‹ Leçons cliniques sur les maladies mentales et nerveusesChapitre 70 sur 135 · OBSESSIONS : EXEMPLE CLINIQUE · texte numérisé non relu

OBSESSIONS : EXEMPLE CLINIQUE

des choses défendues. Il me semble que tous mes actes peuvent entraîner de mauvaises conséquences; si je mets, par exemple, tel vêtement, mon enfant sera malade et ce sera de ma faute. Je me sens toujours portée à souhaiter toutes sortes de choses mauvaises, tout ce qui me fait le plus de peine. Je me dis d'abord : « Si je faisais cela, ce « serait horrible, je ne voudrais pas ! » Puis après, je me dis : « Si, cependant, je l'avais fait », et alors je n'arrive jamais à me rendre compte si réellement je n'ai pas fait de mal, je suis dans des transes comme des remords. Il y a quelque temps, je me croyais ainsi cause de la mort de plusieurs personnes. J'ai cru aussi avoir volé pour avoir eu, en faisant mes achats, l'idée que je pouvais voler et bien que je compte toujours scrupuleusement ma monnaie. Il m'est venu à l'esprit l'idée que je pouvais tromper mon mari ; je ne l'ai jamais fait et n'ai pas envie de le faire ; mais, ensuite, je me demandais si réellement je n'étais pas adultère et j'avais beau m'interroger à ce sujet, je ne pouvais éclaircir ce cas de conscience. »

Si vous vous rappelez les considérations que je vous ai exposées sur les troubles de la conscience chez les obsédés, vous saisirez aisément ici le mécanisme des idées d'autoaccusation. Elles sont le résultat direct de l'automatisme psychologique provenant lui-même du défaut de synthèse mentale, de l'état d'aboulie qui fait le fonds de la maladie chez le douteur. Son attention défectueuse, sa mémoire infidèle ne lui permettent d'assimiler qu'incomplètement les faits à sa conscience personnelle et de n'en évoquer qu'imparfaitement le souvenir. De là ses doutes, ses scrupules sur tel ou tel point, et aussi ses craintes de culpabilité. Grâce à l'état de désagrégation psychique du malade,

36*2 LE DÉLIRE i/aUTO-ACCUSATION.

elles deviennent le noyau d'une synthèse secondaire se développant aux dépens de cette synthèse principale qui représente la conscience du sujet jusqu'à envahir plus ou moins complètement, à un moment donné, le champ de la conscience, si bien qu'à ce moment le malade peut se croire réellement un coupable.

Dans les intervalles de calme, le diagnostic de cas semblables est facile. De même au moment du paroxysme, s'il est court ; mais, s'il se prolonge sous forme d'accès (p. 84), cela devient plus malaisé. De telles idées obsédantes s'accompagnant le plus ordinairement d'anxiété, on pourrait penser à un accès de mélancolie anxieuse. Dans les deux cas, les troubles intellectuels ont isolément de nombreux points de ressemblance. Aussi faut-il surtout, comme nous l'avons fait pour établir les caractères du délire mélancolique, les envisager dans leur mode de développement, leur intensité, leurs rapports réciproques, et s'appuyer, pour le diagnostic, sur l'ensemble symptomatique et la marche de la maladie. C'est à cela que pourront vous servir les différentes notions que je vous ai déjà exposées sur les obsessions et sur la mélancolie simple et délirante.

Vous pourrez encore de cette façon distinguer les cas plus complexes que nous avons étudiés, où, par le fait de l'idée obsédante, se développe un épisode de mélancolie pouvant s'accompagner d'auto-accusation à titre d'idées délirantes vraiment mélancoliques ; — et d'autres encore où l'on voit un accès de mélancolie vraie avec idées d'autoaccusation se montrer, sous l'influence des causes ordinaires, chez un individu primitivement obsédé (p. 317).

Paralysie générale. — C'est aujourd'hui, Messieurs, un point de clinique bien connu que les idées de grandeur, de

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