QUATORZIÈME LEÇON
Paranoia aiguë et confusion mentale primitive. Les idées d'auto-accusation dans la paranoia aiguë
Sommaire. — La Paranoïa. — Sa définition, ses divisions.
Opinions diverses sur la délimination de la paranoia aiguë et de la confusion mentale hallucinatoire.
Paranoia aiguë simple. — Exemple clinique : idéesde persécution et d'auto-accusation.
Paranoia aiguë hallucinatoire. — Exemple clinique.
Paranoia aiguë hallucinatoire avec confusion mentale. — Exemple clinique : idées d'auto-accusation.
Confusion mentale primitive hallucinatoire. — Exemple clinique.
Distinction de la paranoia aiguë et de la confusion mentale primitive.
Cas mixtes; délires hallucinatoires : exemple clinique.
Messieurs,
Dans une de nos précédentes réunions, je vous ai parlé incidemment du diagnostic de la confusion mentale primitive proprement dite, d'intensité moyenne, avec certaines formes de paranoia aiguë; diagnostic souvent difficile par lui-même et qui parfois le devient d'autant plus, que cette paranoia aiguë peut aussi s'accompagner d'états de confusion mentale. Je me propose aujourd'hui de vous entretenir de cette question avec plus de détails. Si, en pratique, elle mérite une étude particulière, elle n'est pas moins importante en théorie ; car elle a trait à la délimitation même de la confusion mentale et de la paranoia aiguë,
(1) Leçon du 7 mars 189L
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qui, aujourd'hui encore, est à l'étranger l'objet de bien des controverses.
lime semble tout d'abord nécessaire de vous indiquer très brièvement ce qu'est la paranoia.
On désigne sous le nom de paranoia — folie systématique — un état psychopatbique fonctionnel, caractérisé par une déviation particulière des fonctions intellectuelles les plus élevées, n'impliquant ni une décadence profonde, ni un désordre général, s'accompagnant presque toujours d'idées délirantes plus ou moins systématisées et permanentes avec hallucinations fréquentes.
Ce délire, qui ne représente qu'une phase, le point culminant de l'affection, est indépendant de toute cau-e occasionnelle ou de tout état morbide émotionnel antérieur ; il a son origine dans l'intimité du caractère individuel, de la personnalité ; c'est un délire primitif. Aussi ne fait-il que mettre en évidence d'une façon tout à fait pathologique des anomalies de la constitution psychique parmi lesquelles prédomine l'exagération du sentiment de la personnalité, l'autophiiie. Il se présente comme une sorte de perception inexacte de l'humanité, échappant à la loi du consensus universel, comme une interprétation particulière du monde extérieur dans ses relations avec la personnalité du malade qui rapporte tout à lui, soit en mal, soit en bien (caractère égocentrique des auteurs allemands) ; et il s'accompagne toujours d'un manque de critique, de contrôle, d'une foi absolue — bien que la lucidité reste complète eu dehors du délire. Les hallucinations, lorsqu'il en existe. sont créées à l'appui de ce délire, le personnifient en quelque sorte, et, par suite, ont le même caractère égocentrique.
DELIMITATION. 3$5
Comme exemple de paranoïa, je vous citerai ces faits, qu'on a décrits en France sous le nom de délires des persécutions.
Sans entrer ici dans l'exposé de la question de la paranoia, je vous dirai simplement que tous les auteurs admettent l'existence d'une paranoïa primitive, celle dont je viens de vous esquisser très rapidement la définition. Il en est qui décrivent en plus une paranoïa secondaire, c'est-à-dire survenant à la suite d'états psychoneurotiques, manie ou mélancolie. Mais on s'accorde le plus généralement à la considérer comme une simple période de délire systématisé formant un trait d'union entre l'affection première et la démence.
En ce qui a trait à la paranoïa primitive, tandis que certains auteurs la regardent comme étant toujours de nature constitutionnelle (paranoia dégénérative), d'autres, sans nier qu'il existe des cas de ce genre, en restreignent plus ou moins le domaine et admettent en regard des cas de nature acquise (paranoia psycho-neurotique.)
Enfin, si tous sont d'accord à lui reconnaître une marche essentiellement chronique, progressive ou rémittente, il en est qui décrivent cependant une forme aiguë de la paranoia primitive.
Cette forme aiguë de la paranoia primitive, lorsqu'elle s'accompagne d'hallucinations (et le cas est fréquent), peut offrir une assez grande ressemblance avec la variété hallucinatoire de la confusion mentale primitive.
De là les divergences des opinions que l'on trouve exprimées à cet égard dans la littérature psychiatrique.
Cette question de délimination,déjà difficile au point de
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vue clinique, est d'une étude encore singulièrement embrouillée par l'emploi des dénominations usitées, très nombreuses et souvent employées dans des sens différents.
C'est ainsi qu'en Allemagne, où cette question a surtout été agitée, le terme Wahnsinn est tantôt synonyme de Verrùcktheit et Paranaoia; tantôt au contraire il s'applique à des faits distincts, correspondant à la Verwirtheit ou confusion mentale d'autres écrivains, dont les synonymes sont aussi multipliés. M. Ghaslin en a recueilli vingt-huit en différentes langues !
Je ne puis, Messieurs, aborder ici l'exposé successif et la critique des idées de chaque auteur en particulier. Il me semble préférable, pour nos études cliniques, de considérer la question à un point de vue général.
En résumé, les différentes opinions sur les cas en litige peuvent se réduire à quatre.
1° C'est ainsi que Westphal (1), le premier, décrit très rapidement, à côté des formes chroniques de Verrùcktheit, — ou, comme nous disions tout à l'heure, Paranoïa — une forme aiguë (acute primàre Verrùcktheit), caractérisée par un début et un développement rapide du délire, avec hallucinations multiples et confusion dans les idées et comprenant tous les cas aigus que nous envisageons.
Merklin (2), Buch, Schœfer (3), Schuele (4), Rosen-
(1) Westphal, Allg. Z. f. Psych., 1878, t. XXXIV.
(2) Merklin, Thèse de Dorpat, 1879.
(3) Schœfer, Allg. Z. f. Psych., t. XXXVII. Cet auteur se sert du terme de Wahnsinn, au lieu de celui de Verrùcktheit, employé par Westphal.
(4) Schuele, Traite des maladies mentales. 11 se sert également du terme de Wahnsinn et la Verrùcktheit n'est pour lui que la forme originelle, un groupe du Wahnsinn typique.