TRAITEMENT MORAL
ne tardent, pas à suivre la môme voie de progrès. Après avoir observé ce qui se passe autour de lui, le malade compare
entre eux les divers objets qui ont fixé son attention, il saisit leurs rapports, raisonne, en un mot, comme il le faisait auparavant. La mémoire, d'abord obscure et infidèle, reprend toute sa puissance, la volonté suit dans sa marche les progrès de l'entendement; cette apathie, cette inertie si complète, finit peu à peu par disparaître. Les malades ne se laissent plus pousser ni conduire par le premier venu, ils ont repris la conscience de leur moi. »
Telles sont les règles du traitement moral qui se résume en une véritable reéducation, au cours de laquelle on ne devra jamais oublier ce principe : que les malades ne doivent pas être fatigués sous peine d'une rechute ou d'un arrêt dans la convalescence.
Reste une dernière question , celle de X internement Sans aller avec certains auteurs jusqu'à le proscrire absolument, je pense (et c'est un point sur lequel j'ai insisté dans un précédent travail sur ce sujet) (1), qu'on ne doit y recourir qu'à la dernière extrémité, lorsqu'il est impossible d'entourer les malades des soins et de la surveillance nécessaires ; il faut aussi le faire cesser aussitôt que possible. L'internement, le changement de milieu, ne peuvent qu'augmenter la désorientation, la confusion mentale qui est le fond même de la maladie. Au début, l'isolement à domicile suffit pour donner à l'esprit le calme et le repos nécessaires; et, lorsque le traitement moral que je considère comme indispensable, devient possible, il est beaucoup plus facile et plus utile dans ces conditions — si le malade se trouve dans un milieu qui lui était familier autrefois —
(1) Annales médico-psychologiques, mai-juin 1893.
car il s'appuie alors sur des acquisitions intellectuelles anciennes. La part de nouveauté est toujours suffisante; nous savons aujourd'hui par l'expérience que, dans ces cas de désagrégation mentale, où l'assimilation psychique se fait mal, la nouveauté des faits et des objets intervient comme un des facteurs principaux de la difficulté avec laquelle se fait la synthèse mentale.
Pour terminer, Messieurs, je veux vous rapporter l'observation d'une malade, atteinte de confusion mentale primitive et qui me paraît intéressante à divers points de vue.
Il s'agit d'une dame, âgée de trente ans, blanchisseuse, que j'ai observée en ville, avec mon excellent confrère et ami le docteur Marey.
Les renseignements que nous avons pu recueillir sur les antécédents de cette malade nous ont appris qu'elle avait un frère épileptique ; elle-même était nerveuse, mais sans manifestations caractérisées. Il y a dix ans, elle fut soignée pour des accidents tuberculeux du sommet droit, qui ont guéri. Elle prenait volontiers, de temps en temps, un verre de vin pur en mangeant, mais c'était tout ; elle fumait et avait l'habitude de manger une cuisine très épicée.
Les accidents actuels débutèrent dans la soirée du 15* mai. Les jours ou semaines précédents, la famille n'avait rien remarqué d'insolite dans ses idées, ses paroles, ses actes, son attitude, non plus que dans sa santé physique. Depuis quelque temps, elle se fatiguait beaucoup, et le jour même du 15 mai elle avait eu une violente discussion avec une de ses ouvrières.
Le début fut absolument subit. Tout d'un coup, sans aucun prodrome, la malade tombe; elle a alors un vomissement alimentaire. Pas de paralysie, pas de convulsions;