‹ Leçons cliniques sur les maladies mentales et nerveusesChapitre 86 sur 135 · DÉLIRE D'ÉNORMITÉ · texte numérisé non relu

DÉLIRE D'ÉNORMITÉ

tes conditions ordinaires d'organisation, d'existence normales l'aliéné se croit en dehors des lois de la fatalité. La négation delà mort n'est pour lui que le corollaire de la négation de la vie.

dette idée d'immortalité est au fond très complexe. Lorsque le négateur dit ne plus exister, être mort, cela ne doit pas être entendu au sens matérialiste du mot. Ces malades disent qu'ils sont morts comme ils disentqu'ils n'ont plus d'organes. Or, comme nous le verrons dans une autre leçon, ces idées hypocondriaques de négation ne traduisent qu'un changement dans l'état des organes, dans la cénesthésie ; de même les négateurs ne se croient pas réellement morts. Ils se croient en dehors du monde, dans une existence indéfinissable, qui n'est plus la vie réelle, mais sans le repos de la mort physique, une espèce de survie douloureuse qui n'est pour eux qu'une sorte de mort.

En même temps, leurs tendances pessimistes les poussent à croire que cette survie se prolongera indéfiniment, pendant l'éternité.

C'est de l'accord établi entre ces deux conceptions que naît l'idée d'immortalité.

Cette idée est très importante à connaître; en effet, si paradoxal que cela puisse paraître, il ne s'agit pas là d'une idée véritable de grandeur, mais bien d'une idée hypocondriaque.

Les malades ne sont immortels que pour endurer éternellement leurs maux.

Cotard avait groupé à côté de l'idée d'immortalité un certain nombre de conceptions délirantes auxquelles il avait donné le nom de délire dénormité.

Les malades qui se disent immortels ne sont pas seule-

ment infinis dans le temps, ils sont encore infinis dans l'espace. Ils sont immenses, gigantesques. Leur tôle atteint le ciel. Leur corps est colossal.

Ils ne comptent que par millions ou milliards. Ils vivent dans l'énorme et le surhumain.

Et, ce sont là encore, malgré les apparences, des conceptions hypocondriaques qu'on pourrait appeler un délire des grandeurs à rebours ; car, à l'inverse de ce qu'on observe dans la mégalomanie, ces idées d'énormité affectent toujours un môme caractère d'horreur et de peine.

Si le délire des grandeurs est une compensation aux tortures subies par le persécuté, le délire d'énormité n'en est pas une pour le mélancolique négateur. C'est, au contraire, le degré le plus extrême de son malheur ou du châtiment de ses fautes.

Aussi verrez-vous s'augmenter la tristesse des malades au fur et à mesure que croîtront les idées d'énormité; tandis que le mégalomane semble se gonfler d'orgueil progressivement, traduisant par son attitude altièrc la haute opinion qu'il a de sa supériorité, au contraire, l'anxiété et la détresse augmentent chez le mélancolique en môme temps qu'il s'imagine se rapprocher de l'infini :plus énorme il se croit, plus il est « lamentable, gémisseur et désespéré », suivant l'expression de Gotard.

11 faut bien connaître ces idées pseudo-mégalomaniaques, car elles sont fort importantes pour le diagnostic.

En outre, il faut éviter de les confondre avec les vraies idées de grandeur, qu'on peut aussi rencontrer dans ces cas.

J'ai moi-môme signalé le fait, et, depuis, Cotard l'avait retrouvé chez plusieurs de ses malades.

Il faisait remarquer, d'ailleurs, qu'avant d'en arriver à se formuler nettement, les idées de grandeur sont en quel-

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