CONFUSION PRIMITIVE HALLUCINATOIRE
de contrôle, de critique, est chez elle évidente. Sans doute, aujourd'hui, elle raconte bien les péripéties de son délire, mais elle est très améliorée. Dans la période d'état, au contraire, elle manifestait une conviction profonde dans la réalité des symptômes pathologiques qu'elle accusait.
Ce nouveau cas se manifeste donc encore à nous avec tous les caractères de la paranoïa aiguë.
Mais en plus des précédents, il nous a montré deux particularités importantes : d'abord la grande prédominance des idées d'auto-accusation de formule mélancolique. 11 est à remarquer que cette malade, à l'époque où elle présentait ces idées côte à côte avec d'autres symptômes qu'on retrouve dans la mélancolie, ne les émettait guère au dehors et se renfermait plus volontiers dans un mutisme obstiné. Ce n'est que plus tard qu'elle a raconté toutes ses vicissitudes délirantes et dévoilé leur intensité. Par là comme par les détails de ses récits, elle se rapproche singulièrement des faits décrits très improprement par Baillarger sous le nom de mélancolie avec stupeur. Je vous ai déjà dit que cet auteur avait confondu, pour ces seules raisons, des cas très disparates. Jl en est qui sont des exemples de confusion primitive hallucinatoire; je serais porté à penser que d'autres se rapprocheraient de notre cas actuel et pourraient être qualifiés as paranoïa aiguë hallucinatoire.
J'espère, Messieurs, que les considérations précédentes suffiront à vous éclairer sur la valeur, en pareille circonstance, du délire d'auto-accusation, qui n'a du délire mélancolique que la formule, mais aucun des caractères généraux, nécessaires et indispensables.
Toutefois, sa prédominance dans certains cas de paranoïa aiguë donne à l'affection une physionomie un peu spéciale
et justifie, en quelque sorte, les tentatives de classification de certains auteurs, comme Krœpelin qui, dans le cadre de son Wahnsinn (Paranoia aiguë), distingue plus particulièrement une forme dépressive, très rapprochée de la mélancolie, mais en différant cependant par le développement, en quelque sorte fantaisiste, du délire, qui n'est plus l'interprétation de troubles émotionnels ; de plus, la prédisposition est plus grande, et les individus ont déjà présenté des désordres psychiques.
Notre malade nous fournit ainsi un exemple de ces faits dont je vous ai déjà parlé (p. 3d9), dans lesquels un délire de formule mélancolique apparaît d'une façon primitive et qui, malgré quelques points symptomatiques communs, doivent être séparés de la mélancolie si l'on envisage l'ensemble psychopathique.
Enfin, le second point plus particulier de notre observation, c'est la présence de la confusion mentale. Vous avez pu, je l'espère, saisir ici son mécanisme et son aspect lorsqu'elle se manifeste comme symptôme secondaire. Vous n'en apprécierez que mieux les différences radicales qui, malgré certaines ressemblances apparentes, séparent foncièrement les cas de ce genre de ceux de confusion primitive hallucinatoire, que nous allons examiner maintenant. En voici un exemple :
M. G..., âgé de trente-deux ans, appartient à une famille dans laquelle je n'ai pu trouver aucun antécédent notable, rien non plus dans les antécédents personnels. L'enfance fut normale, le développement physique très régulier. Ce jeune homme est intelligent, très travailleur, instruit; d'un caractère entêté, sombre, aimant la solitude; extrêmement sobre, d'une conduite très régulière; il fut