DIVISIONS
Le mot, en effet, est défectueux. Cotard, dans son premier mémoire, se borne à constater l'existence chez certains mélancoliques d'un groupement de symptômes assez particulier. Il en étudie plus tard révolution dans ses rapports avec la mélancolie, et propose pour ces cas, envisages dans leur ensemble symptomatique et évolutif, la dénomination de délire des négations, du nom du symptôme le plus saillant.
Cette dénomination, il faut le reconnaître, manque de précision. Dans ses travaux, Gotard l'applique tantôt seulement au symptôme délire, tantôt à l'ensemble de la maladie. La confusion est regrettable, et c'est là, en grande partie, l'origine des discussions qui séparent encore les aliénistes, les uns ne voulant voir dans le délire des négations qu'un symptôme, les autres le considérant comme une forme vésanique à part.
Le mot délire, en effet (je vous le répète encore aujourd'hui), ne peut et ne doit jamais désigner qu'un ensemble d'idées délirantes. Le délire des négations, pas plus que celui d'auto-accusation, de persécution, des grandeurs, ne peut suffire à constituer une forme mentale déterminée.
Aussi, pour éviter les malentendus, convient-il de bien définir la valeur du terme délire des négations.
Pour nous, nous n'entendrons par là qu'un ensemble d'idées délirantes de négation.
Ces idées de négation peuvent, d'autre part, être distinguées en plusieurs catégories, suivant leur aspect clinique.
Elles peuvent d'abord se présenter sous forme de délire asystématiqne.
El>es ne se relient pas à d'autres idées délirantes et n'ont guère non plus de cohésion entre elles. C'est ainsi qu'on
les observe dans la paralysie générale, où tous les délires, sauf de rares exceptions, sont asystématiques.
Elles ont été signalées également dans la sénilité par Krafft-Ebing, Kra3pelin, Schuele, où je les ai étudiées moimême à plusieurs reprises au point de vue séméiologique. On les retrouve aussi dans les formes délirantes de la confusion mentale primitive, à côté d'idées d'humilité et d'autoaccusation, dans le délire fébrile ou alcoolique, dans la manie même. Mais là encore elles restent asystématiques.
Chez les faibles d'esprit, dans les formes dites de délire d emblée ou polymorphe (paranoïa primitive), on rencontre aussi parfois, à côté d'idées de grandeur ou de persécution, des idées de négation qui, sans être absolument asystématiques, sont cependant, en raison même du fonds de débilité mentale, mal coordonnées entre elles et avec les précédentes, souvent même contradictoires.
C'est un acheminement à d'autres cas, où le délire des négations est systématisé. On l'observe surtout ainsi dans certaines formes de paranoïa primitive, aiguë ou chronique. On peut le retrouver, par exemple, clans le délire systématisé dépressif (depressiver Wahnsinn de Krœpelin), dans l'hypocondrie systématique primitive, qui arrive à revêtir parfois l'aspect du délire des négations. Certains persécutés systématiques aussi évoluent vers la négation au lieu de devenir mégalomanes.
Enfin et surtout dans la mélancolie, on observe ce délire des négations à l'état de fixité et même de systématisation. Telle est la forme spécialement envisagée par Cotard.
C'est de celle-là, Messieurs, que nous allons nous occuper aujourd'hui. Vous voyez qu'il était bon de préciser. Pour user d'une dénomination qui ne puisse plus prêtera l'équivoque, je crois utile, en pareil ras, de ne plus employer le
gTKDROMI ÛB COTARD. UVA
simple terme délire des négations, mais dédire plus exactement délire des négations mélancolique, ou mélancolie avec délire des négations ou délire des négations [type Cotard).
Pour bien comprendre les faits dont il s'agit, nous allons les examiner d'abord à la période d'état, en choisissant comme exemple un cas très complet.
Dans son premier travail, Cotard avait mis en relief un certain nombre de symptômes dont le groupement constituerait la caractéristique de son délire des négations. Ces symptômes, au nombre de six, étaient les suivants :
i. Anxiété mélancolique.