‹ Leçons cliniques sur les maladies mentales et nerveusesChapitre 65 sur 135 · CONDITIONS DE L'EXAMEN · texte numérisé non relu

CONDITIONS DE L'EXAMEN

d'auto-accusation, de tentatives de suicide, d'un état de dépression ou d'anxiété.

Or, ce sont là des données parfaitement insuffisantes pour faire un diagnostic exact. Les idées d'humilité, d'autoaccusation, le suicide, etc., peuvent se rencontrer conjointement dans bien des formes vésaniques autres que la mélancolie ; et même avec la dépression ou l'anxiété, qui, au lieu d'être les phénomènes primitifs et fondamentaux, ne sont plus alors que de simples modes de réaction sous l'influence du délire. Ce qui importe pour le diagnostic de la mélancolie, ce n'est pas tant la constatation de ces divers symptômes, que leur évolution, leurs associations réciproques. Vous devrez, pour cela, rechercher non seulement la présence des symptômes fondamentaux que je vous ai énumérés dans la définition de la mélancolie, mais aussi leur mode d'enchaînement, leurs rapports intrinsèques, aboutissant en dernier terme à un délire dont les caractères généraux sont ceux que nous avons examinés, surtout ceux que nous avons reconnus être les principaux. Ce sont là autant d'indications qui manquent dans beaucoup d'observations, par ce fait incomplètes et ne fournissant sur la nature exacte de la maladie que des données incertaines et peu précises.

A côté de ces observations douteuses, il en est d'autres, manifestement erronées, dont les détails prouvent bien que le sujet n'était pas un mélancolique, mais que sa maladie rentrait dans d'autres classes voisines d'affections mentales, telles que, par exemple, la confusion mentale délirante, hallucinatoire ou non, la folie systématique (paranoia) aiguë avec ou sans hallucinations, etc.

Vous comprenez maintenant, Messieurs, pourquoi je vous

disais qu'il faut être certain d'avoir affaire à un cas de mélancolie vraie. Et, de plus, vous ai-je dit, elle doit être pure, c'est-à-dire dégagée de tout autre élément susceptible de créer par lui-même des symptômes surajoutés au délire mélancolique simple.

Vous savez, par exemple, avec quelle facilité les hystériques peuvent devenir hallucinés. Qu'un de ces malades vienne à être atteint d'un accès de mélancolie vraie, le terrain sur lequel celui-ci se sera développé ne pôurra-t-il pas être considéré comme entrant pour une bonne part dans la production des hallucinations?

J'en dirais autant des individus qui sont sous le coup d'une intoxication (alcool, morphine, cocaïne, etc.), toujours favorable à la production de phénomènes hallucinatoires, qui représentent un élément surajouté au cours d'un accès de mélancolie, alors même que ce dernier n'est pas directement en rapport avec l'intoxication.

Il me semble de même que les cas désignés généralement du nom de mélancolie avec stupeur doivent être mis à part dans cette étude. Il faut convenir, en effet, que ces faits nous sont bien peu connus. La mélancolie avec stupeur n'est pas toujours, ainsi que le croyait Baillarger, une simple exagération, le degré maximum de la mélancolie. La stupeur se présente souvent à titre d'élément surajouté, avec un cortège de symptômes qui peuvent lui être directement rattachés. D'autre part, beaucoup de faits désignés couramment sous le qualificatif de mélancolie avec stupeur ; ne sont nullement des cas de mélancolie ; ils appartiennent à d'autres formes vésaniques, comme la confusion mentale ou le délire hallucinatoire.

On se limitera donc aux deux formes dépressive et

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