cet habitus d'égarement soit transitoire, déterminé par le seul fait que la malade a été amenée devant vous. Nullement ; c'est là sa manière d'être habituelle et constante.

Essayons maintenant d'entrer en communication avec elle.

D. — Bonjour, madame.

R. — {D'un air indiffèrent,) Bonjour,... monsieur.

D. — Me reconnaissez-vous ?

R. — Non.

D. — Voyons, cherchez un peu, me connaissez-vous?

R. — (Avec effort.) Oui... monsieur... monsieur le docteur...

D. - Où êtes-vous ici ?

R. — (Elle regarde autour d'elle.)... Je ne sais pas.

D. — Où étiez-vous tout à l'heure, quand on vous a amenée ?

R. — {Avec effort.) Amenée?... J'étais... chez des amis.

D. — Qu'est-ce qu'ils font, ces amis?

R. — ... Je ne sais pas.

D. — Qu'est-ce qu'ils font, quand vous êtes avec eux?

R. — Us font... beaucoup...

D. — Où couchez-vous chez eux ?

R. — Je couche dans le lit... (r/te.)dans le lit qui est là.

D. — Où cela?

R. — Là... là-bas.

D. — Gomment êtes-vous venue ici?

R. — Je suis venue ici... je ne sais pas.

D. — Gomment êtes-vous venue ici?

R. — Je suis venue... par... [Vite.) parle chemin.

D. — Y a-t-il longtemps que vous êtes venue?

R. — Oui... il y a... (Vite.) longtemps que je suis venue.

D. — Gombien de temps?

R. — Je... ne sais pas.

D. — Voyons, combien de temps?

R. — Trois ans.

D. — Trois ans, bien sûr?

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