QUINZIÈME LEÇON
Le délire des négations dans la mélancolie x.
Sommaire. — Résumé historique. — Opinions diverses : nécessité d'établir des divisions nosographiques et une terminologie précise.
Le délire des négations mélancolique à la période d'état. — Le syndrome de Cotard : 1° idées de négation, leurs variétés ; — 2° idée d'immortalité ; analyse de cette idée, son caractère hypocondriaque; — délire d'énormitéj idées de grandeur, de satisfaction ; — 3° délire mélancolique, idées de damnation et de possession, leur importance ; — 4° troubles de la sensibilité, de la perception personnelle, analgésie, perte de la vision mentale ; hallucinations ; — 5° réactions générales et spéciales : anxiété, folie d'opposition, mutisme, refus d'aliments, suicide, mutilations, langage.
Évolution : développement psychologique et marche clinique.
Fréquence ; étiologie.
Des objections portant sur les variations de la symptomatologie et de l'évolution. — Examen critique. — Nécessité de distinguer différentes variétés de délire des négations mélancolique. — Importance pour le pronostic.
Quelques indications de diagnostic.
Exemples cliniques.
Messieurs,
Nous allons nous occuper aujourd'hui d'une question qui se rattache étroitement à l'étude de la mélancolie. Je veux parler de cet état psychopathique décrit par Cotard (2), il y a quelques années, sous le nom de délire des négations.
(1) Leçon du 25 février 1894, résumée par M. H. Meige, in Journal des connaissances médicales, n0s 30, 31, 32, 4894.
(2) Cotard, Études sur les maladies cérébrales et mentales, 1 vol., Baillière, éditeur, 1891.
En 1861, Baillarger (1) avait attiré l'attention sur une forme spéciale de délire hypocondriaque avec idées de destruction et de non-existence des organes, se rencontrant dans la paralysie générale, et qu'il regardait comme caractéristique, presque exclusif de cette maladie, pouvant en être considéré comme un signe précurseur et servir à lui seul d'élément de diagnostic.
Dans les travaux de Baillarger, il faut donc distinguer deux points : 1° l'existence du délire hypocondriaque de négation dans la paralysie générale ; 2° sa valeur diagnostique.
Or, si le premier est vrai, le second est trop exclusif.
Bien des auteurs, dès le début, se sont attachés à démontrer l'exagération de la portée ainsi attribuée à ce symptôme. Et le temps a fait définitivement justice de ce que cette assertion avait de trop absolu.
En 1880, Gotard lisait à la Société médico-psychologique un mémoire dans lequel il démontrait l'existence de ce délire hypocondriaque particulier dans une forme grave de mélancolie anxieuse et mettait en lumière le complexus symptomatique qu'on observe en pareille circonstance. Quelque temps après (1882), il en faisait une étude complète sous le nom de délire des négations, et publiait par la suite différents travaux sur des points particuliers de la question.
Entre temps, M. Paris en publiait un cas, et je faisais connaître moi-même (2) quelques faits analogues à ceux de
(1) Baillarger, Recherches sur les maladies mentales, 2] vol., Masson, éditeur, 1890.
(2) J. Séglas, Archives de neurologie, n°2u2, 1884; Progrès médical, n° 40, 1887; Ibitl, n° 43, 1888; Annales médico-psychologiques, juillet 1889 ; Congrès de Blois, 1892.