‹ Leçons cliniques sur les maladies mentales et nerveusesChapitre 87 sur 135 · DÉLIRE MÉLANCOLIQUE · texte numérisé non relu

DÉLIRE MÉLANCOLIQUE

que sorte latentes chez ces mélancoliques, qui se considèrent comme des êtres exceptionnels, uniques au monde, et s'attribuent pour le mal, il est vrai, une sorte de toutepuissance.

A côté des idées de grandeur, notons aussi des idées de satisfaction, d'un aspect assez spécial en ce qu'elles ont trait, en général, au passé, se rapportant à l'ancienne personnalité du malade.

C'est une forme de délire rétrospectif. Aujourd'hui qu'il n'est plus rien, le négateur regrette ce qu'il était autrefois et ne cesse de rappeler l'excellence de son être disparu.

M. Dagonet a. rapporté une observation très nette d'une malade de ce genre ; elle était devenue moins que rien, un quart de créature, un mannequin ; mais elle ne tarissait pas d'éloges sur Mmc B..., qui est gracieuse, charmante, d'une intelligence supérieure.

3° Délire mélancolique. — Messieurs, les différentes idées que nous venons d'examiner ne sont pas les seules conceptions délirantes que formulent ces aliénés. Cotard, qui avait d'abord mis en relief chez eux la présence d'idées de damnation ou de possession, a surtout insisté ensuite sur le caractère général d'auto-accusation du délire. Mais nous avons vu dans nos précédentes réunions que le délire d'auto-accusation pouvait se rencontrer dans des formes vésaniques très variées. Il nous faut donc être plus précis. Aussi dirons-nous que le délire d'auto-accusation de nos négateurs actuels revêt non seulement les formules habituelles du délire de la mélancolie, mais encore les différents caractères généraux que nous lui avons reconnus.

Toutefois, il convient de remarquer qu'alors ce délire mélancolique offre souvent une teinte mystique, se tradui-

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sant par des idées de damnation et de possession. Les malades ont mérité tous les supplices de l'enfer ; ils doivent les subir pendant l'éternité ; ils sont possédés du démon, ils sont Satan, l'Antéchrist, la femme de l'Apocalypse, etc.

Mais, d'un autre côté, ainsi que je crois l'avoir démontré au Congrès de Blois, il ne faudrait pas aller avec certains auteurs jusqu'à considérer la présence de ces idées comme indispensable. Cette manière de voir est certainement excessive ; ce qu'il importe de constater, ce n'est pas tant la formule, la couleur de l'idée, que les caractères généraux du délire.

Un mélancolique persécuté prétend qu'on va le supplicier, le guillotiner, parce qu'il a commis des crimes abominables. Dans le délire mélancolique avec idées de damnation, le malade s'accuse d'avoir commis toutes sortes de fautes envers Dieu. C'est au fond la même idée : la culpabilité associée à la crainte d'un châtiment. Si, dans le dernier cas, elle prend une teinte mystique qui manque dans le premier, elle conserve toujours les caractères fondamentaux du délire mélancolique, que nous nous sommes attachés à bien définir et sur lesquels je crois inutile de revenir aujourd'hui.

4° Troubles de la sensibilité. — A cet égard , Cotard n'avait guère mis en relief que les troubles delà sensibilité à la douleur, surtout Y analgésie. Mais ils ne sont pas les seuls qu'on puisse rencontrer dans le domaine de la sensibilité.

Voyons d'abord la sensibilité générale.

En premier lieu, il existe souvent, comme je vous le disais à l'instant, des troubles de la sensibilité à la douleur qui peut ôtre lésée par défaut ou par excès.

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