‹ Leçons cliniques sur les maladies mentales et nerveusesChapitre 67 sur 135 · CARACTÈRES ET FRÉQUENCE · texte numérisé non relu

CARACTÈRES ET FRÉQUENCE

Ils résultent des examens de mélancoliques que j'ai observés depuis plusieurs années. Je vous citerai simplement, pour fixer vos idées, le cas suivant relatif à une malade que j'ai suivie très attentivement; elle était atteinte de mélancolie délirante, vraie et pure.

« Au cours de cet accès, elle a entendu par l'oreille la voix de Dieu qui lui a dit une fois : « Tu es maudite; » et elle a vu ces mots écrits sur le mur. Mais, à cette époque, il y avait trois mois qu'elle était malade et que, pour expliquer le changement survenu en elle, elle se disait à ellemême : « Mais, tu es maudite. » Depuis, aussi, elle a eu des hallucinations visuelles communes, en rapport avec ces mêmes idées ; elle a vu le diable, l'enfer; mais ces hallucinations ne se présentent que la nuit, les personnages sont indistincts, ce sont plutôt des ombres qu'elle voit sur le mur. Pour l'ouïe, de même, elle n'entend que des bruits. »

Passons maintenant aux hallucinations motrices.

A l'inverse des précédentes, elles semblent être fréquentes chez les mélancoliques, soit sous la forme commune, soit sous la forme verbale.

Je n'insisterai pas ici sur les hallucinations motrices communes. On admet assez généralement que les troubles de la sensibilité générale et viscérale ne sont pas rares chez les mélancoliques, notamment chez ceux qui délirent dans le sens hypocondriaque. Or, bon nombre de ces phénomènes ne sont autres que des hallucinations motrices communes. Vous les constatez souvent également, à des degrés différents, pouvant même aller jusqu'à l'impulsion, lorsque ces malades accusent des sensations d'arrêt, de déplacement, et disent se sentir entraînés ou empêchés dans l'accomplissement de certains actes.

A côté de ces hallucinations motrices communes, et plus fréquemment peut-être, vous rencontrerez la forme verbale, souvent très nette et présentant tous les symptômes psychologiques que nous avons étudiés ensemble au début de ces conférences.

Parfois même le phénomène atteint son plus haut degré d'intensité et se présente sous l'aspect de l'impulsion verbale, lorsque, par exemple, les malades ont en même temps des idées de possession.

D'autres fois, et dans presque tous les cas, on peut noter un symptôme identique de nature, bien que différent d'intensité : c'est la conversation mentale, se faisant surtout à l'aide des images verbales motrices, représentant ainsi l'état faible de l'hallucination de même nature. Elle est presque de règle chez le mélancolique, pouvant se montrer dès le début de l'affection et constituant ainsi un terrain tout préparé pour le développement ultérieur de l'hallucination motrice confirmée.

En résumé, je crois donc, Messieurs, pouvoir dire que, si l'on s'adresse, pour la recherche des hallucinations, aux cas de mélancolie délirante vraie et pure, si l'on fait bien la distinction d'une part entre les hallucinations et des symptômes très ordinaires dans ces cas, facilement et souvent confondus avec elles (l'illusion, l'interprétation délirante, les troubles de synthèse mentale), d'autre part entre les hallucinations sensorielles et motrices surtout verbales, on est amené à penser que, sans être exceptionnelles, les hallucinations sensorielles ne sont pas un symptôme essentiel ni fréquent dans la mélancolie délirante. En ce qui regarde notamment les hallucinations verbales, les hallucinations motrices semblent être, surtout si on

Page 1