‹ Leçons cliniques sur les maladies mentales et nerveusesChapitre 80 sur 135 · CONFUSION PRIMITIVE : EXEMPLE CLINIQUE · texte numérisé non relu

CONFUSION PRIMITIVE : EXEMPLE CLINIQUE

toujours affecté d'un léger bégaiement. Depuis deux ans, il s'est très fatigué à travailler outre mesure, et a présenté, dans les derniers temps, des troubles neurasthéniques; il se plaignait fréquemment de maux de tête, comme d'une barre sur les yeux, de douleurs de reins; les digestions étaient lentes et s'accompagnaient de gonflement de l'estomac, de renvois de gaz, de somnolence ; constipation, urines parfois très épaisses, tachant le vase.

Le 16 juin 1893, M. G..., alors en voyage avec son père, déjeune chez des amis. Tout allait parfaitement bien jusquelà; mais le soir, subitement, il se plaint de sentir partout une odeur d'iris, d'être gêné pour respirer, et il prétend qu'on a mis des substances nuisibles dans un verre de vin qu'on lui a fait boire au déjeuner, qu'on a voulu lui jouer une mauvaise farce ; état d'agitation anxieuse très prononcé. Ces symptômes persistent les jours suivants; les hallucinations de l'odorat, l'anxiété même s'accentuent, ainsi que le délire; il a peur qu'on le fasse mourir, qu'on l'empoisonne, lui et les siens.

Il est ramené de suite par son père à Paris, et là, les troubles intellectuels ne font que s'accentuer. Il sent toujours l'iris partout, il prétend qu'on l'a empoisonné, qu'on va le faire mourir, qu'on lui a jeté un sort; il refuse tous les aliments, sauf le lait et le bouillon, leur trouvant une odeur d'iris, qu'il sent dans toute la maison; de même, il ne veut prendre aucun médicament. Il s'inquiète aussi de ses parents, dit qu'on va également les empoisonner, les réclame sans cesse et les suit partout comme un véritable enfant. Il perd totalement le sommeil, ne peut tenir en place, se plaint d'être oppressé. Par moments, il demande où il est, ce qui se passe, disant qu'il a les idées embrouillées .

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Ses paroles et ses actes sont souvent contradictoires. Ainsi, tantôt il se plaint que sa mère lui a jeté un sort; l'instant d'après, il s'inquiète de ce qu'elle devient et ne peut la quitter. Un jour, il s'échappe de chez lui pour aller porter plainte chez le commissaire; mais, en route, il change de direction sans savoir pourquoi et va chez son médecin, où il demande du bouillon, qu'on lui donne, et dont il prend cinq ou six tasses de suite.

Jusqu'au jour où je le vis, il resta à peu près dans un état identique. Cependant, le^ personnes qui l'entouraient remarquaient que ses idées devenaient de moins en moins nettes, de plus en plus enfantines ; qu'il avait l'air de plus en plus égaré, « comme imbécile » .

A ma première visite, le 21 juin 1893, je constate dès l'abord que le faciès est fatigué, la démarche pénible; le malade s'avance avec peine en traînant les jambes, comme une personne épuisée, presque à bout de forces. Le regard est vague, égaré, et la physionomie étonnée, tout à fait semblable à celle d'un individu qui se réveille en sursaut.

L'interrogatoire est très difficile ; on a peine à fixer l'attention. M. G... comprend ce qu'on lui dit, mais péniblement; il faut répéter les questions et insister pour obtenir quelques mots. Suivant une expression vulgaire, il n'a pas l'air d'être à la conversation. Il ne parle guère spontanément; ses réponses restent inachevées ou se terminent par une incidente tout à fait différente du début de la proposition. On voit qu'il a peine à rassembler ses idées, et le ton interrogateur du langage manifeste bien l'incertitude, la confusion de la pensée. 11 semble trouver difficilement ses mots et fait un véritable abus de « chose. machin » à la place des termes précis qui lui échappent.

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De plus, (Finie minute à l'autre, il oublie ce qu'on lui a demandé et ce qu'il vient de dire.

Il est tout à fait égaré ; non seulement il ne peut évoquer que très difficilement les souvenirs des faits antérieurs à sa maladie, mais il ne sait pas grand'chose de ce qui s'est passé depuis son voyage. 11 ne se rappelle pas du tout ce qu'il a fait, dit ou vu les jours précédents; même les détails du délire n'ont laissé dans la mémoire que des traces aussi confuses que le reste des notions intellectuelles. C'est, sans doute, dit-il, parce qu'il est éveillé, et il faudrait l'endormir pour le rendre lucide.

Néanmoins, il conserve encore des idées d'empoisonnement et des hallucinations de l'odorat, qui se font jour isolément ou se manifestent incidemment au cours d'une réponse commencée sur un sujet différent. Il me fait sentir ses aliments, changer de place à cause de l'odeur d'iris qu'il sent partout, et même il ne me parle pas en face de peur de m'envoyer des odeurs d'iris, tellement il en est imprégné. Il n'insiste pas quand on contredit ses idées, toujours vagues, peu précises; mais elles reparaissent l'instant d'après, pour disparaître ensuite de même, conservant ainsi un caractère de grande mobilité.

Non seulement l'évocation des souvenirs passés et surtout récents est très difficile, mais le malade n'a encore qu'une notion très vague du temps. De même, bien qu'il dise être chez lui, il regarde sans cesse tout ce qui l'entoure d'un air tout à fait étonné. Il semble s'en rendre compte ; car il dit, à plusieurs reprises, qu'il ne peut pas penser, rassembler ses idées, qu'il perd la mémoire. Il porte incessamment la main à son front et derrière la nuque ; se plaint de souffrir de la tête, comme si elle était serrée dans un étau.

Par instants, il semble comme oppressé : « C'est l'iris, dit-il. »

Il est assez calme, assez docile, sauf pour prendre des aliments. Il ne les absorbe que si l'on insiste. De môme il ne prend ses médicaments que si on les lui inscrit sur une ordonnance qu'il consulte à tout propos.

Il n'y a pas de troubles de la sensibilité, mais les sensations sont perçues très lentement; les pupilles sont restées normales ; aucun tremblement ; léger bégaiement congénital. La langue est sale, l'estomac très distendu, les digestions difficiles avec renvois de gaz et constipation. Le sommeil est irrégulier la nuit ; il y a de la somnolence dans la journée.

Le traitement prescrit consiste en laxatifs, teinture de noix vomique, benzonaphtol, sulfonal, bains tièdes, lait, alimentation.

Tel était l'état de M. G... lorsque je le vis pour la première fois. Déjà il était facile de se faire, sinon une idée absolument précise, au moins une opinion plausible sur la nature des troubles mentaux. Mais, en pareil cas, il est bon de ne pas s'aventurer dès l'abord et d'attendre quelque peu avant de formuler un jugement définitif. Voyons donc ce que devint par la suite notre malade.

(Si longue que puisse être son observation, au lieu d'en donner un résumé rapide, je crois préférable de la rapporter en détail, d'après les notes prises au jour le jour ; de cette façon, il sera plus facile de se rendre un compte exact du tableau clinique, de la marche généralede l'affection, des oscillations qu'elle a pu présenter, des difficultés du diagnostic et des considérations qui ont pu entrer à cet égard (Mi ligne de compte.)

22 juin, — Les idées délirantes ne se manifestent qu'à intervalles de pins en pins éloignés, avec les mômes caractères d'indécision, de mobilité, et provoquent des crises d'anxiété, de courte durée d'ailleurs. M. G... dit alors qu'il va mourir, qu'il dénoncera et qu'on punira les gens qui veulent le tuer, bien qu'il avoue ne pas les connaître.

En revanche, il est beaucoup plus confus que la veille. Il ne reconnaît pas sa maison, la pièce où il se trouve, les personnes qui l'approchent. Ainsi, il ne reconnaît pas son père, qui est auprès de lui, bien qu'il dise le voir, et prétend que sa mère seule est là. Il ne me reconnaît pas davantage et déclare ne m'avoir jamais vu; il ne se souvient pas du tout de ma visite, de notre conversation de la veille ; de môme, si l'on fait allusion à ses idées d'empoisonnement, aux odeurs d'iris qu'il prétendait sentir, il semble tout à fait étonné de ce qu'on lui dit. Il a la plus grande difficulté à écouter et à s'exprimer, parlant comme un véritable paraphasique, abusant des chose et des machin, ne terminant pas ses phrases, qui sont absolument décousues.

23 juin. — Le sommeil est mauvais; le malade se réveille presque toujours vers 2 heures du matin, en sursaut, très anxieux; il appelle son père, dont la présence le rassure, et il se rendort.

Dans la journée, il est assez calme, mais encore plus égaré que les jours précédents. Il reste immobile, l'œil vague, dans le vide. On doit le secouer pour attirer son attention ; il regarde alors d'un air tout hébété, dit qu'il ne voyait rien, qu'il ne pensait à rien, et il a l'air de chercher quelque chose ou d'essayer de se retrouver en regardant partout autour de lui. Il a du mal à saisir les questions les plus simples, les fait répéter et répond sans cesse : ce Mais, je ne comprends pas ! » Ses réponses sont de plus en plus incer-

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taines, ses phrases incorrectes, inachevées, émaillées toujours de ses termes favoris, chose, machin. Par instant^ il semble avoir conscience de cela, car il dit à plusieurs reprises : «Je vous demande pardon d'hésiter..., j'ai la tête embrouillée..., j'ai été malade. » Il est tout à fait désorienté; il ne me reconnaît pas du tout; il reconnaît son père, un de ses oncles, mais en hésitant; de même, il ne sait pas bien où il est, et il lui faut beaucoup d'efforts pour se retrouver dans son salon.

La mémoire est très affaiblie. Il ne peut répondre lorsqu'on l'interroge sur les faits récents, et cela lui est même très pénible pour ceux qui ont eu lieu avant sa maladie. Mais il s'en souvient parfois de lui-même, d'une façon automatique, car il parle ainsi de faits isolés; toutefois il n'en comprend plus la portée.

Par instants, il est, comme oppressé, respire difficilement; il semble inquiet et dit, par exemple, alors : « Mais ni moi, ni mes parents ne sommes coupables, n'est-ce pas? » D'autres fois, il sursaute comme s'il avait peur, mais ne peut dire de quoi. La présence de son père seul le rassure dans ces moments. Il n'émet plus ses idées de persécution, ne parle pas des odeurs d'iris, et, si Ton y fait allusion devant lui, il semble ne pas comprendre ce qu'on veut dire.

Il est assez docile, se laisse assez bien conduire, surtout par son père, qu'il ne veut pas quitter un instant.

24-25 juin. — Pas de crise d'anxiété; il ne formule pas d'idées délirantes. Mais la confusion des idées est de plus en plus grande; il ne sait pas où il est, il demande sans cesse ses parents, alors qu'ils sont à côté de lui. Il trouve que sa mère est changée, que ce n'est pas elle ; lorsqu'il demande son père et que celui-ci lui parle, il le regarde étonné et dit que ce n'est pas lui. Lui-même se regarde

souvent dans la glace, comme s'il se trouvait changé, et se tate sans cesse la figure.

26 juin, — Il est toujours de plus en plus confus, et lui-même se plaint par instants d'avoir les idées embrouillées. Il fait répéter ce qu'on lui dit, n'en saisit pas le sens ; il si' perd dans les conversations les plus simples, malgré des efforts évidents pour les comprendre. « Mais je n'étais pas ainsi autrefois, dit-il. » Le faciès est toujours étonné, comme interrogateur. Mêmes troubles de la mémoire ; tous les faits de la maladie sont oubliés. Si on lui parle d'événements antérieurs, il cherche, les reconstitue péniblement en partie, mais pas tous. Il s'étonne de ce qu'on lui en dit et demande si l'on veut le « troubler» en lui parlant de tout cela.

Les mouvements sontflents et pénibles; une fois debout, après des injonctions répétées et bien des efforts, il marche automatiquement, les jambes demi-pliées, comme s'il allait s'affaisser à terre.

Par moments, il a toujours des crises d'angoisse précordiale; il dit étouffer, se serre la poitrine, regarde autour de lui d'un air égaré, saisit les mains des personnes voisines comme pour se rassurer, et dit, par exemple : « Ah ! mon Dieu! que me veut-on? Qu'ai-je fait? Ai-je fait du mal? Ai-je tué? Si j'ai fait mal, je demande pardon ? » Il n'exprime ces idées que sous une forme incertaine et interrogative; elles sont extrêmement fugitives, ainsi que les crises d'angoisse.

28 juin. — Même état ; confusion persistante; par intervalles, crises d'angoisse, hallucinations de l'ouïe.

1er juillet. — Depuis deux jours, le malade n'a pas eu de crises d'angoisse et n'a pas manifesté d'idées délirantes ni d'hallucinations. Mais la confusion mentale est toujours

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très accentuée. 11 est à remarquer que, d'habitude, elle est plus marquée le matin ; vers la fin de l'après-midi, M. G... est relativement un peu moins inerte. Néanmoins, il reste absolument désorienté ; il n'a aucune notion du temps, ne sait ni l'année, ni môme la saison. Il faut le forcer à regarder les arbres, ses vêtements, pour lui faire dire qu'on est en été, et, encore, il n'en paraît pas bien certain. Toutes ses réponses sont empreintes d'un doute, d'une incertitude profonde ; souvent même, il pose des interrogations, demande ce qu'il y a, ce qu'il a fait, etc. Il ne se rend pas compte de l'endroit où il est, bien qu'il soit chez lui, ni des personnes qui l'entourent. Il regarde ses parents longuement avant de dire si ce sont bien eux qui sont là ; il n'est pas bien sûr d'être chez lui et trouve que tout est changé ; il s'étonne de voir des maisons en face de la fenêtre, d'entendre des voitures passer dans la rue. Il demande à retourner chez lui.

Tout ce qui s'est passé depuis sa maladie est pour lui comme non avenu. Il semble perdu partout où il est, ne peut rester un instant seul et demande sans cesse ses parents, souvent même alors qu'ils sont présents. Il est vis-à-vis d'eux comme un véritable enfant ; il ne peut les quitter, les suit partout, surtout son père, qui doit même coucher dans son lit.

Il s'étonne constamment de ce qui se passe autour de lui. « C'est drôle, » l'entend-on souvent répéter.

Par instants, il est plus lucide et semble se rendre compte qu'il n'est pas dans son état normal. A différentes questions, il répond qu'il n'a pas de mémoire, qu'il a de la confusion dans ses idées, qu'il souffre un peu de la tête par moments, quand il cherche; « c'est comme un poids sur les yeux, sur le front, cela lui serre les tempes », qu'il a les

jambes bien fatiguées ; de fait, il les traîne péniblement et ne peut se tenir debout au delà de quelques minutes; encore est-il tout courbé. Mais ce qui le fait surtout souffrir, c'est d'avoir de la confusion dans les idées (sic).

Toutes ces réponses, faites toujours sur le même ton hésitant, incertain, ne sont d'ailleurs obtenues que péniblement, en insistant pour fixer l'attention, en ne posant que des questions très simples, qu'il faut malgré tout souvent répéter.

Lorsqu'on cherche aie guider en lui donnant la réponse

qu'il ne peut fournir — si, par exemple, on lui dit l'année

où l'on est — souvent il répète cette réponse d'un ton

interrogateur, se prend la tête dans les mains comme quel-

' qu'un qui ne comprendrait pas une chose difficile.

La constipation est toujours opiniâtre, malgré les purgatifs, l'haleine fétide, la langue blanche, le sommeil irrégulier.

3 juillet. — Le malade semble encore plus inerte physiquement et intellectuellement. Il se soutient à peine, et, sitôt debout, il oscille et tomberait s'il n'était maintenu. La physionomie est toujours égarée, l'œil perdu dans l'espace. Lorsqu'on le secoue fortement et qu'on lui demande à quoi il pense, il répond qu'il ne pense pas ; ou bien, au lieu d'une réponse qu'on attend, c'est une question qu'il vous fait : a Qu'y a-t-il ? — Qu'ai-je fait? » toujours en se prenant la tète comme pour fixer ses idées. D'ailleurs, on peut à peine, lorsqu'on l'interroge, en tirer quelques mots? « Je ne puis définir ce que j'ai. — Je n'ai pas de douleur à la tête. — Mais j'ai mal à la tête tout de même. — Je suis bien fatigué. » A de rares intervalles, il sort de sa torpeur et dit de lui-même quelques mots, qu'il marmotte d'une façon monotone et peu distincte : « Qu'ai-je fait? — Il faut

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en finir ; s'il faut une victime, qu'on me tue de suite. — Un revolver? » et, quelques instants après, il ne se souvient plus de ce qu'il vient de dire.

Il reconnaît très péniblement ses parent?, lorsqu'on lui demande qui ils sont. Cependant il continue à les tutoyer comme devant, et ce sont les seules personnes qu'il tutoie. De même, lorsque j'entre et lui dis bonjour, il répond machinalement : a Bonjour, docteur, » et, l'instant d'après, il demande qui je suis, disant ne m'avoir jamais vu. Souvent, il répond à mes questions : ce Oui, docteur, >> et quand je lui demande aussitôt s'il me connaît, il répond que non. On lui a coupé les cheveux, et cela le déroute complètement; il ne se reconnaît pas, se regarde dans la glace, se tâte la tête et dit que ce n'est pas lui, que tout cela est bien drôle. En môme temps, il regarde partout d'un air interrogateur.

Il est toujours constipé, a de la rétention d'urine. Il boit et mange d'une façon tout à fait automatique, sans s'en rendre compte le moins du monde. Il fait lui-même sa toilette, mais à condition qu'on l'y incite, et encore tout à fait machinalement.

4 juillet. — La physionomie reste vague et étonnée ; néanmoins, le malade est un peu moins obnubilé que la veille. Il répond d'abord assez bien à quelques questions : « qu'il ne peut définir son état, qu'il a mal au ventre, à la tête, qu'il est très fatigué ; il trouve qu'il est bien malade et demande quand il sera guéri. » Mais, au bout de quelques minutés, son attention se fatigue, il ne comprend plus ce qu'on lui dit, fait répéter les questions ; ses phrases sont incomplètes ou se terminent par des mots incohérents. La parole est lente, ânonnée, entrecoupée de pauses quand les mots lui manquent et qu'ii ne peut

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rassembler ses idées, gênée aussi par le bégaiement natif; mais il n'y a pas de scansion, ni d'accrocs.

La pupille droite est légèrement plus dilatée que la gauche ; toutes deux réagissent également bien à la lumière. Pas de tremblement de la langue, des muscles de la face, des membres. Les mouvements sont lents, hésitants ou inachevés. Il peut à peine se tenir debout. Constipation persistante; il n'urine que par regorgement.

5 juillet. — Le malade a pris, ce matin, un purgatif drastique. Le soir, il est beaucoup moins obnubilé, répond mieux aux questions qu'il comprend plus aisément. Il accuse toujours une très grande fatigue, une sensation de barre sur les yeux, de pression à la nuque ; il dit qu'il ne pense à rien, qu'il ne se rend compte de rien, qu'il ne peut définir ce qui se passe dans sa tête, qu'il voit les choses et ne les reconnaît pas, qu'il ne se rend pas compte, qu'il ne comprend pas. Les mouvements sont toujours lents ; les membres une fois soulevés s'immobilisent un certain temps dans la même attitude.

6 juillet. — Même état à peu près que la veille ; M. G... est toujours égaré ; lorsqu'on le stimule, il fait des efforts pour parler, pour chercher à se rendre compte de ce qui se passe; mais cela ne dure qu'un instant. Il laisse sa pensée inachevée et retombe dans son égarement. « Où suisje? — Qu'y a-t-il? — Je ne puis arriver à définir mon état (cette dernière phrase est presque stéréotypée chez lui). »

Les pupilles, parfaitement égales, réagissent très bien. État cataleptoïde.

Six sangsues aux apophyses masloïdes.

7 juillet. — Les réponses n'ont jamais été aussi nettes ni aussi faciles. Néanmoins la fixation de l'attention ne

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peut se prolonger. M. G... se tient un peu mieux debout, mais se traîne au lieu de marcher. 11 se dirige seul dans la maison; cependant, si on lui demande à l'improviste dans quelle pièce il se trouve, il ne se reconnaît pas et souvent exprime le désir de retourner chez lui. Une demi-heure à peine avant mon arrivée, un de ses amis est venu le voir; il l'a reconnu sur le moment, mais il ne se souvient déjà plus de cette visite.

Il se plaint d'être fatigué, d'avoir le ventre gonflé, d'avoir mal à la tête.

Par moments, il a de nouvelles crises d'angoisse et demande alors s'il n'a rien fait de mal.

La pupille droite est plus large que la gauche. La parole est lente, par suite de la difficulté de trouver les mots, de grouper les idées ; elle est un peu bégayée (bégaiement congénital); mais il n'y a pas de scansion ni d'accrocs, pas de tremblements fibrillaires.

Le poids de 88k,888, huit jours avant le début de la maladie, est tombé à 85 kilogrammes.

8 juillet. — Agitation anxieuse; hallucinations de l'ouïe, idées délirantes très passagères mais se reproduisant incessamment sous la forme interrogative : « Qu'ai-je fait? — Suis-je coupable? — Il faut que cela finisse. »

Impulsions. — 11 a voulu subitement, à deux reprises, s'enfoncer sa fourchette dans le cou, puis dans le ventre. Persistance de la confusion : « Où sommes-nous? etc. » La pupille droite est presque égale à la gauche.

Analyse des urines (7 juillet), faite par M. Viron, pharmacien en chef de la Salpêtrière.

Aspect limpide, couleur jaune pâle, odeur suigencris.

Volume en vingt-quatre heures 2,020 ce.

Réaction acide.

Densité 1017

Eau 9G4

Extrait sec 36

xMatières organiques 27,50

Cendres 8,50

Urée 11,52

Acide urique 0,22

Chlorure de sodium 5,98

Phosphates (PhO-) 1 ,52

Absence de glucose, de peptone, d'albumine. En résumé, urines ne contenant ni sucre, ni albumine et renfermant les éléments physiologiques en proportion normale.

Recherche des ptomaïnes infructueuse, en opérant même sur de grandes quantités d'urine.

10 juillet. — Purgatif drastique hier. Le malade est beaucoup plus calme, mais encore un peu inquiet; il demande sans cesse ce qu'il y a. L'égarement continue, moins accentué aujourd'hui. On obtient quelques réponses assez précises sur les événements antérieurs à la maladie. Purgatif; bain tiède tous les deux jours.

12 juillet. — La confusion persiste toujours, mais M. G... est moins inerte. 11 parle plus facilement, se rappelle mieux les faits antérieurs à sa maladie ; les autres, plus récents, sont toujours obscurs dans son esprit. Mêmes interrogations. « 11 veut comprendre ce qu'il y a; a il demande s'il n'a pas fait quelque chose de mal. Hallucinations de l'ouïe par intervalles.

13 juillet. — Même état que la veille; les souvenirs antérieurs, ceux mêmes qui ont précédé directement la maladie sont plus facilement évoqués ; jusqu'à cette époque, la notion du temps est assez précise. L'attention est plus facile

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