‹ Leçons cliniques sur les maladies mentales et nerveusesChapitre 43 sur 135 · TERMINAISONS · texte numérisé non relu

TERMINAISONS

Elle est, on général, très lente et marquée parla persistance de signes physiques accentués d'épuisement nerveux.

De plus, fait capital, les malades ne se souviennent que très vaguement — parfois même pas du tout — de leur maladie et n'ont aucune conscience de sa durée.

Lorsqu'ils peuvent, dans la convalescence, fournir quelques renseignements sur leur état de maladie, on voit combien ils diffèrent des mélancoliques avec stupeur de Baillarger. Tandis que ces derniers racontent qu'ils ont passé par un délire intérieur très actif, les confus se bornent à répondre, comme le faisait justement remarquer Delasiauve: « Je ne puis rien dire, je ne sais pourquoi je restais immobile et silencieux ; je ne sentais rien, je ne pouvais répondre... les idées ne m'arrivaient pas, je ne pensais à rien, j'étais comme un morceau de bois, etc. »

Si, dans certains cas, la confusion mentale guérit tout à lait, plus complètement même alors que toute autre maladie mentale, il arrive aussi que la santé intellectuelle ne subit pas la restitutio ad integrum. L'exercice intellectuel reste difficile et même il peut y avoir un léger affaiblissement des facultés. Ou bien on note pendant un temps, quelquefois très long, la persistance d'un symptôme, le plus généralement la faiblesse de l'attention (aprosexie) ou de la mémoire, sous la forme appelée amnésie rétro-antérograde ou amnésie continue. J'en ai observé un exemple très remarquable dans un cas de confusion mentale primitive survenue dans la convalescence d'une fièvre typhoïde.

D'autres fois, la confusion mentale, en disparaissant, laisse persister derrière elle des idées délirantes, tantôt sous la forme d'obsessions conscientes, tantôt sous celles d'idées fixes inconscientes, qui peuvent être l'origine d'un délire systématisé.

Delasiauve avait fort justement comparé ce qui se passe alors à ce qu'on observe chez les alcooliques qui restent délirants, une fois les accidents toxiques disparus.

La confusion mentale primitive peut aussi aboutir à un état de démence secondaire chronique.

Enfin, Messieurs, une dernière terminaison est la mort.

La confusion mentale, en effet, est une affection dont on peut mourir. C'est même, avec la paralysie générale, la seule maladie mentale qui puisse causer la mort. Et elle peut tuer ainsi par elle-même, par elle seule, comme dans les dernières variétés exposées tout à l'heure. Dans d'autres cas, la mort survient par le fait d'accidents intercurrents, ce qui s'explique facilement par l'état d'épuisement où se trouvent les malades (pneumonie, phtisie, accidents méningitiques, état de délire aigu secondaire).

D'après cela, vous pouvez aisément comprendre que le pronostic ne laisse pas d'être assez épineux.

Les renseignements qu'on rencontre à ce propos dans les auteurs sont très variables et souvent contradictoires. Delasiauve, Sauze, Ballet, Fritsch, regardent le pronostic comme favorable. Krafft-Ebing est déjà moins optimiste et ne donne que 70 pour 100 de guérisons.

D'autres statistiques sont loin d'être aussi consolantes. D'après Meynert, il y aurait plus de non-guérisons que de guérisons, car il donne les chiffres suivants: 46,9 pour 100 de non-guérisons, 44,5 de guérisons et 8,6 de morts. Wille confirme ces chiffres.

Pour ma part, bien que je n'aie pas dressé la statistique précise des faits qui me sont personnels, je crois qu'elle viendrait à l'appui de l'opinion de ces deux auteurs.

Je crois donc qu'il ne faut pas être trop optimiste au

Page 1