VARIÉTÉS
symptômes essentiels, fondamentaux; — et la variété hallucinatoire ou délirante (HaUueinatorische Verwirrtheit), dans laquelle les symptômes psychiques accessoires, très développés, occupent, en apparence du moins, le premier rang. Suivant le développement de tels ou tels d'entre eux, suivant leur persistance ou leur succession, cette dernière variété peut être ainsi dite agitée , dépressive ou alternante.
D'autre part, la confusion mentale, élément fondamental de l'affection, pouvant être plus ou moins accentuée, on peut, sans tenir compte des degrés intermédiaires, distinguer, à ce point de vue, trois degrés d'intensité de l'affection.
C'est la confusion mentale primitive proprement dite, qui représente le degré d'intensité moyen.
Si les phénomènes sont plus accentués, on aura ce qu'on appelle la démence primitive aiguë, caractérisée, non plus par la gêne, mais par l'abolition de l'exercice intellectuel. Elle comprendra deux variétés correspondantes à celles distinguées tout à l'heure dans le degré moyen de confusion mentale, et qui seront la démence aiguë apathique (stupidité proprement dite) et l'agitée.
Au degré le plus léger, nous aurons, au contraire, ce que Delasiauve appelait la stupidité légère ou apathie intellectuelle, la torpeur cérébrale de Bail, dans laquelle, à côté des symptômes essentiels de difficulté, de paresse des opérations mentales, d'aboulie intellectuelle et motrice, peuvent exister ou non des phénomènes secondaires d'automatisme intellectuel atténués, représentés surtout par le mentisme. Du côté physique, le malade accuse alors des symptômes neurasthéniques, signalés déjà par Delasiauve.
Pour ce même auteur, la caractéristique de ces cas atté-
nués est que le malade a conscience de son état comme au travers d'un nuage. La confusion, en effet, n'est pas assez accentuée pour qu'il ait perdu complètement la notion du trouble dont il est atteint.
Messieurs, je viens de vous faire passer en revue les distinctions basées sur la prédominance de tel ou tel ordre des symptômes psychiques et sur leur intensité en général.
Mais cela ne suffit pas, à mon sens, et je pense qu'il est encore nécessaire de distinguer une autre catégorie de faits dans lesquels les symptômes somatiques occupent la première place.
Je vous ai énuméré déjà les symptômes somatiques de la confusion mentale.
Parfois, ils peuvent s'exagérer au cours de la maladie, et Ton est souvent alors embarrassé au point de vue du diagnostic d'une affection intercurrente possible. Cette recrudescence peut n'être que passagère et, au bout de quelque temps, tout rentre à peu près dans l'état antérieur. J'ai rapporté un fait de ce genre au congrès de la Rochelle (1).
Mais l'issue n'est pas toujours aussi favorable et la mort peut survenir dans ces conditions, comme chez une malade que nous avons observée, l'an dernier, dans le service (2).
D'autres fois, enfln, les symptômes physiques prédominent dès le début et durent tout le temps de la maladie, qui revêt alors une physionomie spéciale. Ce sont ces derniers cas, d'un pronostic très grave, souvent fatal, que je
(1) J. Séglas, Des auto-intoxications dans les maladies maritales (Archives générales de médecine, novembre 1893. Observation IV.)
(2) J. Sérias, Ibid. Observation XVI résumée.
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proposerai do réunir, provisoirement et faute de mieux, sous le nom de variétés cachectique, typhoïde, méningitique, suivant l'aspect général imprimé à la maladie par l'ensemble des symptômes physiques.
Ceux-ci se manifestent alors, dès le début, par un ensemble d'accidents plus ou moins bruyants. Ce début subit s'accompagne généralement de fièvre. Après une courte période de grande agitation avec confusion dans les idées, hallucinations, le malade tombe dans un collapsus pouvant s'accompagner de rêvasseries qui ressemblent à celles des typhiques. La fièvre persiste, irrégulière avec des intermittences; la langue est sèche, fuligineuse, les lèvres et les narines pulvérulentes, l'haleine fétide, le ventre ballonné ou rétracté ; refus des aliments, constipation rebelle ou diarrhée incoercible. L'amaigrissement s'accentue avec une rapidité effrayante ; puis apparaissent des troubles vasomoteurs, la raieméningitique, des troubles trophiques, des eschares. Et la mort survient souvent au milieu de ces accidents d'aspect typhoïde qu'on ne peut rapporter à aucune infection connue et déterminée, ou simplement dans un état de cachexie extrêmement rapide.
Dans d'autres cas, on note des soubresauts des tendons, de la carphologie, des raideurs musculaires parfois généralisées, des tremblements de toutes espèces, de l'incoordination motrice, de la trépidation spinale, des convulsions épileptiformes, du strabisme, du nystagmus, de l'inégalité pupillaire persistante. On pense alors souvent à une paralysie générale à marche rapide ou à une forme anormale de méningite tuberculeuse.
Ce tableau, Messieurs, rappelle singulièremant celui des maladies infectieuses. Je suis convaincu qu'il faut y faire
rentrer un certain nombre des cas disparates décrits autrefois sous le nom de délire aigu.
Quelle est la marche de la confusion mentale ?
Il peut exister un stade prémonitoire de quelques jours à quelques semaines, caractérisé par un changement de caractère, de l'irritabilité, de l'insomnie, de l'anxiété, une grande difficulté à coordonner les idées, la conscience qu'a le sujet d'une maladie qui se prépare.
Très souvent le début est rapide, soudain, masqué par delà stupeur ou encore par un accès d'agitation avec idées délirantes et hallucinations, d'une durée de quelques jours, et la maladie s'établit ensuite suivant une des formes déjà décrites.
Elle prend alors une marche continue, entrecoupée de rémittences et de paroxysmes, au cours de laquelle on observe un mélange déréglé de stades d'agitation, de calme et de stupeur, d'une durée variable, pouvant même être traversés par des intervalles de lucidité relative ; cela rend la distinction de la forme très difficile à faire, surtout lorsqu'on ne voit le malade qu'en passant.
La durée varie de quelques semaines à plusieurs mois. En moyenne, la maladie dure de quatre à six mois, et les formes qui ne durent que quelques jours ou semaines sont des formes abortives ou suraiguës (délire de collapsus). Il en est, d'autre part, qui se prolongent pendant un an et plus.
Les modes de terminaison, sont, d'ailleurs, très variable.-. C'est d'abord la guérison. Il est bon de noter, à ce propos, que la convalescence peut être progressive ou oscillante avec des rechutes après lesquelles elle reprend son cours.